Ce lundi 18 novembre s’est ouverte la 6e édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique. Un événement qui a vu la participation du Chef de l’Etat Macky Sall, du président mauritanien, du vice-ministre japonais et du ministre français Edouard Philippe.
A la hauteur de l’événement, la grande salle du Centre de conférence international Abdou Diouf de Diamniadio a refusé du monde, entres ministres du gouvernement sénégalais, invités étrangers, militants de l’Apr, étudiants, qui ont assisté à un échange d’idées portant sur le thème : Les défis actuels du multilatéralisme.
« Il est difficile d’imaginer un monde sans les Etats-Unis, sans le Sahel, sans les autres pays qui font tous sa diversité, sa richesse », dit-Edouard Philippe à l’entame de son allocution.
Reconnaissant l’environnement sécuritaire africain qui devient de plus en plus complexe, avec de profondes mutations, facteurs d’instabilité et d’incertitude. Les menaces et défis sécuritaires, comme l’extrémisme violent, qui évoluent et se combinent avec les trafics illicites de drogue, d’armes, d’êtres humains, la cybercriminalité et les rivalités pour le contrôle des ressources.
S’y ajoutant une recrudescence des conflits inter-communautaire dans plusieurs régions du continent. Le ministre français affirme que cette hybridation de la violence dérive de causes socio-économiques et de facteurs conjoncturels parmi lesquels la pauvreté, le chômage, les bouleversements climatiques, les catastrophes naturelles et les épidémies.
Dakar, capitale de la réflexion stratégique africaine
En effet ce forum, organisé par le ministère des Affaires étrangères du Sénégal, est une initiative franco-sénégalaise dont l’idée est née lors du Sommet de l’Elysée en 2013, durant l’opération Serval, intervention militaire française au Mali qui s’est déroulée en janvier de la même année. « L’objectif des initiateurs était de mettre en place de manière régulière une grande réunion, avec pour thème la défense et la sécurité en Afrique, à l’instar du Shangri-La Dialogue en Asie ou la réunion d’Abou Dhabi pour les pays musulmans », interpelle-l’invité hôte de l’évènement, le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani.
Les cinq premières éditions ont permis d’évaluer les menaces, de partager des expériences, d’échanger et de proposer des réponses adaptées et intégrées, pour la paix, la stabilité, la sécurité et le développement durables en Afrique. Le forum de 2019 a maintenu le cap en allant au-delà de l’identification des mutations des enjeux sécuritaires actuels pour proposer des solutions inclusives ancrées dans les réalités africaines.
‘’Il faut un mandat robuste de l’ONU au Mali. Il faut que la France soit d’accord, il parait qu’au niveau des Etats-Unis les choses ont bien évolué ; le Royaume Unie est d’accord. Il faut que la Russie et la Chine acceptent sur le Sahel de donner un mandat robuste ou un mandat unique sur tout ce qui se passe dans le Sahel’’, proposait-le chef de l’Etat Macky Sall, comme solution, entre autres.
Il a plaidé pour ‘’des équipements et des engagements en faveur du Mali et du Sahel et la réforme du système de maintien de la paix dans les zones confrontées au terrorisme.
‘’Autrement, c’est une mission à payer des indemnités. C’est bien, c’est réconfortant, mais, on perd de l’argent et la situation s’aggrave sur le terrain. Il faut une réforme du système de maintien de la paix dans les zones où le terrorisme sévit’’, a plaidé-Macky Sall.
Aussi, il a déploré le fait que malgré la présence de plus de 14.000 soldats étrangers au Mali, l’agression terroriste continue de s’intensifier.
‘’Pire, le terrorisme étend son spectre ravageur à d’autres pays, charriant au quotidien des morts, des blessés, des réfugiés et personnes déplacées. Les attaques sont devenues plus fréquentes, plus meurtrières et plus audacieuses, puisque les terroristes s’en prennent de plus en plus aux forces de défense et de sécurité, jusque dans les casernes. Et c’est quand même paradoxale, vu l’augmentation du nombre du nombre de soldats en ces terres’’, s’est-il alarmé.
Il a réitéré son ‘’ferme attachement à l’unité et à l’intégrité nationale du Mali’’, ajoutant que pour ‘’le Sénégal, le Mali est un est indivisible’’.
‘’Il faut que l’autorité de l’Etat soit restaurée dans l’ensemble du territoire’’, a lancé le président Sall.
Selon lui, ‘’ combattre ensemble le terrorisme au Sahel est un impératif de sécurité collective’’.
Depuis 2012, le Mali est confronté à la présence sur sa partie nord de groupes djihadistes. Malgré l’intervention de la Mission multidimensionnelle des Nations Unies au Mali (MINUSMA) et des troupes françaises, la menace s’est étendue au Burkina et dans une moindre mesure au Niger. Les armées de ces différents pays subissent souvent les attaques de ces groupes armés qui cherchent à gagner du terrain.
Pour le président mauritanien lui, la solution pour qu’enfin le Sahel soit débarrassé de toute cette violence serait de garantir l’accès à la justice, de lutter contre l’analphabétisme, de renforcer la coopération entre Etats.
Le premier ministre français Edouard Phillipe a beaucoup insisté sur le partenariat entre les Etats africains et ceux de l’Europe.
Pourquoi le choix du thème : La crise du multilatéralisme ?
Les spécialistes invités à prendre la parole cette année plancheront sur le thème des « défis actuels du multilatéralisme»
« Si le multilatéralisme s’est imposé comme le fil rouge de cette édition 2019, explique Hugo Sada, journaliste, c’est parce que son affaiblissement et les menaces que cela fait poser sur les opérations de maintien de la paix, notamment en Afrique, est un enjeu majeur aujourd’hui. L’Afrique est la principale victime de cet affaiblissement, comme en témoignent les fortes pressions exercées aux Nations unies en vue de réduire pour ne pas dire carrément couper les crédits destinés au financement des opérations de paix de l’Union africaine ou de la Cédéeao. » « La coopération internationale a été remplacée en Afrique par le retour des politiques de puissance dont témoigne la présence grandissante dans le Sahel et en Afrique de l’Est de présences militaires étrangères, qui pour la plupart ne sont pas encadrées par le Conseil de sécurité », ajoute le spécialiste.
« Le multilatéralisme est un thème majeur, reconnaît pour sa part Gilles Yabi. Il est important dans la mesure où, en Afrique, d’une manière générale, nous sommes dans une situation de grande dépendance par rapport à l’Occident. Le continent accueille quelques-unes des missions de maintien de la paix les plus longues et des interventions militaires internationales, relevant des Nations unies et des pays individuels. En Afrique de l’Ouest, les Etats sont très dépendants de leurs relations avec la France, avec l’Union européenne et les Etats-Unis. Dans ce contexte, la pertinence du thème du multilatéralisme ne peut être discutée, mais toute la question est de savoir ce que cela signifie concrètement pour la région, pour les foyers de tension les plus importants. Comment faire de sorte qu’il y ait à l’intérieur de cette dépendance tous azimuts, un espace d’autonomie, de réflexion et de choix d’approche pour les pays africains directement concernés ? »
« Cette édition va contribuer à changer le cours de l’histoire dans le bon sens, pour l’avènement d’une nouvelle ère de paix, de sécurité et de stabilité durable en Afrique ». C’est sur cette note d’espoir que le président Sall a déclaré ouvert les travaux de la 6e édition du forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique.

