C’est une école au cœur de Dakar, mais très peu connue du public. C.F.A, centre de formation artisanale, regroupe plusieurs filières tels que l’ameublement sculpté, la bijouterie, la cordonnerie-maroquinerie, la maintenance en mécanique de précision, la maintenance électrique, électronique et informatique, la poterie céramique, la coupe-couture. Le centre existe depuis 1961.
Elle est sise au Complexe Maurice Delafosse de Dakar. Son immensité en surprendrait plus d’un. Impossible de ne pas se demander comment un lieu pareil, renfermant autant de diversités peut souffrir d’une quelconque sorte de notoriété. Pourtant, ce n’est pas une première ! Beaucoup de ces écoles publiques connaissent ce sort. Un problème de sous-estimation ? D’intérêt ? Assez peu de choses peuvent expliquer cela. Ce qui est sûr, c’est que le problème de la visibilité de cette école remonte à bien loin.
9h50, l’on pénètre dans l’enceinte de l’établissement. Des arbres, touffus, gigantesques, nous guident dans la cour de l’école. Au loin, l’on aperçoit les bureaux de l’administration, et les voix des élèves, leurs rires, parviennent de temps à autre jusqu’à l’entrée.
L’accès à l’école se fait par voie de concours.
Avant de parvenir au directeur, M. Diallo, responsable pédagogique nous parle du mode de fonctionnement de C.F.A. « Neuf sections de formation régissent l’école. Les élèves sont acceptés après une réussite à un test, pour ceux qui font une formation payante. Un niveau CAP et BEP est requis pour l’admission au C.F.A ».
Un tour dans le bureau du directeur. « N’allez pas dans le bureau du directeur, vous n’en ressortirez pas de sitôt ». Les élèves ont raison. Mais, l’on ne s’en lasse pas. Le directeur à la personnalité charismatique, à la motivation, à l’engagement sans bornes, ne demande qu’à être déchargé des problèmes liés aux infrastructures. « En cinq ans, dit-il, j’ai vieilli de vingt-cinq-ans. Le C.F.A ne souffre d’aucun problème d’organisation. Nous tenons tant bien que mal malgré les difficultés que rencontre notre école. »
Pourtant, le directeur et ses collaborateurs travaillent pour relever la visibilité de l’établissement, de par les médias. « J’ai fait des plateaux de télévision, où j’ai mis en exergue l’établissement. Nous prenons en charge la visibilité de notre école sans un professionnel en marketing, ou en communication. Dans certaines écoles, les activités du genre, culturelles sont organisées par les élèves. Au C.F.A, c’est l’administration elle-même qui s’en charge ».
« Le ministre de la formation professionnelle a fait la promesse de rénover certaines parties de l’établissement, » s’est-il rappelé.
La mentalité sénégalaise peut aussi en être une cause. « Imaginons un étudiant fraîchement diplômé, ou un nouveau bachelier, demandez-lui où il se voit dans dix ans. Dans 97% des cas, il dira je me vois dans quelques années, cadre dans une entreprise, dans un bureau climatisé, derrière mon ordinateur ». Ce que Lamine Sène appuie, un homme d’une cinquantaine voulant inscrire sa fille dans l’école : « Beaucoup de sénégalais réfléchissent à la manière des occidentaux. Pour eux, avoir le Bac, le BFEM et choisir de s’orienter vers ces métiers est une perte de temps. Pour eux, le succès, la réussite s’est d’être dans un bureau climatisé, arborant costume, cravate, grosses lunettes. Or, tout le monde ne peut avoir la prétention de réussir comme manager, comptable. Il faut être innovant, et ne pas faire ce que tout le monde fait, si faire la différence vous importe. Ma fille veut faire des études en couture, je la soutiens dans son choix, » dit-il avec un sourire de papa fier.
Un français parmi les étudiants.
Le centre public de formation artisanale (CFA) ne forme pas que de jeunes sénégalais. Les étrangers connaissent l’existence de cette école au point de venir poser leurs baluchons à Dakar, dans le but de suivre une formation dans un des domaines qu’elle propose, et le pays dans lequel il a été implanté non. Paradoxal !
Pour cette année académique 2017-2018, trois autres nationalités y figurent : djiboutiennes, congolaises, une centrafricaine, une bissau-guinéenne, et un français.

