Ousmane Sonko a accordé un entretien exclusif à France 24, depuis son domicile, à Dakar. Il estime qu’en renonçant à briguer un troisième mandat, Macky Sall n’a fait qu' »abdiquer face à la pression populaire » et internationale. Il assure être « totalement éligible », et se dit convaincu de pouvoir être élu président du Sénégal en 2024, « dès le premier tour ».
Marc Perelman : Dans son discours à la nation prononcé ce lundi le président Macky Sall a renoncé à se présenter à un nouveau mandat est-ce que vous saluez cette décision ?
Ousmane Sonko : Je voulais d’abord faire une précision à l’entame de mon propos puisque certains de vos collègues notamment du Monde diplomatique ont prétendu que je serai assigné à résidence. Je ne suis pas assigné à résidence, je suis arbitrairement. Il n’y ni décision de justice, ni décision administrative qui m’impose de rester chez moi. C’est une détention arbitraire en violation de tous mes droits. Ceci dit, je voudrai faire remarquer qu’il y a une situation atypique qui concerne l’Afrique de manière générale et le Sénégal pour cette fois-ci ou le monde entier en tout cas beaucoup de gens ont félicité le président sortant pour avoir simplement respecté la constitution de son pays. C’est triste pour l’Afrique et certains ont même parlé de l’exception sénégalaise là où la Mauritanie, le Cap Vert, le Ghana, le Niger, le Nigéria récemment et beaucoup d’autres pays africains ont tendance à donner l’exemple avec des alternances démocratiques ou les présidents sortants ne se représentent pas et respectent leurs Constitution. Il y a aucune exception sénégalaise en réalité et je crois que désormais lorsque le président Macron aura terminé ses deux mandats et s’en ira, il faudrait que l’ONU, tous les pays lui adressent des félicitations pour ne pas avoir brigué un troisième mandat. Ceci dit je comprendrais cette attitude s’il s’agit simplement d’un encouragement pour lui demander de mieux faire et de continuer sur cette lancée pour apaiser définitivement ce pays. Autrement on serait dans une infantilisation de l’Afrique qui serait encore ce mineur non émancipé où tout ce qui est ordinaire et normal dans les autres pays, les autres démocraties serait exceptionnel pour l’Afrique. Ensuite nous considérons qu’il n’y a rien à féliciter ou à remercier. Il n’y a rien d’exceptionnel puisque que le retard observé à faire cette annonce a occasionné énormément de dégâts pour le Sénégal. Si le président de la République avait dès le début clairement signifié, comme il l’a dit quand il nous présentait son référendum en 2016, comme il l’a dit dans son livre et comme il l’avait dit dans beaucoup de vidéos lorsqu’il voulait briguer un second mandat que c’était son dernier mandat et qu’il n’avait pas le droit de briguer un autre mandat, on n’en serait pas là où on en est de 2021 à maintenant avec son lot de morts, d’emprisonnements, de dégâts matériels. Les conséquences ont été immenses et énormes parce que en réalité le président Macky Sall n’a pas abdiqué parce qu’il serait un démocrate. Il a abdiqué parce qu’il y a eu la pression de son peuple d’abord, que les complots qu’il a ourdis contre ma personne ont échoué parce que le peuple sénégalais s’est dressé pour dire non mais il a reculé parce qu’il y a eu la pression internationale également. Il y a également toutes ces plaintes au niveau de la CPI et de différents organismes des Nations Unies. Il n’a pas reculé il a toujours eu cette intention de briguer cette troisième candidature. Il l’a toujours eu jusqu’à la dernière minute.
Chers compatriotes,
Je vous invite à suivre l’entretien exclusif accordé à #France24.#senegal?? pic.twitter.com/ydNLwHdbnf
— Ousmane Sonko (@SonkoOfficiel) July 6, 2023
MP : Ousmane Sonko quand même vous l’avez traité de dictateur, un dictateur par définition ça ne décide pas de quitter le pouvoir. Alors certes vous dites que c’est tard mais mieux vaut tard que jamais quand même ?
