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Covid-19 à Touba, renforcement du protocole sanitaire et sensibilisation…ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC DR MAMADOU DIENG Médecin chef de la région de Diourbel 

De Abdoulaye Faye, correspondant de Teranganews à Diourbel.

Résurgence de la COVID-19, nouvelles mesures restrictives, notamment le retour du couvre-feu nocturne dans les régions de Dakar et de Thiès, Covid-19 et Magal de Touba, la situation de la maladie dans la région, et la deuxième vague. Le médecin chef de la région de Diourbel est revenu dans un entretien exclusif accordé à notre correspondant à Diourbel sur la situation dans la région…Dr Mamadou Dieng avec Abdoulaye Faye de Teranganews

 

Comment se présente l’épidémie au niveau de la région ?

La région de Diourbel compte 1 081 cas confirmés avec 337 contacts, 705 cas communautaires, 27 cas importés, pour les guéris, nous sommes à 821, le nombre de décès s’élève à 84 décès. Pour les malades qui sont actuellement pris en charge, il y a 213 malades dans les différents centres dont 9 cas hospitalisés dans des structures de prise en charge, à Ndamatou, à Fawzeyni (Touba) et à Lübke (Diourbel). Donc, le reste des cas, sont à domicile. Les cas simples qui sont suivis à domicile, c’est 195 cas à domicile, il y a 9 cas à Ndamatou, 5 cas à Fawzeyni. Voilà, comment se présente actuellement l’épidémie.

Comment se manifeste la deuxième vague dans la région de Diourbel ?

Il y’a une reprise évolutive au plan national on parle d’une deuxième vague mais en réalité à Diourbel on peut dire qu’on est à notre troisième vague. L’épidémie a évolué en 3 temps, il y’a eu une première flambée qui marqué l’avènement de l’épidémie. C’était au mois de mars et celui d’avril. Dans le mois de mars déjà du 10 au 24 mars nous avons connu une vague épidémie qui s’était estomper jusqu’au 10 avril, c’est cette date qu’on a eu notre premier cas donc la première vague c’est entre le mois de mars et d’avril. Il y’a eu des semaines d’accalmie. Par la suite la deuxième vague a débuté avec le premier cas communautaire et cette vague s’est marquée par la floraison des cas communautaires contrairement à la première vague ou on a eu que des cas contacts à part le cas importé. Ces cas communautaires ont augmenté jusqu’à doubler, tripler ou même quadrupler les cas contacts depuis lors on a connu l’avènement de beaucoup de cas communautaire qui était focalisé à Touba ensuite à Mbacké et à Diourbel. Le département de Bambey est jusqu’à présent légèrement touché par l’épidémie. Parce que depuis le début jusqu’à nos jours ils n’ont pas eu 20, ils ont eu 16 cas. Donc cette deuxième vague qui a débuté au mois d’avril jusqu’à la veille du Magal ou on a connu une baisse du nombre de cas juste après le Magal les cas ont considérablement baissé. Après le Magal on a connu une période d’accalmie on a noté moins de 10 cas par semaine. Il est même arrivé des jours ou on n’a pas eu de cas pendant plusieurs semaines. Par la suite vers fin novembre début décembre l’épidémie a repris au niveau de la région et c’est notre troisième vague mais si on se met dans une posture nationale avec l’agrégation des données nationale on est dans la deuxième vague. Dans le pays quand on agrège les données on a une situation qui donne deux vagues parce qu’au moment où nous nous étions dans l’accalmie certaines foyers ouvertes dans d’autres horizons et le pays de manière global est aujourd’hui dans la deuxième vague.

« On a franchi la barre des milles cas dans la région ».

