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Biennale des Arts de Dakar : Beaugraff et Guiso « explosent » leurs bombes à Gorée

De Chérif Abdou Aziz TOURÉ. 

Intitulées « Off The Dapper », les expositions Off de la Biennale des Arts de Dakar se tiennent à Gorée du 05 mai au 03 juin 2018. Beaugraff & Guiso, Ernest Breleur, Joana Choumali, Soly Cissé, Joel Mpah Dooh, voilà entre autres les artistes qui y sont à l’honneur. Des thématiques intéressantes sont ainsi évoquées par les œuvres exposées sur la plus renommée des îles sénégalaises. Parmi ces œuvres artistiques, Teranga News vous propose de découvrir celle de Beaugraff & Guiso du groupe sénégalais Radikal Bomb Shot (RBS) relatif à l’immigration clandestine.
Gorée en symbiose avec l’œuvre de Beaugraff & Guiso
Baignant dans une ambiance de Festival, la reine insulaire s’affiche sous ses plus belles couleurs. Le Off de la Biennale des Arts de Dakar accroit l’affluence toute naturelle de l’île chargée d’histoire. En cette matinée estivale, le ciel tout bleu fait scintiller ses rayons multicolores adoucit par le vent frais d’une mer agitée. Ainsi va Gorée la fée ! La belle et gracieuse qui a bien voulu accueillir l’œuvre collective, bavarde et engagée des artistes Beaugraff & Guiso dans le cadre du Off de la Biennale des Arts de Dakar. Les deux auteurs veulent de ce fait contribuer à la valorisation du graffiti qu’ils considèrent comme un moyen d’expression originale des jeunes. Ceci en vue de permettre au public de s’intéresser au contenu des messages qu’il véhicule et non aux préjugés qui l’assimilent à du simple vandalisme.
A la découverte de l’œuvre…


Danngal ngal Rewani Lawol ou Immigration Clandestine, c’est le nom de cette œuvre réalisée sur une veille esplanade de Gorée. Le tableau révèle au public le spectacle d’une tragédie macabre bien connue de la population africaine ivre de désillusion. En effet Beaugraff & Guiso se servent de la peinture acrylique à la bombe sur bois pour exposer le récit dramatique d’une jeunesse martyrisée et résolue à affronter avec indifférence les vagues meurtrières des voies maritimes menant vers l’Eldorado. Leur but est de dénoncer les maux d’une société sénégalaise en crise profonde. Ces maux ont pour nom la corruption, la mal-gouvernance, l’immigration clandestine qui frappent en particulier les jeunes.
D’emblée on peut se fixer sur la figure d’une jeune et belle femme noire devant sa petite fille dévoilant une triste mine, comme pour faire état des dégâts irréparables de la perte du mari et du père à la fois. Une perte bien illustrée à travers une bulle bleue. L’océan s’y meut en tendant ses bras fuyants et insaisissables aux partisans du « Barça ou Barzak », leur embarcation de fortune laissant trainer des victimes sur son passage, au loin des gratte-ciels le tout sur un ton mêlant fiction et réalisme. Un jeune garçon assis sur le trottoir et visiblement désœuvré, c’est le tableau suivant du récit de l’immigration clandestine. Sans doute, un orphelin de plus causé par la disparition du père, et même dans certains rares cas, de la mère. Autant de maux engendrés par une seule et unique décision : celle de partir.

L’œuvre poursuit son récit, la prochaine étape pour les survivants de la mer sera le saut des fils barbelés. Un homme tente de faire passer un tout petit enfant de l’autre côté de la barrière en fil de barbelés. Une tentative qui a coûté la vie à beaucoup d’africains partis à la recherche de conditions d’existence meilleures emportés par les balles des gardes côtes et autres ou les blessures incurables infligés par leurs chiens déchaînés ou encore les fils de barbelés. Les auteurs n’ont pas manqué de glisser quelques mots sur leur tableau. Voilà toute la tragédie décrite par les artistes à travers leur graffiti.
Sous l’angle chromatique, l’œuvre offre un dosage presque parfait du bleu marin et du bleu ciel pour donner vie à son œuvre. De petites touches d’oranger en guise de finition du mot « Rew » inscrite au cœur du graffiti se mélange au bleu et offre un contraste chaud-froid qui renforce la teneur et la valeur esthétique de l’œuvre. La couleur noire quant à elle enveloppe le tableau comme pour décrire l’austérité de la scène.
Cette œuvre dédiée à l’immigration clandestine présente une perspective panoramique. La tragédie se déroule sous les yeux du public, selon une succession cohérente des tableaux qui composent l’œuvre. D’où l’authenticité de l’inspiration qui a pu déboucher sur une description des multiples scènes formant un récit émouvant et vivant. Beaugraff & Guiso ont ainsi figé le drame de l’immigration clandestine sur un mur de Gorée. D’autres œuvres intéressantes se dévoilent à Gorée, une autre bonne raison de faire ne serait-ce qu’un petit détour sur l’île convoitée.
Il est important de rappeler le nombre important de victimes causé par l’immigration clandestine. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) indique que 5 386 migrants sont morts ou disparus sur leur route de l’exil en 2017 dans le monde. 3 119 l’ont été lors du passage de la Méditerranée. Sans compter les victimes des naufrages sans témoins, qui n’ont laissé aucun survivant et donc aucun décompte.

A propos de l'auteur

Daouda SOW

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