De Youssouf DIMMA, Correspondant Teranganews à Ziguinchor
6 janvier 2018 – 6 janvier 2020, il y a deux ans jour pour jour que le peuple sénégalais avait été frappé de plein fouet par un massacre inouï ayant fauché la vie de 14 personnes, en majorité des pères de famille sans emploi, qui ramassaient du bois mort à écouler sur le marché afin de nourrir leurs enfants.
Depuis lors, des arrestations massives ont eu lieu, des placements en détention provisoire aussi, en attendant les procès en tant que tels, même si entre-temps, l’un des détenus, le chef de village de Toubacouta, Seyni Sané, alors âgé de 81 ans, est décédé en prison le 1er Août dernier.
Sauf que pendant ces deux ans de détention provisoire des prévenus, les victimes rescapées de ce massacre croulent, eux, sous le poids d’une pauvreté et de conditions sociales et médicales qui toisent la conscience collective.
C’est le cas de Mamadou Sané, qui a « reçu une balle de Kalachnikov dans le mollet gauche » et qui est resté, selon lui, « 45 jours avant d’entamer une convalescence teintée d’espoir, mais surtout après avoir vécu 5 jours fermes la balle dans mon pied ».
Mamadou Sané qui tient actuellement une gargote dans un quartier populaire de Ziguinchor, raconte être « dans le désarroi total puisqu’après le passage, la semaine ayant suivi le drame, de quelques autorités politiques m’ayant donné qui 100 000 F ou un peu plus, qui un sac de riz, c’est fini, rien, absolument rien. Le juge me convoque régulièrement et, en allant, j’amène mes dossiers médicaux, je marche pour aller répondre à la convocation, j’attends de 8 heures à 17 heures plein d’espoir, rien. J’en reviens déçu ».
A la question de savoir ce qu’il souhaite réellement avoir, Mamadou Sané se veut clair : « je veux que l’Etat à commencer par le Président de la République, pense à moi, m’accompagne dans ce que je fais pour m’en sortir et nourrir ma femme et mes enfants comme toutes les autres victimes de ce massacre et d’autres événements malheureux qui ont frappé ce pays, car je suis un Sénégalais comme tout le monde ».
L’autre rescapé, du nom d’Amadou Diallo lui, paralysé à vie du côté droit pour avoir reçu « plusieurs balles au bras droit, au coup et dans le dos, je vis avec mes trois enfants dont deux jumeaux et mon épouse dans un désarroi total, nous visons des fruits de la mendicité ».
A l’en croire, « pour nourrir mes enfants, je me lève tôt le matin pour aller mendier dans la ville en boitillant comme vous le constatez ; il m’arrive d’avoir 500 F ou tout au plus 1000 F pour nourrir ma famille ; d’ailleurs là où nous vivons, c’est une bonne volonté qui me l’a prêté car pas de moyen pour louer la moindre chambre. »
Le désormais handicapé, difficile à regarder sans avoir des pincements au cœur tellement il se déplace très difficilement muni d’une canne de fortune, « demande l’accompagnement de l’Etat surtout du président Macky Sall, je lui demande de nous aider, il ne nous reste que lui, lui qui est le président de tous les Sénégalais, s’il nous entend, ou si ses collaborateurs nous entendent, je lui demande formellement de nous accompagner nous les rescapés de ce massacre, nous étions simplement dans la forêt pour chercher des bois morts et nourrir nos familles, rien que cela ! ».
A noter que si le dossier judiciaire avance au rythme de la justice, le dossier social relatif à l’accompagnement des rescapés semble en définitive piétiner, en témoigne ce que vivent ces derniers ou à tout le moins nos deux interlocuteurs.

