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Contribution – Médias : Payez ce que nous publions !

Amédine FAYE, correspondant à Tambacounda.
« Nouvel Horizon », « La Cloche »,…Quel médium sera le prochain sur la liste ?
Des entreprises de presse sont de plus en plus proches de la « pente descendante ». Parce que leur modèle économique ne tient qu’à un fil : la publicité. Et le déséquilibre dans cette donne économique, c’est qu’un groupe restreint de médias se taille la plus grande part du marché. Pour corriger cela, il faudrait s’inspirer de l’expérience algérienne, où l’Agence nationale de l’Édition et de la Publicité créée en décembre 1967(ANEP) se charge de l’attribution de la publicité des entreprises et des services de l’administration publique aux groupes de presse.
Il est connu de tous que plus de 50% des ressources financières des sites d’informations sont tirées des services de publicité.
Malheureusement, « (…) ce qui est dangereux, c’est que la publicité soit le seul support. En ce moment-là, les directeurs de journaux, simplement parce qu’ils sont responsables d’une entreprise et de collaborateurs, ont les yeux littéralement rivés sur la publicité », craignait, en 1969, l’ancien rédacteur au journal parisien « Le Monde » Jean Schwoebel.
Les chances des médias numériques d’échapper aux puissances d’argent et à la machine étatique sont presque nulles. Subséquemment, l’information « libre » et « indépendante » tend à se jeter dans la gueule d’un futur lointain.
Heureusement, la success-story de Médiapart démontre l’existence d’irrécusables stratégies pour contourner l’hyper-dépendance à la publicité.
Lancé en 2007, le journal en ligne français a réussi à fonder un modèle économique qui exige un abonnement pour consulter ses articles. Le pari d’un médium indépendant, qu’avaient engagé ses fondateurs, a abouti en 2017 à 140.000 abonnés et 4,7miilions de visiteurs en moyenne mensuelle. Alain Minc ne l’avait pas prédit : « Le modèle choisi par Edwy Plenel (journaliste, co-fondateur et président de Médiapart) est un modèle absurde. La presse sur le net ne peut qu’être gratuite. La presse payante sur le net ne peut pas marcher ».
Les médias numériques locaux ne devraient-ils pas suivre ce modèle ? Eux qui ne bénéficient pas de l’essentiel de la manne publicitaire ? Le jeu ne vaudrait-t-il pas la chandelle, en basculant dans le numérique payant ? L’internaute banquera alors pour accéder à quelques contenus des sites d’information.
Le droit à l’information est un « service d’intérêt public », dira le lecteur. « L’information de qualité coûte chère », rétorqueront les éditeurs de presse numérique. Surtout lorsqu’ils lui serviront de la matière informationnelle manufacturée par un « vrai journalisme de terrain. Un journalisme qui va, qui cherche ». Un journalisme qui relate « des histoires cachées soit délibérément par quelqu’un en pouvoir de le faire, soit par hasard derrière une masse chaotique de faits et de circonstances qui obscurcissent le sens des choses ».
La densité du trafic internet (avec prés 10 millions d’utilisateurs), le développement des services financiers bancaires, l’utilisation massive des smartphones, l’omniprésence des réseaux sociaux, la soif d’information du citoyen sénégalais ont encouragé des médias numériques comme Senenews à se lancer dans l’aventure.
Mais « (…) l’opinion publique comprendra-t-elle à temps qu’il faut soutenir l’effort des journalistes pour soustraire la mission d’information à la dépendance des intérêts mercantiles et aux contraintes du pouvoir ? (…)» (Jean Schoewebel dans son ouvrage « La presse, le pouvoir et l’argent », Paris, Seuil, 1969).

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Daouda SOW

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