Depuis plusieurs mois, la tension montait entre Addis Abeba et les autorités régionales du Tigré qui ont bravé l’avis des autorités fédérales et organisé des élections régionales considérées comme « illégales » par le gouvernement. Après des semaines de conflit anormal, l’Éthiopie est désormais « en guerre » contre la région dissidente du Tigré, où Addis Abeba a lancé dans la nuit du mardi 3 au mercredi 4 novembre une opération militaire pour reprendre le contrôle de la province situé au nord de l’Ethiopie, à la frontière avec l’Érythrée.
Et, selon le premier ministre Abiy Ahmed, « l’opération militaire lancée le 4 novembre par l’armée éthiopienne contre la région dissidente du Tigré, dans le nord de l’Ethiopie, a des «objectifs clairs et limités», a affirmé vendredi le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, au lendemain de l’utilisation d’une rhétorique guerrière par les deux camps », sur son compte Twitter.
En guerre, Addis Abeba accuse le gouvernement de cet État fédéré du nord du pays d’avoir perpétré l’attaque, et a annoncé une riposte. L’état d’urgence validé par les députés à Addis Abeba autorise le gouvernement fédéral à suspendre les droits politiques et démocratiques dans la région, soit six mois de restrictions dans les déplacements, dans les communications, de perquisitions sans mandats, d’arrestations préventives, de couvre-feu.
En désaccord, les deux camps estiment être pleinement entrés en guerre. Du côté tigréen, les autorités provinciales assurent que la survie du Tigré dépend de ce conflit. Du côté du Premier ministre, Abiy Ahmed, l’intention est clairement d’en découdre une bonne fois pour toute avec le TPLF, le parti tigréen. Pas de négociations pour l’instant selon l’armée, même si des sources diplomatiques assurent que les deux camps communiquent en coulisses et aucune estimation ne peut être faite a cause de la coupure des communications.
Une vive tension installée car dans l’après midi du jeudi 5 novembre, des avions ont été entendus dans le ciel tigréen. Différentes sources font état de bombardements, sans connaître la cible exacte. Certains parlent de Mekele, la capitale provinciale, d’autres parlent de positions militaires du parti TPLF (Front de libération du peuple du Tigré), aux abords de Mekele.
Des mouvements de troupes ont aussi été observés en provenance des différentes régions éthiopiennes pour renforcer le contingent fédéral aux abords du Tigré. Par ailleurs, trois anciens généraux ont été priés de sortir de leur retraite mercredi pour venir aider l’armée nationale.
À Mekele, le gouvernement tigréen a assuré s’être emparé des pièces d’artillerie et des tanks appartenant à la division stationnée dans la ville. « Nous allons détruire quiconque tente de nous attaquer », affirme le président de la province. « Nous ne sommes pas inférieurs à eux, nous sommes peut-être même meilleurs », déclare le président de la province, une province réputée pour être la plus militarisée d’Éthiopie.
Malgré la gravité de la situation , les réactions internationales et plusieurs acteurs politiques appellent à une résolution pacifique du conflit des navettes diplomatiques dans la région pour essayer de trouver une solution avec au passage plusieurs organes de poids comme l’ONU et l’Union européenne qui ont renouvelé leur soutien au gouvernement central et à ses réformes de la société éthiopienne tout en gardant bien de critiquer l’engagement militaire du pouvoir central.
Hier, Mike Pompeo s’est même dit « profondément inquiet par l’attaque du TPLF contre une base de l’armée éthiopienne ». Or c’est l’assaut qui avait entraîné l’envoi de l’armée par Addis Abéba. Certains voient là un soutien du secrétaire d’État américain à l’offensive du pouvoir fédéral.
Avec RFI

