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Contribution : Le dernier ballet d’Idrissa Seck

Par Professeur Mohamed Al val , Centre international d’Études Islamiques.
Le pélican a cette particularité, au moment de vivre ses derniers moments, celle d’entreprendre une série de mouvements qui a tout l’air d’un ballet et d’émettre des sons comparables à une triste symphonie, pour s’attirer la compassion des personnes présentes, dans l’espoir de se faire sauver de la mort.
Les récentes déclarations d’Idrissa Seck et son repenti, du reste plus mesquin, ressemblent étrangement à la stratégie de ce oiseau.
Idrissa Seck a voulu s’attirer vainement la sympathie et la compassion, mais il a échoué, dans sa tentative de copier le pélican.
J’énumérerai un certain nombre d’observations, relatives au principe pour la plupart, d’autres au contenu et au moment choisi.
Relativement au principe
Idrissa Seck devait s’abstenir de s’aventurer à expliquer le saint Coran, un océan sans berges, qui exige, de celui qui voudrait s’y prendre, de maîtriser bien des sciences dont la langue arabe n’est pas la moindre avec sa syntaxe et sa richesse, ce qu’Idrissa Seck ignore absolument.
Telle n’est pas son seul handicap, car Idrissa Seck ignore tout des sciences islamiques, le Hadith, le Fikh et les fondements même de la religion que le Coran ne saurait être expliqué sans eux.
Toutes les sciences islamiques de même que toute la civilisation islamique sont nées autour du texte coranique.
Aussi l’explication du Coran est-elle la crème de ces sciences et sa noblesse et ne se sont aventurés à l’expliquer que les exégètes, ceux qui ont eu la maîtrise des sciences islamiques, et qui se sont hissés au sommet du savoir, de la dévotion, de la droiture et de l’ascétisme.
Où se situe Idrissa Seck par rapport à ceux-ci ?
Qu’un homme politique s’aventure à pêcher dans les affaires religieuses, cela constitue une première au Sénégal.
Jamais à travers sa longue histoire démocratique le Sénégal n’a vu un homme politique tenter de faire l’ombre aux religieux dans leur domaine de prédilection.
Bien au contraire les hommes politiques ont toujours respecté les religieux et les ont vénérés sans jamais tenté de les concurrencer dans le domaine qui est le leur, celui des sciences de la religion, comme par exemple l’explication du Coran ou la Fatwa comme l’avait fait aujourd’hui Idrissa Seck.
Les propos d’Idrissa Seck constituent un blasphème qui lui vaudra bien des peines lors du jugement dernier, s’il ne se repentait pas sincèrement.
Mais au-delà de ce blasphème, Idrissa Seck a commis un pêché politique de taille en portant atteinte à l’un des fondements de l’état sénégalais, basés sur le respect de la religion et son maintien à l’écart des jeux des hommes politiques et leurs complots.
Du point de vue du contenu
Les déclarations d’Idrissa Seck dénotent une ignorance malveillante de sa part de l’histoire des religions et particulièrement celle de l’Islam, du moyen orient de la question palestinienne et de la place qu’y occupe la ville d’Al Qods.
Tous les propos tenus par Idrissa Seck à propos de l’histoire ancienne ne sont que les échos d’israélites et des contes déformés de l’évangile.
Toutes ses déclarations à propos de l’histoire ancienne ne sont autre chose que des fables élaborées par le sionisme moderne pour justifier l’occupation de la terre de Palestine et l’édification de l’état d’Israël.
Je ne commenterais pas les sornettes de Seck du reste nombreuses, comme par exemple l’inexistence de l’appellation de la Mecque (Mequetta) dans le saint Coran et que Bequeta n’est pas Mequetta mais un dérivé de « pleurs ».
Je ne commenterais pas non plus ses propos vachards qui insinuent que la direction de la prière doit être la ville d’Al Qods, car tout cela dénote de son ignorance absolue de sa religion, et notre créateur nous a ordonné d’ignorer les incultes.
Je commenterais cependant deux points de ses propos, le premier celui qualifiant le prophète, paix et salut sur lui, de bédouin, le second relatif à son approche relative à l’origine du problème palestinien.
1. les propos qualifiant le prophète de bédouin
Pour peu qu’on ait un minimum de foi, on ne saurait qualifier le prophète de bédouin, surtout quand on se déclare musulman et adepte de la Tariqa Al Mouridiya, dont le créateur, Cheikh Ahmedou Bamba, avait cultivé, dans les cœurs de ses disciples, l’amour du prophète.
Tout celui qui aspirait appartenir à cette Tariqa, se devait d’adopter les valeurs prônées par le prophète, de suivre ses recommandations et de s’éloigner de tout ce qu’il avait prohibé.
Tout manquement à ces préceptes exclue de fait l’appartenance à la Tariqa Al Mouridiya et même de la religion musulmane comme l’avait dit le Khalife général de la Tariqa, Cheikh Al Mountagha, que Dieu le préserve, en réaction aux propos provocateurs d’Idrissa Seck.
Pour être Mouride, a dit le Cheikh, il faut d’abord être musulman, des propos on ne peut plus claires qui rompent tout lien entre l’homme et la Tariqa Al Mouridiya.
La vision d’Idrissa Seck à propos de la question palestinienne
Il n’ ya que deux concepts et pas un troisième à propos de la question palestinienne.
Le premier récent, très récent même, puisque datant de près de deux semaines seulement, et qui renvoie la question à plus de 4000 ans.
Cette vision est celle d’Idrissa Seck, le premier à l’avoir développé, car aucun historien de quelque siècle qu’il soit ne l’a révélée, et très probablement aucun autre ne le fera après lui.
Pour Idrissa Seck la question palestinienne remonte au temps du prophète Abraham.
