De Abdoulaye Faye, Correspondant Téranganews à Diourbel
Dans un entretien exclusif, le président et co-fondateur de l’entreprise canadien Station Agri-Techno Léonard PIGEON fait part de son souhait de nouer une relation de partenariat avec l’Etat du Sénégal. Un projet visant à accompagner éleveurs et agriculteurs dans le domaine des cultures fourragères, d’apporter des solutions aux problèmes des acteurs de l’élevage, afin de rendre le cheptel plus productif.
1°) Qui est Léonard PIGEON ?
D’emblée, je répondrais : un exploitant agricole dans l’âme. Je suis né sur une exploitation agricole au Canada, province de Québec, au sud de Montréal et j’y ai grandi. Tout jeune, nous étions déjà très impliqués dans tous les travaux de la ferme. Puis je pris le poste de direction de l’exploitation familiale, et ce durant 10 ans. Celle-ci était devenue des plus modernes et spécialisée, avec plus de 400 hectares. On y cultivait le maïs grain, le blé, le soja, la betterave sucrière et la luzerne. Parallèlement, j’ai co-fondé, dès 1991, des magazines agricoles en format imprimés du nom de PRODUCTEUR PLUS et de ZOOM. Des publications spécialisées, axées sur le Transfert de connaissance. Cette initiative répondait à un besoin presque quotidien : trouver l’information pertinente pour rendre l’agriculture plus performant.
J’ai rapidement endossé le rôle d’éditeur et de rédacteur en chef de ces publications par la suite. Poste que j’ai occupé durant plus de 25 ans. J’ai eu ainsi le privilège de diriger une équipe de journalistes et de techniciens directement sur le terrain. J’ai pu tisser des liens avec les principaux acteurs de l’agriculture et de l’agrobusiness tant au Canada, aux États-Unis, qu’en Amérique du Sud et en Europe. Ce qui m’a amené à voyager dans une quinzaine de pays afin de réaliser des reportages en agriculture. D’où l’initiative d’élaborer un concept agricole qui porterait le nom de STATION AGRI-TECHNO. C’était au début des années 2000, un concept dont je suis le président et directeur général. L’agriculture n’a pas de secret pour moi. Avec ce feu qui m’anime, je veux fournir aux agriculteurs et agricultrices les outils dont ils ont besoin pour bien vivre de leur métier. J’ai d’ailleurs lancé un slogan qui résume bien mon état d’âme et utilisé, de nos jours au Canada : ‘’Pas d’Agriculture sans agriculteurs et pas d’Agriculteurs sans profits’’.
2°) Quand est-ce que votre structure a été mise sur pied et quelles sont les différentes réalisations qu’a effectué votre entreprise Station Agri-Techno ?

La société Station Agri-Techno a été créée en 2004, soit près de 16 ans maintenant. Cette initiative répondait à des besoins criants visant le transfert de connaissances des innovations agricoles, et ce, de façon vulgarisée, pour que les exploitants agricoles puissent les appliquer de façon optimale afin d’en tirer le meilleur bénéfice. Dès sa création, Station a noué des partenariats avec cinq institutions d’enseignement agricoles au Québec. La clientèle visée était la jeunesse agricole, celles et ceux qui choisissaient le métier d’exploitant agricole, de technologue, d’ingénieurs agronome, etc.
Au fil des 15 dernières années Station Agri-Techno effectua plus de 300 opérations sur le terrain, soit des essais d’équipements agricoles, d’intrants, de techniques agricoles, entre autres. Le tout, dans des contextes réels d’utilisation et d’application. Les étudiants et exploitants agricoles participaient à ces opérations. Les spécialistes eux, étaient présents pour ajuster, expliquer, coacher, d’où une dynamique transfert de connaissances. 
Ajouté à celà, la réalisation de vidéos-didactiques professionnelles. Station en a produit plus d’une centaine à ce jour. Une couverture médiatique complète de chacune de ces opérations permettait la rédaction d’autant d’articles techniques dans les publications spécialisées dont j’étais l’éditeur. Le Concept Station Agri-Techno a été honoré officiellement par l’Ordre des Agronomes, en 2011.
