Le gynécologue et obstétricien, Professeur Cheikh Ahmed Tidiane Cissé admet l’efficacité de la vaccination contre le papillomavirus pour éviter la survenue du cancer du col de l’utérus. Au Sénégal, le cancer du col de l’utérus est le premier cancer gynécologique et représente 34 % des cas de cancers qui surviennent et 30 % des cas de décès.
Le gynécologue et obstétricien a salué la stratégie du Sénégal dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus, « depuis 2018, le pays vaccine gratuitement les filles âgées de neuf ans, contre le papillomavirus Humain (VPH), c’est une stratégie qui a déjà prouvé son efficacité dans la prévention du cancer du col de l’utérus. », a déclaré le Prof Cissé.
« Les cancers gynécologiques sont les cancers les plus fréquents chez la femme dans le monde ; les incidences les plus élevées sont rapportées en Afrique. Ils sont responsables d’une lourde mortalité favorisée par un diagnostic le plus souvent tardif et des moyens de traitement très limités. Aussi, pour améliorer ce pronostic, l’Afrique doit miser principalement sur la prévention à travers plusieurs stratégies, notamment : la lutte contre les facteurs de risque, la promotion des facteurs protecteurs, la vaccination et le dépistage », explique Prof Cheikh A Tidiane CISSE, qui a présenté une communication orale lors cette session.
« Parmi les moyens de prévention, l’efficacité de la vaccination contre le papillomavirus pour éviter la survenue du cancer du col de l’utérus est prouvée. Le Sénégal, à l’instar d’une minorité de pays africains, a mis en œuvre depuis Octobre 2018, une stratégie de vaccination gratuite des filles âgées de 9 ans en intégrant ce vaccin dans son programme élargi de vaccination. Les résultats de cette approche ont été excellents entre 2018 et 2020 avec une couverture de 100 % de la cible », ajoute le professeur Cissé, qui est aussi un enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
D’après les observations du Programme national de prévention primaire du Sénégal, ce taux de vaccination a chuté avec l’avènement de la pandémie du Covid jusqu’à atteindre 10 % seulement. Cette baisse a été également favorisée par une réticence croissante des parents probablement en rapport avec le développement des fausses informations relayées surtout par les réseaux sociaux et concernant divers griefs contre le vaccin, des griefs tels que son inefficacité, de probables effets secondaires graves ou encore l’infertilité secondaire qui pourrait en découler ultérieurement.
Le professeur Cissé avance que : « l’évidence médicale actuelle, matérialisée par plusieurs études publiées sur ce sujet dans la littérature médicale, a montré de manière certaine que :
– le vaccin, lorsqu’il est administré très tôt avant les premiers rapports sexuels, était bien efficace pour prévenir le développement de lésions précancéreuses puis du cancer du col utérin ;
– Il n’y pas de relation formelle entre les problèmes de santé observées chez certaines personnes vaccinées et l’administration du vaccin. D’une manière générale les effets secondaires relevés sont peu fréquents, mineurs et passagers ;
– Il n’y pas de risque d’infertilité ultérieure chez les jeunes filles vaccinées ».
Depuis la fin de l’épidémie due au Covid et grâce à diverses campagnes de sensibilisation, la couverture vaccinale au Sénégal est remontée progressivement ; elle est estimée actuellement à 40 % de la cible.
Le cancer du col de l’utérus est principalement dû à une infection persistante, d’une durée de 10 à 15 ans, par des virus appelés papillomavirus humains (virus du papillome humain ou HPV, abréviation de huma papillomavirus) à haut risque et transmis par voie sexuelle. L’infection par un virus HPV est l’infection sexuelle transmissible la plus fréquente dans le monde (80% des femmes sont infectées au moins une fois dans leur vie). Elle guérit le plus souvent spontanément. Mais dans 10 % des cas, le virus persiste au niveau de la muqueuse du col utérin et peut alors provoquer des modifications de l’épithélium appelées lésions précancéreuses, susceptibles d’évoluer vers un cancer.
Chef chef du Service de gynécologie-obstétrique de la faculté de Médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar a fait cette déclaration lors du 24e Congrès mondial de gynécologie et d’obstétrique s’est tenu à Paris du 09 au 13 octobre 2023, avec la participation de près de 8 000 participants venus des quatre continents et 500 experts dont le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018.
Le Congrès, organisé par la Fédération Internationale de Gynécologie et d’Obstétrique (FIGO), a été l’occasion de discuter de thématiques liées à la santé des femmes, aux droits reproductifs, à l’équité en matière de santé ainsi que la justice sociale. « Le Congrès mondial de la FIGO est le principal et le plus grand événement mondial dans le domaine de la gynécologie et de l’obstétrique. C’est l’occasion d’apprendre, partager, créer des alliances et façonner l’avenir de la santé des femmes et de la santé génésique », explique Dr Nawal Nour, Présidente du comité d’organisation du congrès FIGO Paris 2023.
Comme le dit clairement le postulat de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et comme s’y sont engagés 194 pays lors de l’Assemblée Mondiale de la Santé tenue en 2020, l’élimination du cancer du col utérin devrait être possible à l’horizon 2030. Cela requiert l’engagement de tous : autorités, soignants et populations. « Pour cela, il faut une bonne coordination dans la mise en œuvre de trois stratégies : 90 % des filles sont vaccinées avant l’âge de 15 ans, 70 % des femmes sont dépistées à 35 ans puis à 45 ans et enfin 90 % des femmes ayant développé un cancer du col utérin ont accès à un traitement », conclut ledit professeur Cissé.
Le programme du Congrès incluait aussi des laboratoires de simulation, des ateliers éducatifs et le tout premier festival du film de la FIGO, qui a présenté des courts-métrages sur des sujets allant des procédures chirurgicales aux documentaires de sensibilisation, ainsi qu’un vaste programme scientifique réunissant un éventails d ‘experts traitant des dernières mises à jour scientifiques, des avancées en matière de soins de santé et des défis importants pour la santé et les droits des femmes dans le monde entier.
La FIGO (Fédération Internationale de Gynécologie et d’Obstétrique) est une organisation professionnelle regroupant plus de 130 associations d’obstétrique et de gynécologie du monde entier.

