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Ramadan : Une période de « commerce Mubarak » !

Publicités ciblées, rayons dédiés, promotions: Ce mois de jeûne sacré pour les musulmans, est dans un autre angle, une opportunité commerciale pour les commerces alimentaires. Certains en profitent pour lancer leur produit et, par la même occasion, le faire connaître, d’autres, mettent le paquet pour toucher un plus large public. Les commerciaux multiplient donc les moyens marketing pour capter cette partie de la population.

L’on en viendrait à penser qu’elles sont du décor. Partout dans la capitale, les affiches publicitaires ornent les panneaux. Impossible pour elles, de passer inaperçues. Ce n’est pas leur but. La période est prompte à ces genres d’affiches. Car, le Ramadan est un mois d’abstention mais, les pratiquants consomment davantage. Les denrées de premières nécessités telles que les produits laitiers, les fameuses épices, sont les plus mis en exergue.

« C’est indéniablement un temps fort commercial aujourd’hui », affirme Abou Ahmet Diouf, professeur d’études marketing. « Les commerces sont très actifs et ont intégré cette période dans leur calendrier, car les pratiquants consomment davantage », poursuit-il. Ainsi, selon lui, les dépenses alimentaires grimperaient fortement pendant cette période de jeûne. « C’est un fait, les dépenses alimentaires augmentent ou doublent pendant le mois de Ramadan. Et c’est le cas dans beaucoup de pays, à majorité musulmane ».

« Je dépense deux fois plus que d’habitude ! », s’exclame dans un rire Aminata. Cette mère de famille de 48 ans, trouvée dans un supermarché, le chariot rempli à bord, dit débourser environ 115000 francs pour son foyer, composé de trois garçons : « J’achète beaucoup plus de boissons, de viande, et pas mal de produits traditionnels pour ce mois, comme les dattes, le lait fermenté ou encore les jus », énumère-t-elle, avec l’aide de ses doigts. Sans citer les glaces, les fruits et les yaourts crème, « pour le plaisir ».

« Les musulmans pratiquants vont se faire plaisir et accueillir de la famille, des amis, pour célébrer chaque soir la rupture du jeûne, ce qui explique aussi cet impact sur le niveau des dépenses », analyse Moustapha, étudiant en management des entreprises.

Cette surconsommation est une aubaine pour les acteurs de l’industrie alimentaire, qui déploient chaque année une batterie de moyens pour capter cette partie de la population.

A commencer par les prospectus envoyés quelques jours avant le début du Ramadan, où les enseignes n’hésitent pas à mettre en avant les offres promotionnelles sur, les aromates ou autres produits vedettes de la période.

Cette stratégie marketing se poursuit aussi à l’intérieur des grandes surfaces. Comme dans ce supermarché, situé vers la gueule-tapée, où, dès l’entrée, l’œil est attiré par les produits de première nécessité. Sans compter les nombreuses affiches estampillées, invitant la clientèle musulmane à découvrir une sélection de produits dans un rayon qui, semble leur être entièrement dédié. Ou encore, les produits laitiers alignés le long d’une des allées centrales du magasin.

Une opération séduction n’a pas échappé à la jeune Fama. La trentaine, la jeune femme a tendance à s’orienter directement dans ces rayons spécialisés. Car, «  Tout y est regroupé et donc, je gagne du temps en faisant mes course », raconte-t-elle.

Ami Collé, une des caissières explique : «  Effectivement, le supermarché refuse du monde depuis le début du Ramadan. Et évidemment, les clients sont en majorité musulmans. C’est une occasion pour eux de découvrir d’autres produits et marques. Ils ne lésinent pas sur les moyens et ne lâchent du lest sur aucun produit susceptible de leur procurer, le plaisir du goûter à l’heure de la rupture.»

Au cours du Ramadan, où elle débourse environ 100.000francs, contre la moitié, lors d’un mois classique, Mme Diop achète des produits que sa famille ne consomme pas « en temps normal »,  comme des pâtisseries et des boissons gazeuses, mais aussi « plus de marques ». Mais, elle s’en veut de s’adonner au « gaspillage de nourriture », avoue-t-elle, en écarquillant ses yeux marrons. « C’est un peu devenu comme Noel, une fête commerciale, alors que, c’est un mois sacrée », regrette-t-elle.

Il semblerait donc que la plupart des musulmans n’arrivent à réduire leur dépense en alimentation pendant ce mois. Les filles rencontrées dans un rayon céréales, se réjouissent toutefois de lâcher du lest sur le shopping. Et, dans un large sourire, finit la conversation, comme pour la résumer : « pendant le mois Ramadan, pour elles, c’est plus de nourriture et moins d’habits ».

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Mame Khary Leye

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