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Zimbabwe : Pénurie de liquidité, les banques ne distribuent que pièces, l’économie plombe

Au Zimbabwe, les premières élections présidentielles et législatives depuis le départ  forcé de Robert Mugabe en novembre dernier se dérouleront le 30 juillet, c’est-à-dire d’ici 8 semaines. Le Président Emmerson Mnangagwa déclare que le pays est désormais « open for business », ouvert aux affaires et aux investisseurs étrangers. Mais après des années de sinistre économique, la relance est un immense défi. Malgré la chute de Robert Mugabe et les promesses du nouveau gouvernement, la pénurie de liquidités continue de s’aggraver. Les retraits en liquide sont désormais limités à quelques dizaines de dollars par semaine et les banques ne distribuent plus de billets, mais uniquement des pièces.

L’activité est intense au centre-ville de Harare. Tout près d’un terminus des taxis collectifs, les vendeurs à la sauvette occupent une bonne partie du trottoir. Au milieu de la foule, des hommes et des femmes alignés contre un mur brassent des billets de banque : dollars américains et rands sud-africains s’échangent à toute vitesse. Depuis plus d’un an, Violette survit en vendant du cash.

« Certaines personnes me font juste un transfert. Moi je prends un pourcentage et je leur donne du liquide en échange. Il n’y a plus de cash à la banque. C’est devenu normal pour les gens d’utiliser de « l’argent en plastique ». Le problème c’est qu’il y a des choses qu’on ne peut pas acheter avec nos cartes bancaires ou nos paiements mobiles. Les magasins chinois par exemple n’acceptent que les billets, donc, il faut acheter ce cash. »

L’introduction des coupons monétaires fin 2016 n’a fait qu’aggraver la pénurie de liquidité au Zimbabwe, explique l’économiste John Robertson.

« Il y a un célèbre théorème économique, la loi de Gresham, qui affirme que la mauvaise monnaie chasse la bonne. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Quand le gouvernement a introduit cette nouvelle monnaie, les dollars américains qui étaient encore en circulation, même si c’était en petite quantité, ont disparu. Aujourd’hui, les banques font des bénéfices en taxant les transferts mobiles ou les paiements par carte. »

Pour trouver du liquide, mieux vaut se tourner vers l’économie informelle. Comme 90% de zimbabwéens, Erik survit grâce à ce marché parallèle.

« On doit se débrouiller pour obtenir du liquide. Si je vais travailler pendant un mois et qu’à la fin je gagne 300 dollars par exemple, c’est sur mon compte. Et maintenant, si je veux utiliser cet argent, ils vont me faire payer des frais pour chaque transaction réalisée, par paiement mobile par exemple ! Donc à la fin, je ne vais pouvoir vraiment profiter que de 200 dollars ; 100 dollars auront juste disparu. »

Le gouvernement zimbabwéen vient juste d’interdire aux banques tous les services liés aux monnaies virtuelles, pour tenter d’endiguer le succès du bitcoin dans le pays ces derniers mois. La Banque centrale promet de son côté une atténuation de la pénurie de liquidité dans les deux prochains mois, mais l’économiste John Robertson met en garde.

« Nous pensons que le gouvernement va créer l’illusion que les choses vont mieux juste avant les élections. Peut-être qu’ils sont en train de constituer un fond et qu’ils vont injecter des billets sur le marché, juste avant le scrutin. »

Les élections zimbabwéennes seront un test pour la relance économique.

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Mame Khary Leye

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