3°) Depuis quand êtes-vous au Sénégal et qu’est-ce-qui justifie votre venue ?
C’est à titre de président et directeur du développement international de Station Agri-Techno que je suis ici. Je suis arrivé le 1er décembre 2018. Compte tenu du grand succès de la formule de Station Agri-Techno au Canada, nous en somme venus au constat suivant : il faut implanter le Concept Station Agri-Techno là où les besoins en développement sont les plus manifestes. Il fallait donc exporter ce concept dans les pays en développement.
L’idée fit son chemin. C’est au cours d’une activité agricole que j’ai organisée avec mes collègues dans la capitale nationale, Ottawa, en 2016, à laquelle fut conviée les ambassades présentes, que nos yeux se sont tournés vers l’Afrique. Car ce sont les représentants de l’Afrique qui ont majoritairement assistés à l’événement. Ils m’ont dit, vous devriez venir chez-nous ! Par la suite, plusieurs rencontres avec des ambassadeurs de pays d’Afrique francophone eurent lieu, dont le Sénégal. Compte tenu des liens historiques entre le Canada et le Sénégal, le haut niveau de sécurité du pays, la stabilité politique, le Plan Sénégal Émergent, doublé du chaleureux accueil de l’ambassadeur sénégalais de l’époque, autant de facteurs qui firent pencher la balance du côté sénégalais. D’autant plus que, personnellement, j’avais tissé des liens étroits avec de jeunes sénégalais (ses) en formation sur notre ferme au Canada alors que je dirigeais l’exploitation agricole familiale. Le choix fut éclairé et rapide.
4°) Lors de la cérémonie officielle de la 13ème édition du Salon International de l’Elevage de l’Alliance pour le Développement et l’Amélioration des races, plus connu sous le nom de SALADAM, le ministre de l’Elevage et des productions animales, Monsieur Samba Ndiobène KÂ, a annoncé qu’un programme national de développement intégré de l’élevage au Sénégal sera bientôt élaboré. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?
Tout simplement : FORMIDABLE. Le Ministre de l’élevage, que nous avons eu, mes collègues et moi, le privilège de rencontrer à quelques reprises dans le cadre d’échanges portant sur l’élevage, la production laitière et plus spécifiquement sur les cultures fourragères, dont le Sénégal est dramatiquement déficitaire, est un homme possédant une solide formation agronomique et qui a un esprit très analytique en plus d’être visionnaire. Cette initiative est tout-à-fait à son image. Par ailleurs, cette annonce récente nous rejoignait directement parce que nous avions intégré, et ce depuis le début 2019, la culture des plantes fourragères dans le Concept Station Agri-Techno. Car pour développer un secteur aussi important que l’élevage, il est impératif d’y intégrer la culture des plantes fourragères en mode intensif, un secteur pour lequel Station Agri-Techno est particulièrement compétente.
5°) Le ministre a parlé des initiatives en cours dans son département pour plus de financement du secteur, de l’amélioration de l’accès au foncier des acteurs notamment la création d’unité de production de fourrage et la promotion des cultures fourragères. Il a aussi fait mention des défis à relever alors qu’il s’engageait à nouer des partenariats avec des institutions financières fortes.
Qu’apportez-vous pour accompagner les éleveurs du Sénégal afin de faire de l’élevage une activité économique plus rentable et tourner surtout vers le marché pour la satisfaction des besoins des populations ?
Le développement de l’élevage, que ce soit pour la production de viande ou de lait, ne peut être réalisable sans une maîtrise absolue de tous les maillons de la chaîne de production : du sol à la mise au marché, tant de la viande que des produits laitiers. Et en bout de piste, ces activités doivent afficher une rentabilité économique. Ce qui n’est manifestement pas le cas aujourd’hui.
Au départ, les animaux doivent être bien nourris sur une base permanente. C’est la clé de voûte du succès d’une telle opération. Il est clair que le Ministre l’a bien compris et, par ces propos, il compte mettre en place tous les mécanismes nécessaires pour atteindre ses objectifs.