Maintenant, qu’est-ce qui explique cette recrudescence de l’épidémie ? (Interrogation du médecin)

Je pense qu’on n’était pas à l’abri de cette reprise évolutive. Parce que dans beaucoup de localités du pays, on avait toujours des cas communautaires. Donc, aucune région n’était à l’abri. Seulement, notre région est une région très vulnérable du fait de sa position géographique. C’est une région qui est frontalière avec 5 régions du pays sur les 14 régions. On peut dire que c’est une région qui est frontalière avec la moitié du pays (Thiès, Fatick, Kaolack, Louga, Kaffrine). Cette position fait d’elle une région vulnérable. Il s’y ajoute, le fait que, les échanges sont très denses au niveau de la région notamment les échanges commerciaux, ceux des biens et services, et aussi la tenue de marchés hebdomadaires plus les grands marchés qui sont dans la région tel que le marché Ocass, si vous ajoutez les évènements qui ont continués à se tenir, notamment les grands rassemblements, sans compter qu’on a déconfiné pratiquement toutes les mesures au niveau du transport, la reprise des enseignements où il y a eu vraiment une ouverture de tous les secteurs. Ce qui a conduit à un brassage intense de la population qui a abouti certainement une augmentation de la transmission du virus. Si tu ajoutes maintenant les problèmes de comportements, les gens ne respectent pas les mesures barrières, le port du masque n’est pas systématique surtout dans des lieux publics malgré l’arrêté qui assigne les gens à porter un masque. On a vu que dans beaucoup de lieux publics, les gens ne portent pas le masque, ne respectent pas les mesures barrières, le lavage des mains aussi n’en parlons pas, sans compter le déni de la maladie qui est toujours là, malgré tous les ravages causés par cette pandémie. Il y a toujours ce déni d’une bonne adoption de toutes ces mesures barrières. En plus de tout ça, il y a un brassage interrégional.

Quand vous éteignez l’épidémie au niveau de la région, et que d’autres foyers, d’autres personnes font la navette entre les zones où on a des cas et les zones où on a commencé à baisser le nombre de cas, il y a toujours des risques de reprises évolutives. Il y a une multitude de facteurs qui expliquent cette reprise évolutive de l’épidémie.

De novembre à maintenant, beaucoup de diourbelois pensent que c’était la seconde vague ?

Il faut dire que cette deuxième vague, la transmission est beaucoup plus intense à Diourbel. Et apparemment, le virus est beaucoup plus virulent.

Si vous aviez à quantifier, quelle comparaison faites-vous entre la première et la deuxième vague de contamination du virus ?

On a presque doublé le nombre de cas en quelques semaines. Le nombre de décès aussi a fait un bond spectaculaire. On est passé de 50 à 84 décès en quelques semaines, donc, c’est un bond significatif. Le nombre de cas graves aussi, on est resté plusieurs semaines sans en avoir, sinon on aurait un ou deux cas, maintenant on a plus de 8 parfois 9 cas voir même 12 cas graves dans nos structures de santé. Le nombre de cas contact aussi est très élevé. On n’arrive même pas à retracer tous les contacts parce qu’il y a tellement de cas communautaires qu’il est très difficile de retracer les contacts. Actuellement, les malades sont suivis à domicile, parfois, c’est très difficile de maitriser ces malades qui peuvent vaquer à leurs occupations. Le nombre de cas communautaires a augmenté de manière significative. Et aujourd’hui, ce qui préoccupe, c’est les cas graves. Parce que l’épidémie, apparemment, commence à toucher des sujets vulnérables. Ce qui explique l’avènement de ces cas graves.

Dans les centres de la région, y’a-t-il suffisamment d’équipements comme à Dakar ?

On ne peut pas dire suffisant, mais il y a des moyens pour prendre en charge et il y a des limites quand même. Il y a des moyens pour prendre en charge les cas graves, mais ce qu’on redoute, un débordement des services. Si rien n’est fait pour juguler le nombre de cas graves qui arrivent dans les services, il y a des risques de débordement.

Quelle est la capacité d’accueil des services en matière de cas graves ?

La capacité litière est maintenant évaluée à plus d’une trentaine de lits pour les cas graves si on tient compte les capacités litières des hôpitaux qui sont dans la région (Fawzeyni, Ndamatou, Lübke). Maintenant, il y a des centres de santé qui ont aménagé des lits chauds qui pourront accueillir ces cas graves.

