Dans l’arrière-cour du siège de l’association nationale des handicapés moteurs du Sénégal (ANHMS), des éclats de rires attirent l’attention. Des jeunes filles assises en petits groupes se chambrent entre elles. Elles ne sont pas handicapées mais viennent suivre une formation que leur dispense l’ANHMS. « Nous ne recevons pas que des personnes en situation de handicap dans notre centre, nous formons également des valides », nous informe Yacine Koné, la présidente l’ANHMS également coordonnatrice du groupement d’intérêt économique (GIE) Handi-eco.

Yacine Koné nous reçoit dans la salle d’exposition du centre. Des colliers, des chemises de table, des t-shirts, robes en batik etc. y sont exposés. Tous sont des œuvres des membres du centre qui sont des personnes en situation de handicap. La présidente de l’ANHMS, nous désigne une dame amputée du bras droit, assise dans un coin de la salle d’exposition, « c’est la meilleure couturière du centre, elle est la preuve vivante de l’adage qui dit que « quand on veut on peut » », dit-elle, ce qui arrache un sourire à Coumba Ka, puisque c’est d’elle qu’il s’agit. Cette dernière nous invite à nous assoir, puis commence à nous narrer les péripéties qui l’ont conduit au centre.

Coumba Ka est chargée de la vente de l’exposition, l’achat des matières premières du GIE Handi-eco. La salle d’exposition est située dans le centre de l’ANHMS. Pourtant, il s’en est fallu de peu pour qu’elle ne soit pas formée au centre. En effet, passionnée de couture, sa demande a été rejetée dans un premier temps par le centre qui lui avait dit qu’elle ne pouvait faire de la couture avec un bras amputé. « C’est aujourd’hui que j’ai senti mon handicap, vous êtes supposés aider les personnes en situation de handicap mais pas les décourager. », leur avait-elle lancé toute déçue. Ayant constatés son amour pour la couture, les responsables ont fini par accepter de la former. « J’ai terminé deuxième de la formation. Le premier avait déjà son atelier de couture, il n’avait besoin que du diplôme », se souvient-elle.
Non-respect du quota de recrutement de personnes handicapées dans les entreprises
Henry Thomas Diémé, secrétaire générale nationale de l’ANHMS explique que l’objectif de l’association est d’aider les personnes en situation de handicap, à se prendre en charge et de les aider à s’insérer dans le milieu professionnel. Cependant, il se désole que la loi d’orientation sociale qui fait obligation à toute entreprise privée ou publique de recruter un quota d’au moins 15% dans leur offre d’emploi. Pour lui, les personnes en situation de handicap sont défavorisés dans les recrutements, « or ces 15% doivent être réservés aux personnes en situation de handicap », explique le juriste de formation.
Le centre est également impliqué dans la lutte contre la mendicité. Selon la présidente de l’ANHMS, cette lutte est particulièrement difficile en raison des revenus que tirent ces personnes dans la mendicité. « Ils viennent généralement de l’intérieur du pays et sont donc en location. La mendicité leur rapporte entre 5 000 et 10 000 frs par jour », explique Yacine Koné. « C’est la raison pour laquelle ils ne continuent généralement pas leur formation », poursuit-elle. « Ils tombent dans la facilité », ajoute Henry Thomas Diémé à propos de mendiants à qui ils avaient essayé de donner une qualification.

Fatou Kiné Dieng quant à elle, ne condamne pas les personnes handicapées qui mendient. Selon elle, ce sont les parents qui sont responsables de cette situation. « Ce sont eux qui doivent préparer leurs enfants à affronter le monde extérieur. Ils doivent s’occuper de leurs enfants comme tout parent l’aurait fait », dénonce celle qui tient un salon de coiffure au centre de l’ANHMS. Assise sur son fauteuil électrique, elle explique que sa famille s’est bien occupée d’elle et n’a jamais songé à tendre les mains. « Aujourd’hui j’emploie aussi bien des personnes handicapées que des valides », dit-elle fièrement.
Elle invite les parents de personnes en situation de handicap à ne pas avoir honte de leurs enfants et à leur accorder les mêmes chances que les autres enfants.

