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EDITO POLITIQUE : Les hommes partent, les pratiques politiciennes demeurent

Décidément !! La politique au Sénégal n’est pas encore prête à des changements. Pour preuve, après nous avoir promis une gouvernance « sobre et vertueuse », la coalition Benno Bokk Yakaar au pouvoir ne cesse d’étaler une gestion « sombre et vicieuse ». Oui ! Ces mêmes pratiques qui ont fait perdre le pouvoir au Président Abdoulaye Wade, sont sur le point d’être érigées en règle par l’APR et ses alliés.
En effet, après les nominations politiques, le gestion clanique et familiale du pouvoir, la gabegie des deniers publiques, les poursuites judiciaires sélectives, le fait de se dédire sur la question du mandat et de la taille du gouvernement, etc., le pouvoir actuel a une fois de plus montré que la différence n’est pas si grande sur le plan politique et de la gestion, comparé à ses prédécesseurs.
A l’occasion de l’investiture du candidat Macky Sall, la mobilisation a été certes grande, la fête belle, Dakar Arèna archi comble, toute la République réunie le temps d’investir le candidat de BBY.
Mais le hic est que derrière ce décor qui affiche une « toute puissance » du parti au pouvoir se cache, un florissant business d’achats de conscience et de « militants alimentaires ».
Les personnes présentes à Dakar Aréna sont venus d’un peu partout du Sénégal. En plus des responsables, délégués et autres militants ou sympathisants de la coalition Benno Bokk Yakaar, une bonne partie de la foule a été transportée en car « Ndiaga Ndiaye », avec tissus à l’effigie du Président Macky Sall offerts, des sandwichs et quelques billets de banques, histoires de les inciter à venir en masse. Une façon de les appâter dans un pays où le chômage ne cesse de croître.
Ces « militants alimentaires » sont des jeunes filles, de jeunes dames, des personnes âgées, des enfants des fois, qu’importe pour les responsables à l’origine de cela. Pour ces derniers, tout ce qui compte est la forte mobilisation, le nombre de cars et de personnes amenés, histoire de faire croire au « Boss » que tout ce monde lui est acquis. Pas tout a fait faut ! Oh que si ! Ces personnes lui sont acquises le temps d’un meeting ou d’une manifestation politique pour laquelle elles sont payées pour être là.
De telles pratiques ne sont pas étrangères au Sénégal. Les libéraux en usaient sous le magistère du Président Abdoulaye Wade, les socialistes également. Aujourd’hui, alors que les « républicains » faisant référence à l’alliance pour la République (APR) nous avaient promis une rupture avec ces attitudes d’un autre âge mettant à nu la dignité humaine, c’est plutôt à leur consolidation qu’on assiste. Si ces personnes payées, transportées et nourries faisaient forcément gagné le pouvoir, Wade ne serait pas partie en 2012.
Au moment où le ministre de l’économie, des finances et du plan en personne a reconnu la tension budgétaire existante dans le pays, au moment où les syndicats d’enseignants, des agents de la santé sont en grève, les étudiants de Thiès sont obligés de faire appel à des dons pour se nourrir, il est alors inconcevable de gaspiller le temps d’une journée ou devrai-je dire le temps d’une investiture des millions de francs CFA pour juste une mobilisation de militants. Les priorités sont ailleurs et 2019 n’est pas loin.
Aussi à cause de la cérémonie d’investiture du candidat Macky Sall, plusieurs personnes empruntant l’autoroute à péage ont dû rater leur vols à cause des embouteillages, d’autres des rendez à cause des bouchons occasionnés par le déplacement et la sécurité du chef de l’Etat ce 1 er décembre 2018.
Même l’assemblée nationale sénégalaise a subi les frais de l’investiture du candidat de la coalition au pouvoir. L’hémicycle était quasi vide ce 1er décembre, avec une dizaine de députés et le ministre de l’agriculture présent pour le vote de son budget. Mais le président de l’assemblée et ses collègues étaient plus occupés et préoccupés par l’investiture de leur leader, le candidat Macky Sall.
Les hommes partent, les institutions demeurent. Tâchons de faire bon usage des institutions et autres moyens de l’Etat pour ainsi laisser un lég honorable à la postérité, mais aussi mériter un second mandat grâce à ses réalisations. La masse silencieuse peut toujours faire mal et elle n’est pas cette foule qui court derrière vos rutilantes escortes. Apprenez des erreurs de Wade et ressaisissez-vous avant qu’il ne soit trop tard.
A bon entendeur salut !

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Daouda SOW

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