Nous avons le centre de santé de Touba où on a un plateau qui peut accueillir certains cas, de même qu’au niveau de Diourbel. Il y a des centres de référence, il y a des extracteurs d’oxygène, du petit matériel de réanimation pour gérer les malades en attendant de les transférer. Il faut dire qu’on travaille aussi étroitement collaboration avec les centres de santé de référence des autres régions pour qu’en cas de besoin on puisse évacuer les malades au niveau de ces centres.

Selon vous pourquoi la région de Diourbel, n’est pas concernée par les nouvelles mesures restrictives dont le couvre-feu malgré le nombre important de cas 

Le président quand il prend une décision, il le fait sur des bases factuels, sur la base de donner objectives sur la base d’avis éclairés des scientifiques qui l’entoure. Il y’a des scientifiques de renommer des experts de santé publiques qui éclairent sa lanterne donc je pense c’est une bonne décision parce que la décision doit être équilibré je pense qu’il a tenu compte d’arguments ou en tout cas de donner qui ne sont pas à dispositions. Certainement il a fait le pour et le contre pour faire le cantonnement à deux régions. Je pense que comme c’est une situation dynamique y’aura des évaluations pour essayer de voir s’il faut évoluer dans ces décisions ou non. Pour le moment Dakar et Thiès sont concernées parce que c’est les deux grands foyers si on arrive à endiguer ces deux foyers et à conjuguer les efforts niveau des autres régions on peut nous épargner d’une généralisation de ces mesures et je pense ça sera pour le bien de tout le monde pour l’économie mais celle des autres secteurs tels que l’enseignement le commerce et les autres secteurs. Aujourd’hui c’est un dilemme de régler ces questions de santé en tout cas pas en restant très équilibré mais pas trop délétère

Les acteurs de la santé semblent atteindre ses limites dans la sensibilisation ?

La sensibilisation c’est une activité qui doit être continue parce que l’objectif est de changer les comportements ce n’est pas chose facile on ne peut pas décréter un changement de comportement et donc il faut toujours persévérer dans ce sens le processus de changement de comportement est un processus très complexe ou on peut un retour vers une remise en cause des acquis. Donc le corps médical à beaucoup sensibiliser mais ce n’est pas le lieu de se décourager il faut renforcer davantage la sensibilisation et surtout suscité l’engagement communautaire pour suppléer les corps médicaux. Maintenant il faut toujours analyser le contexte voire le comportement et reformulerez des messages qui cadre parfaitement avec le contexte. Je pense que c’est un exercice continue qu’il faut mener pour espérer le changement au bout du compte.

Le corps médical semble être touché par la Covid-19 ?

Il y’a des cas parmi le personnel de santé le personnel quand on habite dans la même maison avec des cas communautaires quand les gens viennent à l’hôpital sans mesure de protection ça expose le corps médical. Le corps médical fait partie de la communauté sinon il est plus exposé par rapport au métier choisi. Nous avons toutes les statistiques je ne l’ai pas en tête il faut dire que y’en qui sont confirmés et sont guéris et qui ont repris service d’autres sont actuellement en quarantaine comme tous les autres cas de la communauté, ils sont suivis.

Êtes-vous de ce qui pense que le Magal n’a pas d’influence sur la flambée des cas ?

Non ça n’a rien à voir avec le Magal, cette deuxième vague est très éloignée du Magal. Le Magal c’était au mois d’octobre, cette deuxième vague est venu après plus de 45 jours ça n’a rien a voir avec le Magal, cette deuxième vague est expliquée par les comportements par le déconfinement, la levée des mesures, la reprise des classes, on a un peu sous-estimé l’arrivée de cette deuxième vague qu’on a vu venir en Europe certains pays ont été pris au dépourvu par la deuxième vague mais au moins nous on a vu que c’était bien possible d’avoir une deuxième vague malheureusement quelques part y’a eu relâchement.

Nous avions moins cas avec la première vague parce que y’avait une mobilisation de tous les partenaires mais il faut aussi reconnaitre qu’après 9 mois ou 10 mois de riposte il est évident que les moyens démunis il faut se remobiliser pour alimenter la riposte.

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Khadim FALL

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