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Concubinage à Dakar : En aparté avec ces partenaires « libres de tout engagement » !

Il arrive parfois que l’esprit agisse comme un détonateur, marque une pause sur une chose qui attire l’attention. Cette fois, le concubinage est cette chose. Paraît-il que cette pratique gagne du terrain, ou tout du moins il le semble. Le rapport de l’ANSD de 2014 certifie que 3341 sénégalaises vivent en concubinage. Le choix de cette vie au mariage, surtout pour les femmes, est ce qui laisse l’entendement, perplexe.

Concubinage ! L’esprit se fait un dessin de quelqu’un « qui a une relation avec. » Seulement, le concubinage a une particularité propre. Le concubinage renvoie à une union libre entre un homme et une femme, en quelque sorte à une union hors-mariage, marquée par une certaine continuité voire, une stabilité. Nécessairement, il faut une communauté de vie, pour que la question du concubinage se pose. Les sénégalais trouvent difficilement les raisons susceptibles d’emmener les gens à y recourir. Mais, les concernés eux, le savent : problèmes familiaux, de caste, de religions différentes, de grossesse….

C’est le cas d’Arame et de Mactar. Car, cet état de fait est connu comme profondément ancré dans les coutumes et traditions. Le rejet de Mactar par sa famille l’a contrainte à vivre clandestinement avec lui. « Je vis avec Mactar depuis plus de dix ans. Ma famille ne voulait pas de mon union avec lui. Pour des raisons économiques, elle le sous-estimait, l’humiliait. Voyant que je persistais dans ma décision de me marier avec lui, mon oncle paternel, pour me faire changer d’avis, m’a menacé de me donner en mariage à un de mes cousins du village. J’ai moi-même proposé à Mactar de fuguer ensemble. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés en ville, » confie-t-elle le regard perdu. Le couple a maintenant trois enfants. Arame est aujourd’hui peinée par sa situation. Elle éprouve presque des regrets. L’idée d’officialiser leur union la hante : « Je pense de plus en plus au mariage. Je sens que je vis difficilement cette situation. Je n’arrête pas de le tancer pour que nous nous marrions. J’ai presque trente-trois ans, je ne conçois pas de continuer ainsi, » affirme t-elle désarçonnée.

Arame pense ainsi car, le concubinage n’a rien n’à voir avec le mariage. Même si, sous certains angles, il lui ressemble, du point de vue « devoirs », les concubins n’y sont pas du tout. Déjà, entre eux, on observe une liberté et une absence totale de devoirs réciproques. La seule contrainte qui pèse sur eux, est l’obligation de vie commune. Ce qui précisément, les différencie des couples mariés. Ce qu’atteste Thierno Fall, vivant depuis 2015 avec sa compagne. Le jeune couple, vit aisément dans un luxueux appartement. « Je ne suis nullement tenu d’un quelconque devoir de fidélité, d’assistance financière ou morale, » dit-il, avec une moue traduisant ses paroles. « Nous sommes libres de gérer à notre guise notre patrimoine. » Sa conjointe, une étudiante en troisième année de licence, revient sans pression, sur ce qui l’a emmené dans cette situation. « Je suis tombée enceinte. Mes parents m’ont mise à la porte. Je suis allée retrouver Thierno. C’est de cette façon que je me suis retrouvée vivant avec lui, » dit-elle d’un air serein. La jeune femme n’a pas l’air de se plaindre de sa situation. Elle ne s’attend pas non plus à un changement, ou évolution, du genre « mariage ». Pour cause, elle ne veut pas perdre son homme. « Je sais qu’il est du genre coureur, et que le mariage ne l’intéresse pas le moins du monde. Pour ne pas le perdre, je ne le force pas à m’épouser. Pour le moment, je suis bien, je vis bien et je profite de ce que j’ai. » Ces mots, l’on aurait dit qu’elle les sort de sa bouche, un brin triste ou troublée. Loin de là. Aucun sentiment de ce genre ne se traduit sur son visage. Elle a plutôt l’air de savourer ces instants.

Dans la plupart des couples concubins, les femmes tiennent plus au mariage, à une union reconnue par Dieu, que leurs compagnons. Les conjoints de ces couples retrouvés, ne semblent pas très emballés par cette idée de convoler en justes noces. Ce qui veut dire quoi ? Qu’ils partagent leur lit et non leurs biens économiques. Que les hommes qui pratiquent le concubinage sont foncièrement épicuriens ? Ce qui fait qu’ils ne font guère de promesse d’engagement. Les concubins sont liés par un sentiment d’appartenance émotionnel. En d’autres termes, ils s’aiment, font des enfants, sans plus.

Pascal et Henriette vivent leur concubinage dans le plus grand bonheur. Telle une femme mariée, Henriette est aux petits soins. C’est entre repas servis, jus de fruit,  que l’échange se fait. La jeune femme conçoit le concubinage comme une étape servant à la constitution du couple. « Nous voulons nous connaître avant de nous unir pour le meilleur et pour le pire. C’est une opportunité de découvrir ce que c’est que de vivre avec l’autre, partager des moments difficiles. Cela permet de mieux juger si un engagement à long terme, serait vivable.»

Pourtant, ils se heurtent le plus souvent, à une forte désapprobation de la part de leurs familles. Hormis celles-ci, la loi en elle-même le proscrit. Aucune disposition ne réglemente le concubinage. Et le jugement des religions est sans appel. Aussi bien l’Islam que l’Eglise condamne cette pratique.

Frère Benjamin, assimile le concubinage à la fornication. Tranchant telle une épée, il soutient : « C’est un péché, tout ce qu’il y a de plus grave. L’on ne peut  pas vivre en concubinage et adorer le Seigneur, ce sont deux choses qui ne se rejoignent pas. Le Christianisme considère qu’il est impératif de s’unir devant l’Eglise, avant que les conjoints ne songent à se mettre en ménage. Et puis, ces histoires ne font que ramener l’anarchie au sein de la société.  Ce n’est pas ce que l’Eglise attend du fidèle chrétien. Les chrétiens qui vivent en union libre sont bannis de la communauté catholique. Au cours d’une messe, ils ne reçoivent en aucune façon le corps du Christ. A moins qu’ils ne soient pas découverts. On ne peut entretenir une relation secrète et appeler cela mariage. Car, c’est ce qu’ils font tout le temps, se dissimuler, échapper aux regards des autres. Parce qu’on le veuille ou non, le Sénégal a une forte implantation religieuse. La raison refuse de concevoir ces genres de pratique. Pour qu’une union soit valide, il doit remplir certaines exigences, avance-t-il, le ton légèrement emporté.

Ce qui était autrefois inconcevable, l’est aujourd’hui. Les personnes âgées jetteront  sans doute la pierre aux blancs, à leur modernisme. L’avènement des hôtels y est, d’après les sénégalais, pour beaucoup, le matérialisme aussi. Oubliant que certaines de leurs traditions, tel que le problème des castes, peuvent tout de même y être pour quelque chose.

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Mame Khary Leye

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