Me Ciré Clédor Ly lève un coin du voile du face à face de son client René Capin Bassène avec le juge d’instruction en charge du dossier de la tuerie de Boffa-Bayotte. Dans une interview qui a accordé à notre correspondant régional à Ziguinchor, Me Ly revient sur la longue détention de son client et fait état de sévices corporels qu’aurait subi le journaliste René Capin Bassène arrêté dans la tuerie de Boffa avec le massacre 14 personnes dans la forêt de Bayotte Est…Youssouf DIMMA Teranganews à Ziguinchor avec Me Ciré Clédor Ly
Teranga News : Bonsoir Me, que peut-on retenir du long interrogatoire auquel votre client René Capin Bassène vient d’être soumis ?
Me Ciré Clédor Ly : Ce qui se passe c’est que vous avez pu constater que depuis 10h 53 minutes, René Bassène est en face du juge et nous sommes après 19 h, l’interrogatoire se poursuit. Vous pouvez vous rendre compte que ce n’est pas très facile. Pour n’importe qui, qu’on soit juge ou avocat, ce n’est pas facile de rester entre 10 et 11 h de temps sans manger ni boire tout en répondant à des questions, surtout lorsqu’on a fait 29 mois de détention ; c’est quand même pénible ?
— Auriez-vous un commentaire à faire à ce niveau ?
— Ce que nous déplorons là, c’est que des personnes soient gardées en prison pendant plusieurs années, ensuite un bon jour, tambours battants, on veuille terminer une enquête et une information. Je pense que tout cela ne participe pas du droit à un procès équitable.
— Dans quel état d’esprit se trouve votre client ?
— Son état d’esprit ? Quand on estime qu’on est innocent, il est manifeste qu’on peut en fat braver toutes les difficultés et toutes les peines. C’est bien dommage pour sa famille. Lui, il résiste. Mais jusqu’à quand ?
— Quelles ont été les grandes lignes de l’interrogatoire ?
— Cela a tourné, pour le juge d’instruction, autour des questions relatives aux faits. Nous aussi, nous avons posé nos questions. C’est après que je suis sorti. Le juge est en train de transcrire les réponses.
— Quels types de questions avez-vous posées ?
— Pour l’information, ce sont des questions à charge que le juge d’instruction pose. Nous, nous avons posé des questions à décharge. Il cherche nécessairement des coupables alors que ce qu’on devrait rechercher, c’est la vérité.
— Quelles sont les charges qui ont été retenues contre votre client ?
— Naturellement, il appartient à l’avocat, après les questions à charge du juge d’instruction, de poser des questions à décharge. Nous avons posé plus d’une trentaine de questions à décharge avec plus de trente-et-une réponses à décharge.
— Autre commentaire ?
— Ce que je déplore, c’est que de plus en plus des personnes arrêtées pour certaines infractions, se plaignent pour torture. C’est grave ! Je déplore cela énormément ! Dans ce dossier, je ne manquerai pas non plus de le déplorer.
— Est-ce le cas de votre client ?
— Mon client l’a allégué ! Il l’a allégué ! Ce sont des allégations. Ce n’est pas seulement dans ce dossier. Disons que cette semaine, j’ai eu plusieurs dossiers où, en fait, toutes ces personnes ont parlé de torture venant de personnes qui sont très respectées dans ce pays. J’ai toujours dit et soutenu que pour moi, la crème des forces de défense et de sécurité, c’est la gendarmerie nationale. Or de plus en plus il y a des allégations de torture et d’accusation contre ce corps. Avant, c’était la police. Mais actuellement on n’entend plus de faits de torture de la police.
— Pourquoi, selon vous ?
— Je pense que c’est parce qu’il y a eu des poursuites contre des policiers. Ce qui fait que maintenant ils mènent des enquêtes, peut-être avec d’autres méthodes ou, en tous les cas, s’il y a des tortures, elles sont beaucoup plus raffinées. Ce qui fait qu’il y a de moins en moins d’accusations de torture contre la police et dans le même temps il y en a de plus en plus contre la gendarmerie. Donc c’est un phénomène à suivre de près.
— De quoi votre client est-il accusé ?
— Il est accusé de tous les maux de la terre ! Il y a un chapelet d’accusations : association de malfaiteurs, participation à un mouvement insurrectionnel, assassinat, tentative d’assassinat, détention d’armes sans autorisation, vol commis en réunion avec des circonstances aggravantes, usage d’arme et puis comme si cela ne suffisait pas, on en a ajouté une autre aujourd’hui, à savoir l’infraction de sortie irrégulière de correspondance.
Réalisé par Youssouf DIMMA, TerangaNews Ziguinchor

