13h20. C’est un chantier que l’on trouve au champ de course, baptisé nouveau marché Sandaga de Dakar, ce, pendant au moins deux ans.
Situé au niveau de l’immeuble 4c, juxtaposé à la nouvelle gare, en face de la radio-télévision RTS, le champ de course ne répond, pour le moment pas, aux standards de marché à l’image de celui du renommé Sandaga. Ni dans le décor, ni dans le brouhaha naturel qui fait d’un marché un marché, encore moins dans l’essence première d’un tel lieu : l’étalage de marchandises.
Débris de toutes sortes au sol, cartons, papiers, de longs fils électriques faisant trébucher les pieds aveugles, longent le terrain. A tel point que l’on est tenté de se dire que ceux qui se retrouvaient dans l’effervescence charmeur du marché Sandaga de Dakar, auront un peu de mal à se retrouver dans celui-là.
Abdou Diané, vendeur de téléphones, et distributeur agréé des services Orange Money livre le début du commencement. « Il y’a un mois de cela, le préfet de Dakar nous a trouvé au niveau du marché Sandaga dans nos anciennes cantines pour procéder à un recensement. Il nous a demandé numéro de cantine, nom, adresse et numéro de téléphone », explique-Abdou Diané qui dit avoir fait 20 ans à Sandaga.
L’aménagement a eu lieu au surlendemain de la fête de l’Aid-el Adha, Tabaski, mais toujours, « désordonné » est le maître mot de l’endroit. Ce qui, d’emblée frappe le plus, c’est l’exiguïté des cantines. Est-ce qu’elles pourront supporter les bagages des commerçants, c’est la question qui vient à l’esprit lorsque nos yeux s’y frottent.
« Effectivement certains de ces cantines font 1m », débite Ansou (nom d’emprunt) d’une voix légère. Ansou, est de ceux diligentés pour la construction de ce dit marché provisoire. L’édifice leur a pris un an. Avec son équipe de l’entreprise ‘’Sutura’’, il nous apprend qu’ils sont sur les lieux pour élargir les cantines jugés trop exigus par les commerçants. « D’après les futurs occupants, les cantines d’1m ne pourront supporter leurs marchandises. Notre travail est donc de modifier, en éliminant les portes reliant deux cantines d’1m pour n’en faire qu’une. Et ce travail sera achevé très bientôt ».


« Dans une semaine les commerçants pourront aménager », renchérit-son collègue Alassane.
Abdoulaye Sène, vendeur d’habits unisex lui, n’est pas de cet avis. Commissaire au compte au marché Sandaga de Dakar depuis 2013, il avance sur le même ton que ses collègues, qu’à ce rythme où évolue les choses et l’ampleur des travaux, « un mois ne suffira pas pour la reprise normale des activités de tous les vendeurs catapultés ici », dit-il craintif. Pour cause, « il y’a tous les jours des choses à modifier. Le marché n’est pas prêt à nous accueillir », souffle-t-il.

Une chose en entraînant une autre, le commissaire au compte renseigne que les travaux de ce marché du champ de course a eu lieu sans leur aval. « Les autorités ne nous ont pas tenus informés de la construction de ce marché. Aucune discussion n’a eu lieu entre les responsables du marché et eux. Voilà pourquoi ils n’ont pas fini de modifier encore et encore. S’ils nous avez consulté, ils auraient su comment s’y prendre pour que ce marché correspondent à nos attentes », tonne-t-il tentant de retenir l’éther irrespirable causé par l’odeur insupportable de la peinture que veut expulser ses poumons. « Et là, nous sommes ici parce que nous n’avons pas le choix », termine-t-il avant de se plier à la volonté de son thorax à travers une énorme toux.
La poussière émanant des débris des murs provoqués par les marteaux perforateurs, en plus de la chaleur qui se fait plus atroce à cause des zincs ne jouent pas en faveur de ce marché.
La commerçante Adja Diop elle, en contradiction avec ses collègues, trouve que ce nouveau marché est plus luxueux et mieux organisé que le mythique marché Sandaga. Assise devant sa cantine encore fermée, au milieu de ses bagages, un peu réticente au début, elle finit par avouer qu’elle préfère de loin l’actuel emplacement de son magazin. Un bureau administratif placé juste à l’entrée du champ de course confirme ses dires. En effet, un attroupement dans, et devant ce bureau, force l’attention. « C’est le cabinet administratif installé par le ministre Abdou Karim Sall. Les problèmes concernant les cantines y sont réglés », lance-Abdou Diané. Le sieur Diané tient à rappeler qu’il y’a toujours une vague de commerçants à Sandaga. Eux qui ont été délogés paient le fait d’avoir été trop proches du grand bâtiment (autour et en face) devant être refait.
Le vieux Amadou Sara Bâ restaurateur à Sandaga depuis 1976 évoque comme la plupart de ses collègues, l’enclavement de ce marché. « Je suis inquiet car je sais que je n’aurai pas le même nombre assez conséquent de clients. J’étais pénard à Sandaga », se souvient-il comme nostalgique d’une belle époque.
Comme s’ils s’étaient passé le mot, à la fin de chaque entretien, les commerçants demandent au gouvernement de respecter sa promesse en ces termes : « seulement deux années de squat du champ de course, pas un jour de plus ».
14h, les bruits des perceuses et des marteaux perforateurs accompagnent les visiteurs curieux au sortir du champ de course. Stationnés à l’entrée, les policiers passent presque inaperçus, assis dans leur véhicule, cherchant eux aussi, à se protéger de ce soleil qui darde d’aplomb.

