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Saint Louis : Ramadan, le « congé forcé » des batteurs de tam-tam

Adama SENE, Saint-Louis.
Le Sénégal est un pays assez particulier en matière de pratique de religion. Les populations promptes à faire la fête pour la moindre occasion, changent radicalement de vie et deviennent très pieuses en période de ramadan. Toutes les manifestations folkloriques et mondaines sont ajournées. Un moment durement ressenti par les batteurs de tam-tam, qui voient leurs activités presque réduits à zéro.
Durant le mois béni de Ramadan, les populations de la vieille cité organisent des conférences religieuses à la place des « sabar », « tan-beer » et autres activités festives. Une situation qui oblige les percussionnistes et autres batteurs de tam-tam à ranger leurs baguettes et leurs tambours dans un coin, le temps du jeûne. Pourtant c’est un grand manque à gagner pour ces derniers, qui n’ont que cette activité pour survivre. A en croire le porte-parole de l’association des tambours majors de Saint-Louis, la ville de Ndar est réputée religieuse et les batteurs sont habitués à ces moments de disette. « Nous sommes aussi musulmans que les autres. Donc nous observons le ramadan et respectons les recommandations de Dieu. Mais il faut avouer que ce se sont des périodes très dures pour nous, griots. Car le percussionniste n’a que son instrument pour vivre et faire vivre sa famille. Si on reste des semaines sans aucune activité, cela peut créer des ennuis dans la famille. Heureusement dans certaines familles de griots, nous avons des femmes courageuses qui nous suppléent de temps en temps » a expliqué Abdou Seck. En ce moment de recueillement et de retour vers Allah, le tout-puissant, il est quasi impossible de voir une manifestation de tam-tam, de mariage, de baptême, de politiques dans la commune. Les rares activités qui se tiennent durant le ramadan, se font dans la sobriété sans grande ambiance. « Pratiquement nous n’avons aucun revenu parce que les activités qui nous permettent d’avoir de l’argent sont au stand-by. Vraiment c’est difficile de joindre les deux bouts en ce mois de ramadan» a-t-il ajouté. Mais comme, on ne peut rester les bras croisés pour faire face aux difficultés de la vie, certains batteurs de tam-tam et griots de la ville tricentenaire ont mis en branle des moyens et astuces afin de s’en sortir. « A défaut de manifestations folkloriques ou meetings, je me transforme en marchand ambulant durant les 30 jours de jeûne. Je n’ai pas beaucoup de moyens financiers pour l’achat de marchandises, mais avec le peu que j’ai, je parviens à faire de petits bénéfices que je gère avec ma petite famille » a soutenu Malick Mbaaye alias Milk du groupe « Bakh Yaye ». D’autres, surtout les moins jeunes de cette catégorie sociale, pour se tirer d’affaire, se focalisent sur les bonnes volontés et autres personnalités politiques. « Depuis l’ère des temps, le griot a toujours des amis « nobles » sur qui il peut toujours compter. Comme nos « guéreu » et leaders politiques savent que le mois de ramadan est notre congé forcé, à chaque occasion que nous les sollicitons pour un « soukeurou Koor », ils donnent sans compter. Mais cela démontre aussi que le Sénégal est un pays de solidarité. C’est pourquoi, nous ne cessons de prier pour les généreux donateurs » a signalé Abdou Seck. Avant de rappeler que ces durs moments seront bientôt dépassés, puisque beaucoup de programmes sont annoncés pour la Korité et le cours normal de la vie du batteur de tam-tam reprendra sans trop de dommages.

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Daouda SOW

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