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Inauguration : L’Afrique possède son musée des Civilisations Noires à Dakar

Le sang ne fait qu’un tour lorsque l’on glorifie ses origines, sa culture. Impossible pour un fils d’Afrique d’en ressentir de l’indifférence.

Ce jeudi 6 décembre, tout fils du continent noir éprouve une fierté encore plus intense d’appartenir à ses terres, grâce à l’inauguration du Musée des Civilisations Noires, consacré à l’histoire des peuples ébène, de leurs origines jusqu’à nos jours. Longtemps, l’idée de cette institution a germé dans les esprits. Du Président Senghor qui en a parlé pour la première fois, en passant par le Président Wade qui en a commencé les travaux au Président Macky Sall qui a procédé à l’inauguration ce jeudi 6 décembre. Majestueusement niché face au Grand Théâtre, aux portes du quartier administratif et des affaires de la capitale sénégalaise, le bâtiment circulaire de 14 000 m², évoque les cases rondes de Casamance, une région du Sud du Sénégal.

« Un Projet panafricain »

« C’est un projet panafricain. Il y aura une facette de chaque partie de l’Afrique, » avait-souligné le recteur de l’UCAD, Ibrahima Thioub, en assurant que le musée pourra accueillir des œuvres d’autres pays du continent moins bien dotés.

11h. Décor africain, ambiance africaine, tout, comme si l’univers était de connivence avec cet évènement, tout, respire l’africanité.

Tiens, c’est une kenyane ou une sénégalaise habillée en Masai, s’interroge-t-on, lorsqu’on l’aperçoit. Ce n’est pas seulement la tenue qu’elle porte, mais la façon dont elle l’a met en valeur ferait douter n’importe qui sur les origines propres de la femme qui l’a met si bien.

« Mon ‘’faux’’ mari et moi, pose-Alima, dévoilant sa belle dentition par un beau sourire, représentons la culture Masai du Kenya. » La boule à zéro, élancée telle une gazelle, le port d’une reine, Alima suscite l’admiration. Elle nous explique que c’est la styliste Sadya Gueye qui a choisi les tenues, représentant ainsi les pays d’Afrique, à travers un couple chacun.

En face du couple Alima-Sidi du Kenya, Ernest Biaye et sa ‘’fausse’’ épouse, font office de roi et reine du Ghana. Epoustouflant dans leur tenue, ils montrent tout le charme que dégagent les tenues africaines, traditionnelles, sous les danses et chants de tribus qui résonnent dans l’air.

11h20. Un cortège annonce l’arrivée du Président Sall. Accompagné de membres du gouvernement tels que son Premier Ministre Mohammed Boun Abdallah Dionne, Tanor Dieng, et bien évidemment le ministre de la culture Abdou Latif Coulibaly. Quelques minutes après, l’hôte de marque du Président fait son entrée, le Président Azali Assoumani, des Iles Comores. Le ministre culturel chinois aussi est de la délégation ainsi que le sous-directeur de l’Unesco Moez Chakchouk. Après avoir morcelé le turban, ils se dirigent vers le musée, pour une visite explicative.

En attendant la fin de leur visite marquant l’ouverture des festivités liées à cette inauguration, l’esplanade du Grand-Théâtre continue de vibrer sous plusieurs sonorités d’Afrique. Un peu plus loin du tout nouveau musée, près de l’entrée menant dans l’enceinte du Grand-Théâtre national, les peulhs et lébous, tribu des pêcheurs du Sénégal, facilement reconnaissable de par leurs tenues, leurs danses et chants, régalent les visiteurs par des chorégraphies endiablés de leur ethnie.

Tout un protocole pour déboucher dans la grande salle des lieux, très tôt envahi par un auditoire attendant patiemment l’allocution du Président, sans se douter du spectacle qui leur sera offert. Une trentaine de minutes plus tard, le maître de scène annonce enfin l’entrée du Président et de ses accompagnants dans la salle. L’Hymne du pays retentit. Solennellement chantée par la chorale « A cœur joie » qui transmettent toute une vague d’émotion à l’assistance.

Juste après, Germaine Acogny, figure historique de la danse en Afrique, offre au public une chorégraphie dite « danse de la prière », dans un calme plat, conduit par un gestuel à la fois souple et ardent. Un groupe de jeunes, habillés de pantalon bouffant assorti de chapeau de paille fait trépider la salle par une alléchante prestation de tam-tam, empreint d’effervescence, faisant penser à Doudou Ndiaye Coumba Rose, le révolutionnaire de ce domaine.

Dans cette salle, l’on n’a même pas le temps de se remettre d’une émotion qu’une autre vient se coller à celle que l’on ressent déjà. Ismaila Lô, l’auteur de la mythique chanson « Tajaboone », accompagné par les chœurs des enfants de la chorale, a chanté « Africa ». Le public séduit et réactif s’est mis debout, visiblement touché par le chanteur ou par la chanson en elle-même, puisqu’elle appelle à la paix et à l’unité africaine.

Entre deux souffles à peine, le public sursaute en percevant la voix de Baba Maal, marchant doucement mais sûrement vers le devant de la scène. Puis celle de Fallou Dieng interprétant « Demb » de Youssou Ndour, puis Awadi, avec son fameux single « I have a dream ». Zao, l’artiste musicien congolais, habillé comme Thomas Sankara met fin à ces vibrantes prestations à travers une interprétation comique « d’anciens combattants ».

« On refuse d’être un musée de la nostalgie »

Après une longue bataille, d’intellectuels africains tels que Felwine Sarr, les objets africains détenus en France, reviennent entre les mains d’africains. L’épée du résistant et marabout Cheikh Oumar Foutiyou Tall, est sans doute l’objet attisant le plus de curiosité. Et quoi de plus normal, si l’on s’en tient aux faits historiques. « Il est fondamental que les œuvres exposées au MCN illustrent à la fois le passé et le présent des civilisations noires. On refuse vraiment d’être un musée de la nostalgie », affirme-Hamady Bocoum, directeur dudit musée.

« Le MCN veut mettre en exergue « la contribution de l’Afrique au patrimoine culturel et scientifique, » souligne M. Bocoum. Mais son objectif est « surtout de se projeter » vers l’avenir. « Nous n’allons pas rester dans la contemplation, » a-t-il promis.

Devant ces ‘’trésors’’ du continent, le Président Sall, ses invités, ses accompagnants, n’ont fait que se réjouir dans leur discours.

A propos de l'auteur

Mame Khary Leye

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