Comme je le mentionnais, tous les maillons de la chaîne de production doivent être parfaitement maîtrisés. C’est ce que propose Station Agri-Techno, de mettre en place des unités modernes de production de cultures fourragères totalement intégrées. Une production de fourrages de qualité sous irrigation, donc en production continue. Avec des rendements annuels de matière sèche de 15 tonnes par hectare. On peut imaginer le haut taux de productivité du bétail ainsi alimenté. Station Agri-Techno propose non seulement de mettre en place de telles structures et d’accompagner les Sénégalais pour une formation avec des experts canadiens, afin que ces derniers prennent progressivement le relais pour ainsi devenir totalement autonomes.
De préciser que ce type d’exploitation serait sous forme de coopérative agricole à l’image de celles du Canada, lesquelles affichent de formidables performances. L’exploitation demeure donc la propriété des agriculteurs/éleveurs Sénégalais concernés. À ce chapitre, Station Agri-Techno inclut dans son processus l’organisation de ce modèle de coopération, ainsi que son administration. Au développement de ce type d’exploitation agricole, pourront se greffer des modèles de production laitière rentable, entre autres.
6°) Lors de la Journée nationale de l’élevage organisée par le ministère de l’élevage dans la commune de Kaël (département de Mbacké), vous avez rencontré le président Macky Sall. Qu’avez-vous retenu de votre rencontre avec le Chef de l’Etat lors de cette journée ?

Ce fut une expérience des plus mémorables. Le président Macky Sall et moi avons échangé sur le développement de l’agriculture au Sénégal et il m’a invité à lui présenter le rôle que pourrait y jouer la société canadienne Station Agri-Techno. Le président de la République fut manifestement séduit par notre Concept, lequel intègre toute la chaîne des valeurs reposant sur des modèles d’exploitations agricoles structurées en coopérative, dont les sociétaires demeurent les agriculteurs, ainsi que par la rentabilité économique qui en découlera ! Un programme qui aura comme résultante une transformation des paysans en agriculteurs. Un rêve que le Président s’est empressé de reconnaître. Celui-ci a par ailleurs promptement réagi en mandatant le ministre de l’Elevage, qui l’accompagnait, d’effectuer le suivi approprié.
7°) Vous avez été à Diourbel, lors d’un comité régional de développement (CRD) sur les cultures fourragères présidé par le gouverneur de la région Gorgui Mbaye, pour présenter votre projet aux acteurs de l’élevage de la région. Pouvez-vous revenir sur cette rencontre avec les acteurs ?
Suite à la Journée nationale de l’élevage, tout s’est précipité compte tenu de l’engouement que notre approche suscitait. Je tiens ainsi à remercier le Gouverneur de Diourbel pour son dynamisme et son implication pour le succès de ce projet. Quelques 75 personnes assistèrent à notre présentation audio-visuelle, pilotée par notre directeur agronomique et opérationnel, Marcel Frégeau, qui portait principalement sur la production de cultures fourragères sous irrigation, des différentes variétés pouvant y être implantés, des stades de récolte de ces cultures, entre autres… La mise en place de pâturages intensifs irrigués en rotation a suscité beaucoup d’intérêt de la part des auditeurs. Cette approche pourra être particulièrement intéressante pour les élevages laitiers. Toute l’assistance approuva d’emblée l’implantation d’un tel concept dans leur région.
8°) Etant donné que la société que vous représentez est canadienne que pensez-vous de la visite actuelle au Sénégal du Premier ministre du Canada, Justin Trudeau?
La visite du Premier Ministre du Canada, M. Trudeau, démontre le grand intérêt que porte le Canada envers le Sénégal. Et je suis des plus convaincu que c’est réciproque. Par le passé, le Canada a toujours été un allié privilégié du Sénégal. D’ailleurs, tous les Sénégalais que je connais au Canada ne tarissent pas d’éloges face à l’accueil que les Canadiens leur offre. Des liens entre les deux pays que nos dirigeants réciproques sauront consolider. Tout comme le Canada, le Sénégal est un pays très pacifique. Nous avons de formidables affinités. Notre premier Ministre M. Trudeau reflète bien cet état de fait. Il est un grand rassembleur.
Chez Station Agri-Techno, nous ne pouvons que nous en féliciter. Car le développement de l’agriculture que nous proposons ne peut que favoriser la consolidation de nos deux nations.

