De Amédine Faye correspondant de Teranganews à Tambacounda
C’est un climat chaud qui règne ce vendredi matin à Kalifourou, localité de la commune de Linkering (Vélingara, Kolda) où se trouve le point de passage officiel entre le Sénégal et la République de la Guinée. Sur le bas-côté de la route, quelques gros porteurs stationnés. L’empoussièrement des cylindres des pneus renseigne sur la longue durée de stationnement des véhicules.
Cet apprenti-chauffeur guinéen a quitté Dakar à destination de son pays.
« On a duré ici presque 7 mois(…)On est fatigué. Il faut nous aider pour qu’on puisse rentrer en Guinée(…) », implore Abdoulaye Keita.
S’il est resté tout ce temps à Kalifourou, c’est parce que les frontières entre le Sénégal et la Guinée sont fermées. Une décision prise par la Guinée depuis l’an dernier. C’est ce qui a empêché Abdoulaye Keita et son patron de convoyer jusqu’à destination les matériaux métallurgiques, une commande d’un client vivant en Guinée.
Des millions de FCFA perdus par les transporteurs sénégalais.
Tout comme le jeune Keita, presqu’une vingtaine de transporteurs sénégalais vivent le même quotidien à Kalifourou. Des véhicules bloqués dans cette localité depuis septembre 2020 comme c’est le cas de Mohamed Diop. Il subit de plein fouet les dommages financiers engendrés par l’arrêt du trafic transnational entre les deux pays aprés la fermeture de leurs frontières.
« Nous sommes restés 7 mois sans travailler(…) Ce camion que vous voyez, à l’espace de sept mois, peut générer plus de dix millions », se désole Diop, qui dit attendre l’accompagnement de l’Etat.
Avec la fermeture des frontières, la commune de Linkéring voit aussi ses recettes en baisse
« La commune de Linkéring est dans des difficultés depuis presque un an. Nous avons toutes nos activités qui sont bloquées dans la commune de Linkéring, particulièrement ici à Kalifourou (…)Le niveau de vie des populations a sensiblement baissé, tout simplement parce que nous n’avons plus de recettes ici. Outre les populations de Kalifourou, mais c’est la collectivité territoriale qui est dans des diffucltés, parce qu’aussi les droits de stationnement et autre, ça nous faisait des recettes qui pouvaient nous aider à faire face à beaucoup d’autres engagements vis-à-vis de la population », a fait savoir le maire de la commune de Linkéring au ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement Mansour Faye, en tournée dans la zone.
Les petits commerces aussi impactés
Les commerçants qui gravitaient autour des trafics routiers entre le Sénégal et la Guinée ne font plus de rentrée d’argents. Leurs activités sont à l’arrêt. Zeynab Diallo, tenancière d’une gargote située tout près de la route bitumée de Kalifourou, ne vend presque plus de plats depuis plusieurs mois.
« Les affaires ne marchent plus, parce que les frontières sont fermées. On n’a plus rien(…) Avec cette fermeture des frontières, c’est devenu un problème. Avant la fermeture des frontières, dans la journée je pouvais encaisser 10.000 fcfa, 15000 fcfa, ça dépend. Aujourd’hui, je n’amène pratiquement rien à la maison », regrette la restauratrice, le visage enturbanné, ne laissant apparaitre que ses yeux.
Toutes ces difficultés d’ordre économique dûes à la fermeture des frontières entre le Sénégal et la Guinée viennent s’ajouter à l’inexistence de pistes rurales dans certaines localités de la commune, à l’absence de parking gros porteurs que Linkéring vit au quotidien, comme l’a rappelé son maire devant le ministre Mansour Faye.
« Nous n’avons pas un lieu où les gros porteurs peuvent stationner(…) C’est un risque d’accident pour la population(…) La collectivité territoriale peut [en] profiter si on mettait en place un port sec au niveau de Kalifourou. Ça allait faire quelques recettes pour la commune, pour au moins aider cette collectivité territoriale à faire face à ses problèmes. De l’autre côté, nous avons aussi un enclavement interne. Cet enclavement est dans la commune de Linkéring. Nous avons un désenclavement externe, c’est-à-dire de Linkéring jusqu’à Dakar, nous n’avons aucun problème(…)Mais à l’intérieur de la commune de Linkering, nous avons beaucoup de difficultés, parce qu’il y a des villages dans la commune de Linkéring, dès le début de l’hivernage, les gens sont totalement coupés du reste de la commune de Linkéring(…)Pour des évacuations[sanitaires], les populations de la commune se dirigent plutôt vers la république de Guinée que de partir à Linkéring ou à Kalifourou », explique le maire Al Jouma Boiro.
Pour sa part, le responsable de la gare routière de Kalifourou a interpellé le ministre Mansour FAYE sur le manque de moyens de transport en commun dans la localité.
« Le parc automobile complétement absent, les rares véhicules qui circulent dans la zone viennent de la Guinée. C’est pourquoi au niveau de la gare routière, la population sollicite l’octroi de deux minibus urbains pour faciliter le trafic Kalifourou- Médina Gounass et Kalifourou-Tamba, une façon de régler l’emploi des jeunes car beaucoup de jeunes disposent de permis de conduire en ce moment mais sont confrontés à un problème d’emplois. Nous voulons une nouvelle gare routière à Kalifourou pour permettre la circulation des personnes et des biens », demande Saliou Ngom.
Le cri du cœur des populations de Linkéring entendu
Venu s’enquérir de la situation des transporteurs bloqués à Kalifourou depuis la fermeture des frontières, le ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, Mansour Faye, n’est pas resté indifférent aux doléances des populations de la commune de Linkéring.
« Les questions de désenclavement de la commune de Linkéring sont bien notées et avec mon équipe, nous allons tenter, dans le cadre de la politique de désenclavement initiée par l’Etat, d’apporter des solutions, de même l’électrification rurale qui est en cours. Comme vous le savez l’Etat est en train de développer un programme d’électrification rurale pour 2.000 villages. Je vais m’en ouvrir à mon collègue en charge du Développement communautaire pour voir comment faire bénéficier les localités au niveau de la commune de Linkéring (…) [Les questions de santé] « seront transmises à l’endroit de mon collègue en charge de la Santé, pour que des solutions puissent être apportées(…) », rassure l’officiel, bien qu’il ne se soit pas prononcé sur la question de la fermeture des frontiées entre le Sénégal et la Guinée.
En attendant la réouverture des frontières, à Linkéring, certains reversent jusqu’à 6.000 fcfa au conducteur de moto qui les amène en Guinée.

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