OS : Un dictateur peut quitter le pouvoir de plusieurs manières possibles. Quand je parle de dictature c’est par rapport aux actes qui ont été posés et qui continuent à être posés. Tenez-vous bien ! Hier quelques personnes se sont mobilisées à la porte du palais de la République de manière spontanée sans aucune autorisation prétendument pour féliciter, remercier le président de la République au même moment 17 personnes étaient placées sous mandat dépôt parce qu’elles s’étaient déplacées vers ma résidence pour s’enquérir de ma situation et dénoncer l’inégalité qui frappe ma détention arbitraire. Et tous les jours nous vivons cela. Quand un président de la République recrute des milices privées et leur permet d’ouvrir le feu sur des manifestants désarmés comment on peut appeler ça Monsieur Perelman ? Quand un président de la République instrumentalise la justice pour s’attaquer à son opposition, à la presse, aux lanceurs d’alerte à tous ceux qui ont une opinion dissidente et emprisonner à tour de bras – aujourd’hui on a presque 700 prisonniers politiques dans les geôles de Macky Sall comment vous voulez qu’on l’appelle. Si les gens pensent que la dictature il faut attendre qu’on soit sous le régime de Ceausescu ou de la Corée du Nord non ! Pour un pays comme le Sénégal qui a connu la démocratie qui a grandi dans la démocratie et la liberté, ce qui s’est passé ces 10 dernières années est scandaleux et catastrophique. Jamais le Sénégal n’a connu ce niveau de violence d’État et c’est pourquoi je parle de dictature. Et je dis, je le réitère, le président de la République a cédé à la pression populaire et à la pression internationale.
MP : Juste une question est-ce qu’il y a en ce moment même entre vous et le président ou entre vous et le pouvoir des discussions pour essayer de trouver une solution qui permette en effet d’avoir une élection présidentielle inclusive ? Ou est-ce qu’il n’y a absolument pas de contact entre vous et Macky Sall ?
OS : Au moment où je vous parle il n’y a aucun contact officiel ou officieux entre moi et le président Macky Sall. Et je voudrai dire simplement que voilà un homme qui, pendant des années, s’est acharné sur ma personne et sur mon parti politique ; a utilisé tous les leviers d’Etat : la violence policière, les milices l’instrumentalisation de la justice, qui s’est attaqué à ma personne à ma famille. Figurez-vous qu’il a fallu que je donne mon téléphone, mon ordinateur portable à mes enfants pour qu’on l’amène chez le voisin pour pouvoir recharger parce que depuis hier nous sommes confrontés à un problème d’électricité et la police refuse que l’électricien accède à mon domicile. Cette violence sur moi et sur ma famille, cette persécution, j’ai été attaqué physiquement mon domicile a été barricadé, mes vitres ont été brisés sur la route du tribunal… Ce qui s’est passé avec moi ne s’est jamais passé. Mais nonobstant tout ça, j’ai tendance à dire que nous prêts à pardonner, nous avons même pardonné et nous oublions.
MP : Vous êtes prêt à discuter avec Macky Sall pour pouvoir trouver un chemin vers la présidentielle ?
OS : Ma candidature, ce que je veux dire Mr Perelman rien a été fait pour le moment. Nous avons vu une presse nationale et internationale même ; hier on m’a transmis un article de vos confrères du Monde diplomatique qui semblait supposer qu’avec l’annonce de la non candidature du président Macky Sall on nous aurait enlevé presque un moyen de revendications et de lutte. C’est tout à fait faux ! Jusqu’à présent les populations sénégalaises sont soulevées. Est-ce qu’elles étaient soulevées pour la troisième candidature ? Non ! Elles s’étaient soulevées contre la persécution de l’opposant qui s’appelle Ousmane Sonko. Jusqu’au moment où on parle, le débat sur la candidature n’a pas encore, n’avait pas encore pris c’est importance. Et je voudrai dire également que si vous voyez qu’après l’annonce de cette non candidature, qu’est-ce que vous avez constaté au Sénégal ? Est-ce que vous avez vu des scènes de liesse ou de contestations ? Non ! Ça laisse presque indifférent les Sénégalais. On peut rester là-bas et faire ses analyses. Ce que les Sénégalais exigent aujourd’hui c’est des élections libres, transparentes, inclusives et que les Sénégalais puissent librement choisir leur Président. Ce n’est pas à Macky Sall de choisir le prochain président ; je ne suis même pas sûr qu’il puisse choisir un candidat consensuel dans son propre camp. Et ce n’est pas à lui quelle que soit la nature des relations qu’il a avec Ousmane Sonko. Je n’ai jamais éprouvé de haine vis-à-vis de cet homme.
