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La circoncision, une pratique qui perd de son mythe et de sa mystique au fil du temps

Un cri mordant s’échappe de la bouche du petit Momar Samba Sarr fermement immobilisé sur la table d’opération par deux adolescents. « Son organe est sous anesthésie. C’est plus à cause de la frayeur que d’une quelconque douleur qu’il crie,» relativise l’infirmier s’attelant avec minutie aux derniers réglages de l’opération.

Prépuce étiré au maximum pour être complètement dégagé du gland, puis bloqué par une pince à sectionner sans griffes. Le ciseau a vite fait le reste. « Chut, chut ! C’est fini, » lance l’homme en blouse blanche au petit garçon inconsolable. Quelques ligatures pour arrêter les points de saignement  et le tour venait d’être joué.

A 5ans, Momar Samba Sarr venait de passer l’incontournable épreuve de la circoncision. Assez retourné pour ne pas trouver la force de parler, Mame Mor Ndoye accepte d’un hochement de tête de parler de l’histoire de sa circoncision.

« Tu es plus âgé que Mame Mor et pourtant lui ne pleure pas comme toi, » lui-lance un homme identifié comme son oncle. « Mon oncle ne m’avait pas dit ça, dit-Mame Mor. Il m’avait dit qu’on allait à la salle de jeux mais que l’on devait d’abord faire un crochet à l’hôpital. Quand j’ai vu des camarades sortir de la salle les larmes aux yeux, j’ai tout de suite compris, » raconte Mame Mor. Il dit avoir compris ce qui se tramait parce que sa mère le menaçait souvent de le faire circoncire. Cette période vacancière coïncide avec celle de la circoncision. Reconnaissables à leurs longues robes bouffantes, un bonnet et une mince ceinture assortis, on en rencontre un peu partout dans les rues de la Dakar.

« Aucune connotation mystique ou religieuse pour le choix de cette période de l’année, » précise Alassane Kane, un parent venu accompagner son fils pour passer l’épreuve. Il impute la causalité au fait que « les enfants sont plus libres pendant cette période de l’année. »

Plus qu’une tradition prônée par la Sunna, la circoncision demeure un phénomène socio-culturel au Sénégal. Les évolutions qui ont touché différents domaines de la société n’ont pas épargné celui de la circoncision. Nonobstant le fait que la circoncision reste toujours figée dans la période des grandes vacances, des changements importants l’ont fortement travestie de nos jours.

« Que voit-on maintenant ? Pose Ousseynou, retraité de son état. « Des circoncis comme on n’en voyait pas avant, poursuit-il. La plupart, ne prennent pas le petit bâton que doit avoir en main le circoncis et sortent des fois dans la rue sans le bonnet. Mais cela n’est pas le pire, dit-Ousseynou. Le pire c’est que certains dorment dans la chambre de leur mère, » se plaint-il, ressassant dans la lancée ce qui  faisait le charme de la circoncision. « Les initiés étaient plutôt des adolescents vivant ensemble dans une même chambre sous la tutelle d’un aîné chargé de veiller sur eux, à l’écart du cocon familial, » insiste-t-il.

Très en verve dans ses souvenirs, le retraité rappelle encore que « la circoncision se faisait en groupe et les initiés étaient en nombre impair : neuf, onze, treize … Un  décompte impair qui, selon le sexagénaire, servait de protection mystique contre les esprits malfaisants. » Nos grands-pères disaient que la circoncision traditionnelle est la meilleure école de vie pour un homme.

L’on dit que cette épreuve indispensable dans la vie d’un homme signe la transition entre la période de l’enfance et celle adulte. Mais que voit-on de plus en plus, des petits garçons de tout âge, affrontés l’épreuve. La circoncision aurait-elle perdu le sens qu’on lui avait octroyé ?

Il y’a quelques années, circoncire un nouveau-né était impensable. Aujourd’hui, il est presque banal aux yeux de certains. Une façon de faire qui dénature le concept de la circoncision. « La tendance actuelle est de faire circoncire les enfants entre 6 mois et 3 ans, » dit-Mouhamadou Lamine. « L’avantage est que la cicatrisation devient plus rapide, » fait remarquer l’infirmier.

Assis sagement, Momar tue l’ennuie en transformant sa baguette en cure-dent. « J’attends maman. Elle est avec le méchant monsieur qui m’a fait mal, » dit-il avec un regard presque rancunier.

« Le néggou goor (case des hommes, autre allusion pour parler de la circoncision) a vraiment cessé d’être ce qu’il été, » Maugrée-Khadidiatou Seck, de la lignée des griots, détenteur de la tradition orale. Sans doute parce que c’est à travers elle, que le refrain galvaniseur « n’as-tu pas été circoncis ? », détenait tout son sens.

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Mame Khary Leye

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