A LA UNE Actualité societe Touba

Grand Magal de Touba 2020 : La foi des mourides plus tenace que la covid-19 et ses rouages

Ainsi s’achève le Grand Magal de Touba, avec la joie qu’il inspire à tous, surtout à ceux dont les cœurs, les âmes, et les membres crépitent à la seule pensée de l’illustre Cheikh, Khadimoul Rassoul.

Mardi 6 octobre 2020, la communauté mouride, des quatre coins du monde, rendait grâce à Dieu pour les faveurs octroyées à leur guide spirituel. Un jour marquant l’anniversaire, dans le calendrier musulman, du départ en exil au Gabon de Cheikh Ahmadou Bamba, sur décision des autorités coloniales françaises.
À Touba, c’était le plus grand rassemblement depuis l’apparition de la pandémie covid-19. Les fidèles, venus de Dakar et ses environs, de la sous-région, et même de l’Europe, ont fait le déplacement pour cette annuelle célébration de grâces.

11h, Ils sont aperçus à perte de vue, prenant d’assaut les environs de la grande mosquée de Touba et son enceinte.
Distingués pour leur légendaire dévouement, jugé « extrême » par certains, d’un pas sûr et leste, de bons senteurs émanant de leurs habits traditionnels de l’orthodoxie mouride, les fidèles gagnent l’enceinte, en rang organisé, comme s’ils embrassaient les lumières des lieux. Des gardes Baye Fall, postés à chaque coin de la grande et lumineuse mosquée veillent au port du masque et n’hésitent à faire sortir des rangs les récalcitrants. Dans les files indiennes, les fidèles tendent les mains pour recevoir le gel de lavage devenu désormais, un rituel. D’autres, Baye Fall comme Yaye Fall, embaument les fidèles de bons senteurs en les aspergeant de parfums.

Serigne Moussa Fall dit venir du Burkina pour rendre grâce. << D’après le Cheikh, le Magal peut être célébrer partout où l’on se trouve. Moi je trouve que sa cité est le meilleur endroit pour célébrer cette reconnaissance>>, dit-il le visage lumineux, souriant.

Ils sont joyeux et celà se voit, se ressent, et se transmet même comme contamination. La file indienne des femmes, visiblement plus fluide que celle des hommes, bouge plus vite.

En pénétrant le mausolée du Cheikh, Ahmadou Bamba, des larmes, l’on le remarque, se rabattent sur les poitrines des fidèles, qui les essuient d’un revers de la main, scandant des passages des khassaides du Cheikh.
Accroupis, face au mausolée de Khadim Rassoul, le cœur lourd d’émotions, disent-ils, ils prient à la manière des ascètes.


Certains peinent à se détacher du sol. Leur trop plein de ressentis les immobilisent.
<<C’est un mélange de tout. C’est, souffle Mouhamed Ndiaye, c’est indescriptible. On a l’impression que les émotions se renouvellent à chaque passage dans ces lieux>>, dit-il.
Au mausolée de Serigne Fallou Mbacké, des sanglots, perceptibles, se font entendre. Une dame, Sokhna Samb, front contre le mur du mausolée, est soutenue par deux hommes tentant de la calmer. Son corps est secoué par la force de ses vives sanglots. <<Vous savez la foi, la croyance, l’amour, sont les sentiments les plus forts que l’on puisse ressentir. Elle ne peut se retenir car c’est une fervente disciple de Serigne Fallou, c’est compréhensible>>, témoigne-Serigne Saliou Tall, la cinquantaine révolue.

Au loin, le nom de Dieu est scandé, crié et entendu sur plusieurs mètres. <<Normal, c’est le mausolée de Lamp Baboul Mouridina, celui qui a fait du zikr de Lahilaha Ilala son sacerdoce au quotidien. À travers ce « Saam Fall », nous ne faisons que suivre son exemple>>, se réjouit-Idrissa Ndao. Une main sur une oreille comme pour se donner de la force, les yeux fermés, les bras levés, les Baye Fall crient passionnément, à se tordre les cordes vocales, secouant la tête par moment.
Accroupis, debout ou adossés au mur, certains fidèles tiennent un khassida, ou le Coran saint, ou encore un chapelet, plongés dans une concentration sans demi-mesure.

La foi des mourides plus forte que la pandémie et ses rouages

La Covid-19 imposant toujours sa détestable infamie, quelques changements ont été notés dans l’organisation de ce Grand Magal. La cérémonie officielle rayée, c’est ce mercredi 7 octobre que le porte-parole de la confrérie Serigne Bass Abdou Khadr Mbacké s’adresse aux fidèles, en compagnie du ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye, et d’un nombre restreint de personnes.

Des talibés interrogés assurent que les mourides ont fait fie du coronavirus, même si le nombre est un peu en baisse par rapport à toutes les autres années précédentes. <<Quand on connaît la valeur que le Cheikh accordait aux actes de dévotion, aucune maladie aussi grave soit-elle ne peut nous empêcher de célébrer, à travers recueillement et prières, récitals de Coran et Xassaïdes, le Magal dans cette citée religieuse. Ce jour, qui rend grâce à Dieu pour le départ en exil de notre marabout est nôtre, notez-bien, dit-il tout sourire, indépendance>>, tonne-le vieux Serigne Arona Ndiaye de Kaolack, tournant le dos, la démarche claudicante.

A propos de l'auteur

Mame Khary Leye

Laissez un commentaire