A l’origine de celle-ci une jalousie née entre les deux épouses de ce prophète, Sara et Hajjar, dans lequel Seck, seul témoin du conflit, prend position en faveur de Sara « la noble juive » contre Hajjar, « la servante. »
Dans cette position, Idrissa Seck apparaît plus royaliste que le roi, plus sioniste que les sionistes et ignore les dizaines de siècles de cohabitation pacifique entre musulmans et juifs dans des pays islamiques en Orient, à Bagdad au Cham, à l’ouest en Andalousie et au Maghreb, où les juifs constituaient une composante de l’état islamique, s’adonnaient à la pratique de leur religion en toute liberté et occupaient même des postes importants au sein de l’état.
Deuxième vision
Cette vision renvoie à l’année 1948 quand le royaume d’Angleterre avait décidé d’octroyer une partie de la terre palestinienne aux juifs pour leur permettre d’y construire un état après qu’ils aient été chassés de l’Andalousie après le déclin des pays islamiques au milieu du XVème siècle et pour se dédouaner après les massacres perpétrés par l’Allemagne contre les juifs d’Europe.
Cette version, Idrissa Seck, n’est pas spécifiquement arabe, mais elle fait l’unanimité de tous les historiens de l’occident et de l’orient, indépendamment de leurs orientations ou de leurs concepts.
Les historiens israéliens eux-mêmes le reconnaissent avec certaines divergences sur la version des faits et des réalités, d’un côté ceux qui défendent l’occupation pour des raisons religieuses et idéologiques suivant en cela la pensée sioniste, de l’autre ceux qui le condamnent et le dénoncent pour des raisons humanitaires et morales comme c’est le cas pour le courant des « historiens novateurs » ou celui de « l’après sionisme ».
Le nœud du problème, Idrissa Seck, est l’usurpation d’un territoire l’expulsion de sa population, sa contrainte à l’exil, et son octroi à des populations venues des quatre coins du monde, et non pas une question de jalousie entre deux femmes, à supposer qu’elle ait été vraie.
Toute autre version n’est qu’une déformation de la vérité, une volonté de jeter la poudre aux yeux et le refus de payer le prix qu’il faut pour soutenir le droit.
Le moment choisi pour les déclarations
Les déclarations d’Idrissa seck sont intervenues au moment où le président américain prenait la décision de transférer l’ambassade des états unis à Al Qods, une décision qui avait provoqué une vive colère au sein des peuples musulmans, mais aussi leur dédain à l’endroit des USA et d’Israël.
Cette décision a également été condamnée et rejetée par la majorité des pays du monde, puisque contraire aux résolutions des nations unies et les principes du droit international.
Parmi ces pays, les plus proches alliés des Etats Unis, comme l’Angleterre, la France, l’Allemagne et la majorité des pays de l’union européenne.
Une question avec à la prime un million : pourquoi Idrissa Seck a choisi ce moment précis pour faire ses déclarations provocatrices dépourvues de sagesse politique, de courtoisie diplomatique et de bon sens ?
S’était-il trompé dans le choix du moment comme il l’avait été dans l’expression ?
Il y a deux réponses à cette question.
La première réponse est celle apportée par bon nombre de personnes qui suivent le parcours d’Idrissa Seck, majoritairement apitoyés sur son sort.
Pour ceux-ci le fait que les déclarations d’Idrissa Seck coïncident avec l’annonce faite par Trump de transférer l’ambassade des USA à Al Qods est une simple coïncidence, une mauvaise coïncidence liée à son mauvais sort qui ne cesse de le poursuivre dans sa vie privée où qu’il aille, dans ses prises de position et son parcours politique.
Il vacille désormais d’un échec à un autre plus important, dont le plus récent est celui d’avoir qualifié le prophète paix et salut sur lui de « bédouin », des propos blasphématoires qui lui ont valu la colère d’Allah et son prophète, celle de tous les musulmans et particulièrement les sénégalais, avec à leur tête Cheikh El Mountagha qui l’a expulsé sans ménagement de la Dayra des Mourides.
La seconde réponse est celle qui affirme qu’Idrissa Seck a choisi délibérément ce moment pour des raisons politiques, pariant sur le facteur extérieur, représenté par le courant fondamentaliste chrétien au pouvoir aux Etats Unis, complice des thèses sionistes en Israël.
Idrissa Seck estime, pour l’avoir confié à certains de ses proches, que ce courant a suffisamment de force, d’influence et de vulgarité pour modifier les équilibres dans n’importe quel pays du monde, particulièrement en Afrique, donc naturellement au Sénégal.
Seulement ce qu’Idrissa Seck ignore, son ignorance pour le Coran ou même plus, est que le courant fondamentaliste chrétien est peut être capable d’influencer les électeurs à New York, Washington, Las Vegas et Tel Aviv.
Mais il est incapable d’en faire autant sur les descendants de Cheikh Ahmedou Bamba, El Hadj Oumar Tall et Cheikh Ibrahima Niass, ni sur les millions de sénégalais qui vénèrent le prophète, qui suivent à la lettre ses recommandations.
Ces millions de sénégalais qui se tournent vers Allah dans leurs prières de tous les jours en direction de Beka, la première destination et la dernière qui leur a été choisie.
La puissance et la richesse du courant fondamentaliste chrétien, quel qu’elles soient, ne sauraient altérer la conviction des sénégalais et n’influera en rien sur leur croyance en Allah et son prophète, paix et salut sur lui.

A propos de l'auteur

Daouda SOW

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