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Tamkharit : Le couscous de l’Achoura, une recette de cuisine très colorée

Mame Khary Léye & Khadim Fall

Aujourd’hui c’est « Yow ma al Achoura », ce qui signifie Jour de l’An en arabe. Beaucoup de Sénégalais parlent de la « Tamkharit » qui est en fait fêtée le dixième jour de l’année musulmane. Au Sénégal, la « Tamkharit » est devenue une fête légale depuis 1976.

Dans toutes les familles, le couscous fait à base de farine de mil accompagné d’une sauce avec de la viande ou du poulet est au menu du dîner. Partout, on s’apprête à faire bombance autour du grand bol familial.

Le couscous, une recette de cuisine très colorées

Ce soir le menu sera un succulent couscous avec une sauce rouge onctueuse où surnagent, de la viande, du poulet, des raisins secs, des haricots blancs.

Chacun doit avoir le ventre plein ce soir. Selon la tradition, celui qui n’a pas le ventre plein à Tamkharit aura faim toute l’année. C’est le prétexte à d’abondants repas, composés essentiellement de couscous de mil, suivis d’un « carnaval » au cours duquel les femmes se déguisent en hommes et vice-versa.

Nos femmes, toujours enclines aux préparatifs de fêtes semblent être aux anges. Cette fête, correspondant au 10e jour du nouvel an musulman est différente des autres. La Tamkharit ne nécessite ni trop d’argent, ni trop de temps. Le charme de la fête se trouve dans sa simplicité, un repas du soir et des festivités. Mais, certaines de nos femmes trouveront toujours un moyen d’en faire plus qu’il n’en faut. «C’est juste de l’excitation, » relativise-Adji Ndoumbé, la soixantaine cure-dent à la bouche. «Ce sont elles qui apportent cette touche euphorique colorante,» lâche-t-elle d’un air coquin.

Remarque, Awa Baba Ndiaye, une des belles-filles de Adji Ndoumbé nous susurre avoir acheté un nouveau boubou pour la fête de ce soir. « C’est ma première Tamkharite en tant que madame Sarr, je veux juste que ce soit mémorable, en alliant beauté, bonté et générosité dans le service des mets, » prétexte-t-elle, un petit sourire charmeur laissant entrevoir les dents du bonheur.

Sûrement Mamie Adji Ndoumbé sera d’avis que, quoi de plus beau que de servir un succulent plat de couscous avec un visage fardé à la perfection, dans un boubou traditionnel rappelant ceux des reines d’Afrique. Dans la même lancée, Ndeye Daba aussi nous confie que ses belles-soeurs ont décidé de se faire confectionner les mêmes habits traditionnels pour l’occasion. En prenant en compte le fait que cette fête marque la célébration officielle du nouvel an musulman, un nouvel habit ne serait pas de refus.

Assise telle une reine, donnant des directives aux jeunes femmes s’affairant autour du traditionnel couscous, la mamie Adji Ndoumbé leur rappelle en même temps comment les femmes de l’époque où elle était appelée « demoiselle » assistaient leurs mères à ces occasions là. « Rien à voir avec les celles de maintenant, tellement paresseuses, ne sachant rien faire de leurs dix doigts à part taper sur une machine, tripoter leurs téléphones et tenir un stylo, » leur lance-t-elle. Les jeunes femmes à qui sont adressées ces flèches essaient de dissimuler le fait qu’elles se marrent, mais leurs moues les trahissent.

10h. A cette heure pourtant matinale, pour la préparation d’un dîner, l’odeur du couscous titillent  déjà les narines. Le tour de cinq maisons fait dans le populaire quartier de Gueule-tapée confirme ce fait. Ceux qui entrent dans ces maisons se heurtent aux ustensiles, bassines, poulet, viandes, et condiments, tassés pèle-mêle dans la cour. Dans la maison des Touré, la ménagère, la maîtresse de maison et sa fille se partagent les tâches. « Je m’occupe du déjeuner, » dit-Astou, ménagère de son état. « Ma patronne et sa fille préparent le dîner de Tamkharite, » lâche-t-elle, les yeux rivés sur l’oignon qu’elle découpe.

Quelque chose d’étonnant. Dans certaines familles, le traditionnel couscous laisse la place au couscous marocain. Que de changements !

Une dame, la trentaine, Aminata Pam affirme : « Depuis deux ans, je privilégie le couscous marocain. » La raison évoquée pour ce choix ne relève que de la facilité de préparation. Aminata soutient qu’il prend moins de temps, et de dépenses que le couscous de mil. « Le processus de préparation du couscous traditionnel est long, » dit-elle en insistant sur la longue, comme harassée rien qu’en y pensant. Comme pour justifier ce choix, la dame confie que la petite famille n’y trouve rien à dire. « Mon beau-père n’y trouve pas d’inconvénients, » dit-elle. « Il soutient que le couscous traditionnel est lourd à son goût, » poursuit-elle.

Apparemment, la donne est sur les pas du changement.

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Khadim FALL

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