Adama Séne Saint-Louis Teranganews
Les habitudes alimentaires matinales vont changer en attendant la fin de la grève de trois jours sans pain de la Fédération des boulangers du Sénégal. Une grève entamée mercredi pour exiger la hausse du prix de la baguette de pain à 200 francs CFA au lieu de 150 francs CFA et qui prend fin demain vendredi.
La ville de Saint-Louis n’est pas épargnée par le mouvement de grève de 72 heures décrété par la fédération des boulangers du Sénégal. A quelques exceptions près, presque la quasi-totalité des boulangeries de la capitale du Nord ont baissé rideau pour suivre le mot d’ordre lancé par la Fédération des boulangers du Sénégal. Une situation qui a été fortement critiquée par les populations et qui fait l’affaie des vendeurs de bouillie de mil et de beignets.
Pour certains chefs de famille, l’Etat doit rester fort et ne pas céder au chantage des boulangers. Rencontré sur l’avenue Mame Rawane NGom dans le faubourg de Sor, le leader de Precos, une association de défense des consommateurs de Saint-Louis, crie sa colère. «Cette grève ne se justifie pas. Les boulangers veulent tenir en otage les populations. Ce n’est pas normal. Maintenant c’est au tour des autorités d’être très ferme. Aucune hausse du prix de la farine n’a été constatée et les explications données par les services du commerce sont claires et nettes. Donc que veulent les boulangers ? Le beurre et l’argent du beurre, c’est impossible » a martelé Gamby Diagne.
Selon ce défenseur des consumériste «depuis des mois, les intrants de la fabrication du pain ont connu des baisses drastiques, mais jamais cette diminution n’a été répercutée dans le panier du consommateur. Le sac de farine a été vendu pendant longtemps à 14.000 francs Cfa, les prix du gasoil et de l’électricité ont subi des baisses. Pourtant la baguette du pain est toujours maintenue à son prix homologué au détriment du consommateur. Raison pour laquelle, nous prions le gouvernement à ne point fléchir devant le diktat des boulangers » constate-t-il avec amertume.
Gamby Diagne de poursuivre, « ce sont des privés, pourquoi veulent-ils à chaque fois qu’il y a des difficultés dans le secteur, que les populations payent les pots cassés. Cela ne peut plus continuer ainsi. Que l’Etat garantisse aussi la sécurité aux boulangers qui ont décidé de ne pas suivre le mot d’ordre de la fédération pour le ravitaillement des populations» a déclaré M. Diagne.
Très remonté contre l’attitude de la fédération des boulangers, le président de Précos invite cependant les consommateurs à la solidarité et de dénoncer toute spéculation constatée dans les quartiers.
Malgré les désagréments occasionnés par la grève des professionnels du pain, les saint-louisiens ont toutefois trouvé des alternatives pour satisfaire le petit-déjeuner de la famille. Trouvée à l’arrêt des bus de Pikine x Tall en partance pour le centre-ville, Maréme Mbaye soutient s’être bien débrouillée pour le petit-déjeuner de sa famille sans le pain matinal.
« C’est difficile pour les enfants qui n’ont pas l’habitude, mais je me suis arrangée pour remplacer le pain avec des beignets et du biscuit. Je leur ai expliqué la situation pour qu’ils se contentent pour le moment de cette solution alternative en attendant que la grève cesse » a-t-elle signalé, avant de jeter de fustiger des boulangers.
Plus radicale que sa voisine, une autre dame d’une cinquantaine d’années, rappelle que le pain n’est pas indispensable à la vie des sénégalais. « Ils seront les plus grands perdants parce que le pain du matin n’est pas la seule solution. Quelle que soit la situation, les populations se débrouilleront toujours pour pallier le pain au petit-déjeuner. Déjà certains parents se sont tournés vers la bouillie de mil, d’autres vers les biscuits et les beignets. Les vendeuses de ces aliments sont assaillies matinalement par les populations. Donc que les boulangers continuent la grève pendant des mois. Ce qui est sûr les consommateurs n’accepteront pas l’augmentation du prix de la baguette. D’ailleurs les boulangers n’ont mis aucun argument convaincant sur la table. Tout ce qui les intéresse c’est d’imposer une baguette de 200F » a-t-elle soutenu.

