A LA UNE Actualité Justice Ziguinchor

ZIGUINCHOR / Massacre de Boffa Bayotte : Me Clédor Ciré Ly pointe l’enquête de la gendarmerie et demande une liberté provisoire pour les 26 prévenus

De Youssouf DIMMA, TerangaNews Ziguinchor

Après l’enquête préliminaire et l’instruction du dossier de 30 prévenus dans le cadre du massacre de Boffa Bayote ayant coûté la vie à une quinzaine de personnes le 6 janvier 2018, place à l’accusation. En effet, le dossier ayant maintenant atterri devant la chambre d’accusation de la cour d’appel de Ziguinchor saisie par Me Clédor Ciré Ly avocat de 26 des prévenus parmi lesquels le journaliste René Capin Bassène, a justement choisi cette juridiction pour s’attaquer non seulement à l’enquête de la gendarmerie et à la procédure, mais aussi pour introduire une demande de liberté provisoire au profit de ses clients.

S’adressant à la presse sur l’esplanade de la cour d’appel de Ziguinchor, l’avocat de René Capin Bassène, entre autres prévenus, a indiqué d’ « aujourd’hui, la chambre d’accusation devrait statuer sur plusieurs points à savoir une demande de liberté provisoire de 26 personnes qui sont en détention depuis un temps assez long. Ces personnes sont en détention depuis janvier 2018. Elles ne sont pas libérées et apparemment les actes d’investigation qui devaient être faits n’ont pas été faits correctement et convenablement ».

A en croire Me Ly, « nous avions demandé aussi, et cela participait de l’exigence d’un procès équitable que nous poursuivons, l’audition de témoins, le confrontation avec certains co-inculpés et éventuellement la confrontation avec des témoins que nous avons désignés et qui peuvent aujourd’hui apporter la contrevérité de la vérité supposée établie par l’enquête de gendarmerie ».

En effet, a-t-il déploré, « nous prenons la responsabilité de dire que cette enquête de gendarmerie est une véritable arnaque ! Il n’y a pas eu d’enquête ! On s’est contenté de ramasser des innocents, des membres d’une même famille et même des personnes qui n’étaient pas sur Ziguinchor au moment des faits, pour les impliquer dans une tuerie. Donc les exigences du procès équitable font que nous avions demandé au juge d’instruction de précéder à des actes d’investigation pouvant établir tous les mensonges qui se trouvaient dans le procès-verbal d’enquête de gendarmerie pouvant établir et apporter la preuve avec des alibis de la non-participation de personnes à ces événements. Alors le juge d’instruction a tout bonnement refusé d’écouter des témoins qui constituaient des alibis, d’écouter des autorités qui pouvaient apporter la preuve de ce que telle personne ne pouvait pas faire partie de cette tuerie ».

Précisant ses propos, l’avocat a déclaré : « nous prenons la responsabilité de dire que nous demandons à ce que publiquement le juge d’instruction Bachir qui était le directeur de la RTS (Radiotélévision du Sénégal, NDLR) et qu’il entende aussi l’actuel Chef d’Etat-Major de l’Armée sénégalaise qui, à l’époque, effectivement, pouvait connaître de faits précis pouvant innocenter des personnes qui aujourd’hui sont injustement emprisonnées ».

Me Clédor Ciré Ly a d’autre part déclaré avoir « demandé des expertises qui allaient établir que l’enquête de gendarmerie toujours participait d’une arnaque et non point d’une enquête judiciaire ou policière. Le juge d’instruction a aussi rejeté ; et figurez-vous qu’aucun acte d’investigation n’a été fait en dehors des auditions des parties. Même la reconstitution des faits n’a pas été faite. Là aussi, c’est une exigence du procès équitable que l’on fasse une reconstitution des faits et que des éléments qu’il considère comme étant des éléments de preuve puissent être confortés ou ne pas être confortés ».

Me Ly d’ajouter : « il faut que l’opinion publique nationale et internationale sache que l’histoire de la Casamance ne peut pas être résolue résumée avec le Mfdc (Mouvement des forces démocratiques de la Casamance, NDLR). On a tendance, tout ce qui se passe, on dit que c’est le Mfdc et on renvoie à ce mouvement des forces démocratiques de la Casamance et beaucoup d’innocents ont faits les frais de ces errements, de ces confusions et de ces mensonges. »

Et de conclure en ces termes : « donc je dis formellement que les 26 personnes que je défends sur 30, les 25 ne savent même pas ce que c’est le Mfdc. Et pourtant on essaie de faire comprendre à l’opinion internationale que c’est le Mfdc qui a envoyé des tueurs : des gens qui ne savent même pas ce que c’est qu’une cartouche ».

Pour lui, « il est temps que les enquêtes de police et de gendarmerie fassent l’objet de vérifications par les juges d’instruction et cela, c’est la loi, l’article 72 du code de procédure pénale dit que les éléments de l’information doivent être les éléments recueillis par les officiers de police judiciaire et vérifiés par les juges d’instruction ; mais les juges d’instruction ne vérifient rien du tout. Donc les actes d’investigation que nous avons demandés pour la manifestation de la vérité ne peuvent pas être refusés par le juge d’instruction et voilà pourquoi nous avions saisi la chambre d’accusation. »
L’avocat a donné rendez-vous dans un mois, le temps de « renforcer » leur position.

A propos de l'auteur

Khadim FALL

Laissez un commentaire