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REPORTAGE – Inauguration de Dakar Arena : La Gare de Colobane paralysée, des citoyens à la peine

19 h 12. Un calme inhabituel règne à Colobane ou le ciel s’assombrit au rythme du crépuscule. Les marchands détalent peu à peu. Le rond-point difficile d’accès d’habitude se libère de ces occupants anarchiques au grand plaisir des piétons qui savourent le rare plaisir de marcher sur un trottoir. 

À l’entrée de la gare routière, les usagers entrent sans encombre. À l’intérieur, la gare est aérée. Moins d’une dizaine de car sont stationnés sur les lieux. Situation inédite en cette période les voitures ne se font désirer. 

Regroupés par destinations, impatientes et les visages fades, les clients guettent l’arrivée du moindre Car. La bousculade s’annonce déjà rude. 
Assis juste devant là où se garaient les véhicules à destinations de Thies, un vieux « coxeur », la soixantaine et d’une noircir digne d’un ancien mécanicien justifie le manque de car par la mobilisation des partisans de la mouvance présidentielle pour l’inauguration du complexe sportif Dakar Aréna à Diamniadio par le Président Macky Sall. 
« Ils sont tous partis amener des gens à l’inauguration de Macky », déclare le vieil, carnet de stationnement à la main.

Errants çà et là dans l’immense, gare routière, les usagers à destination de Guediawaye, Thies ou encore Rufisque ne savent plus à quel Saint se vouer pour rentrer. Presque chaque 15mn à intervalles régulières, un car accède au garage, mais il est systématiquement assailli. Entre coups de coude et coups d’épaule, tous les moyens sont bons pour gagner sa place à l’intérieur du véhicule au grand dam des moins musclés notamment des femmes.

Les mains croisées, la mine renfrognée, Désirée est perdue dans son regard au milieu de la gare. Interpellé sur les raisons de la rareté des cars ce mercredi, elle dit ignorer le motif. « Je ne sais pas. Il reste encore plusieurs jours avant la Tabaski. Franchement, ce n’est pas le moment», fulmine la jeune Dame. De suite, on lui met la puce à l’oreille. Le manque de cars est dû à la mobilisation faite pour l’inauguration de Dakar Aréna. Le visage encore plus amer, Désirée s’en voit désolé. « C’est navrant vous vous rendez compte que nous le peuple qui travaillons, nous sommes là à traîner dans une gare ne pouvant rentrer parce que d’autres sont allés festoyer, c’est déplorable ».

Sur les raisons qui ont poussé les chauffeurs à rallier Diamniadio au lieu de leur trajet habituel, le vieux « Coxeur » évoque l’aspect pécuniaire. « Ils sont payés le plus souvent entre 25 et 30 000 franc Cfa pour le trajet », déclare t’il.
Une somme qui vraisemblablement a été revue à la hausse au vu du trajet et l’horaire pour que les chauffeurs acceptent de sacrifier leurs clients de tous les jours.

Après une rude bousculade, Daouda réussit à se faire une place dans un car. Sa réaction sur cette situation dénote d’une amertume profonde. « Pour une simple inauguration d’un complexe, on mobilise toute la république ce n’est même pas intelligent sur le plan sécuritaire. Et même à notre niveau. Vous voyez aujourd’hui la bousculade à pareille heure dans une gare routière, les risques étaient présents. C’est déplorable ce pays doit dépasser cette étape », fustige t’il. 

La voiture roule à vive allure. Mais une fois à hauteur de l’autoroute à péage la circulation tourne au ralenti. Le cortège présidentiel effectue son retour de Diamniadio dans l’autre sens. Dans le Car de transport en commun, certains fulminent au passage de la voiture présidentiel, preuve d’une certaine rancune à l’égard du Président dont les lieutenants ont casqués fort pour relever le défi de la mobilisation des militants, pour cette inauguration.

A propos de l'auteur

Mamadou Diagne

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