MP : Est-ce que vous lui tendez la main ? Est-ce que vous lui dites « Ecoutez, vous avez fait un geste sous la pression de la rue – d’après votre interprétation – maintenant asseyons-nous autour d’une table et parlons pour en effet apaiser la situation » ?
OS : Monsieur Perelman nous sommes des patriotes, nous aimons ce pays et n’avons rien d’autre que ce pays. Et tout ce qui peut apaiser ce pays, tout ce qui peut apaiser ce pays, nous sommes prêts à faire les sacrifices. Mais nous ne serons jamais dans certaines logiques puisque le président Macky Sall pense que pour pouvoir discuter avec quelqu’un il faut d’abord le soumettre par des décisions de justice télécommandées ; par la violence policière. Nous sommes des hommes des êtres dignes et fiers, on ne discute pas de couteau à la gorge. Tout ce qui peut apaiser ce pays et il est il y va de son intérêt d’abord. Je dis si le président Macky Sall pense qu’il peut utiliser les sept mois qui restent de son mandat pour continuer à essayer de persécuter le Président Ousmane Sonko, il se trompe. Nous résisterons comme nous l’avons toujours fait et c’est pourquoi je dis qu’aujourd’hui l’annonce de sa non candidature n’a absolument rien réglé dans ce pays. Ce que les Sénégalais veulent, et ce que la communauté internationale veut parce que j’ai lu beaucoup de communiqués – hier je lisais le communiqué de l’Union Européenne qui a terminé par exiger des élections inclusives, transparentes pour permettre au peuple sénégalais de choisir – nous n’avons pas nous à négocier cela. Le président Macky Sall a dit à certains qu’il empêchera vaille que vaille ma candidature parce que c’est lui la République, c’est lui la justice, c’est lui le Conseil conditionnel, c’est à lui de dire qui va être candidat et qui ne va pas l’être. Je puis vous assurer qu’il n’y aura pas d’élection dans ce pays ou alors ce sera dans un chaos où indescriptible si par des combines judiciaires le président Macky Sall voudrait empêcher ma candidature. Nous lui souhaitons de terminer ce mandat en beauté et de pouvoir partir dans la sérénité lui et sa famille, c’est tout le mal que nous lui souhaitons. Il faut qu’il comprenne que ça ne peut pas continuer comme ça et qu’il n’a pas hérité ce Sénégal de ces parents, il ne l’a pas acheté au marché. Le Sénégal appartient à 17 millions de Sénégalais et la majorité de ces Sénégalais veut de la candidature du président Ousmane Sonko et ma conviction c’est que si on va aux élections le jour de l’élection une heure de temps après la fermeture des bureaux de vote, je serai déclaré vainqueur au premier tour.
MP : En attendant Ousmane Sonko évidemment en conclusion, est-ce que vous vous attendez à être arrêté dans les jours qui viennent en raison du jugement qu’on a évoqué en début d’émission ?
OS : Mais il faut le demander au Président Macky Sall puisqu’aujourd’hui…
MP : C’est lui qui décide… ?
OS : C’est lui qui décide parce que c’est le parquet qui peut décider de mon arrestation, le parquet dépend du ministre de la Justice qui dépend du président de la République et je suis très pressé qu’ils aient le courage d’aller jusqu’au bout de leur logique parce que j’ai entendu d’ailleurs dans certaines conclusions hâtives les gens décrétaient mon inéligibilité. Je suis encore totalement éligible !

