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Magal des 2 Rakaas à Saint-Louis : Le sens et la portée de cet acte d’adoration d’Allah

Adama SENE, correspondant à Saint-Louis.
La prière des 2 rakaas que Cheikh Ahmadou Bamba avait effectuée le 05 septembre 1895 dans le palais du gouverneur colonial de Saint-Louis, continue toujours d’être interprétée diversement par les talibés et même par les historiens du Sénégal. Si une bonne frange des talibés mourides soutiennent mordicus que Khadim Rassoul avait prié pour défier les colons, d’autres disent non car le Cheikh avait l’habitude de faire des prières surérogatoires. Et s’il a prié devant les autorités coloniales, c’est pour les faire comprendre qu’il ne cherche refuge qu’à Dieu, par conséquent elles ne pouvaient pas lui faire peur ou l’impressionner.
A en croire des observateurs de la vie religieuse et très proches des cercles mourides, Mame Bamba avait effectué ces deux rakaas naturellement, en signe d’adoration d’Allah. « Maitrisant parfaitement comment doivent fonctionner les relations entre voisins même si on n’est pas de la même religion, le fondateur du Mouridisme n’avait pas prié par ostentation parce que ce n’était nullement pour lui une intention de provoquer les colons » a rappelé Serigne Mactar Faye. Mais cette prière de deux rakaas a-t-il poursuivi, a été une occasion pour le gouverneur colonial et son cabinet pour l’accuser de vouloir mettre en œuvre des plans de contestation de leurs pouvoirs et de préparation de la guerre sainte. Après avoir capitulé certains résistants et tués d’autres, il fallait aux colons neutraliser Cheikh Ahmadou Bamba pour lui barrer la route et freiner l’expansion de ses enseignements. Pour ce faire le gouverneur colonial d’alors avait intimé l’ordre à Serigne Touba de parapher sur un document en guise de reconnaissance du pouvoir colonial. Ce que ce dernier refusa avec une sérénité déconcertante, avant de notifier au conseil privé qu’il ne croit qu’en Dieu, le Tout Puissant, le Clément, le Miséricordieux, le Commandeur des croyants et qu’il est au-dessus de tout. « D’ailleurs c’est au cours de cette même rencontre qu’il lança à la figure du gouverneur colonial cette fameuse phrase devenue depuis lors très célèbre : tu n’es pas le propriétaire de Ndar c’est Celui qui t’a créé et créé Ndar qui en est le propriétaire. Donc personne sur terre ne peut m’empêcher d’accomplir ses recommandations » a soutenu Serigne Faye. Une attitude que le pouvoir colonial ne pouvait plus supporter. « Le comportement de Borom Touba était assimilé à une désobéissance par rapport au pouvoir colonial » a-t-il éclairé.
L’intérêt particulier que le Cheikh accordait à la prière
Pour le contraindre à suivre leur désir et à ne pas adorer Dieu, il fut isolé dans une étroite cellule qui servait de débarras à la gouvernance de Saint-Louis. Malgré toutes les stratégies mises en mise par le pouvoir colonial pour le combattre, il ne ratait pas la moindre occasion pour prier et entrer en communion avec Allah. En dehors de la célèbre prière des deux rakaas au palais colonial de Saint-Louis, le fondateur du Mouridisme a montré sous d’autres cieux et dans des endroits très hostiles le sens et la portée qu’il réservait à la prière. C’est ainsi que le Cheikh a prié en pleine mer pour respecter l’heure prescrite de la prière. Déporté au Gabon, à Wir-Wir, domaine de prédilection de redoutables djinns, lieu mystique où de nombreux saints auraient été abattus par les mauvais esprits, Cheikh Ahmadou Bamba les dompta par la prière. En Mauritanie et partout où le Cheikh a été déporté par les colons, il a toujours fait face par l’adoration d’Allah. « Il faisait des prières de deux rakaas qui duraient plus de trois quart d’heure en récitant très souvent les plus longues sourates du Saint Coran que sont Al Bakhara et Ali Imran. D’ailleurs Khadim Rassoul a écrit dans ses poèmes (khassaides) que rien ne pouvait le perturber ou l’ébranler au moment de ses prières. Ce qui montre l’intérêt particulier que le Cheikh accordait à la prière » a conclu le chargé de la communication du Kurel des 2 rakaas.

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Daouda SOW

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