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Découverte : Ibou et Jimmy, Ces bénévoles sources de joie pour enfants autistes

L’écriture est notre quotidien, et c’est tout naturellement que l’on noircit cette page blanche. Ce qui est bizarre avec l’inspiration c’est que l’on pense détenir un pouvoir de création d’un monde qui se construit aussi bien sur des faits que dans notre esprit. Pourtant, il y a des moments où elle devient furtive, et atteint un si bas niveau de faiblesse lorsqu’on veut faire une description fidèle de nos ressentis pour un reportage comme celui-ci.

Ce sont des enfants, dans toute leur innocence. Des enfants comme on en voit tous les jours. Ces êtres que nous côtoyons et qui arrivent à nous émerveiller, parce qu’ils sont tout simplement vrai. Il arrive qu’on les taxe de fous. Ceux qui n’aiment pas ce mot utilisent le terme de déficients mentaux, pour parler d’eux. Or, chaque enfant se développe à son propre rythme, et beaucoup ne suivent pas le cheminement exact que l’on retrouve dans certains livres parentaux. Ils ne sont pas malades dans le vrai sens du terme. Ils ont ce qu’on appelle un trouble du comportement. Les définitions et avis divergent sur la question de l’autisme. Une affection qui ralentit la parole, qui fait que l’enfant reste dans son coin, loin des autres. Sa différence fait que la plupart du temps, il est isolé de la société.

Il est 11h, nous sommes dans le centre Colombin. Un homme d’âge mûr, handicapé moteur nous montre le chemin en pointant du doigt. Une multitude de créations de poterie, alignée dans une bibliothèque accueillent les visiteurs de ce centre. Juste quelques pas, pour gagner l’endroit où se déroule l’atelier de poterie. Un homme à la mine affable, nous reçoit. C’est Ibrahima Ndiaye, le coordonnateur du centre. Sachant qu’il n’est ni médecin, ni tout à fait spécialiste dans ce domaine, sa motivation devrait en intriguer plus d’un. « L’existence de 10 000 sourds-muets au Sénégal, c’est ce qui m’a poussé à mettre sur pied ce centre, » confie-t-il. La raison est claire, louable. C’est à travers la poterie qui, nous renseigne-t-il, agit de la manière d’une thérapie qu’Ibrahima Ndiaye met sa pierre à l’édifice au niveau du développement du comportement de l’enfant. « C’est un boulin de terre que l’on superpose les uns sur les autres pour lui donner la forme que l’on veut. C’est leur personnalité qu’ils font ressortir à travers ces créations, » explique-t-il. Exactement comme un musicien qui s’exprime à travers son instrument. Inopportunément, les enfants n’étaient pas sur place pour nous faire voir ces chefs-d’œuvre. L’on ne peut qu’imaginer leurs petites mains pétrir l’argile, jusqu’à lui donner la forme qui leur convient. « Ils sont dans un autre centre pour s’adonner à un goûter-partager, » nous-renseigne-monsieur Ndiaye.

12h. C’est dans une ambiance bonne enfant qu’on les découvre à APEHS, un centre prenant en charge les enfants en situation de handicap et parmi ceux-ci, les autistes. Quelqu’un ne connaissant pas le lieu penserait à coup sûr que c’est la demeure des enfants. Car il s’y dégage chaleur et amour familial.

Des jouets, des livres, des mots d’enfants, font le décor de chaque pièce, et de la « maison » en tant que telle. Dans une pièce qui renvoie à une salle de classe, des enfants, aux côtés d’éducateurs spécialisés s’adonnent à des activités à la fois instructives et ludiques. Tout comme Ibrahima Ndiaye, le créateur d’APEHS, Jimmy Sohm est de ces personnes faites pour ce genre d’activité. Sympathique, « free » comme disent les jeunes, le français donne lui-même l’air d’un enfant, dans sa façon d’être.

Ce qui est intriguant chez ces enfants c’est qu’ils ne présentent aucun signe pouvant laisser penser qu’ils ont un trouble du comportement. Cet aspect crée des erreurs car, comme l’explique Jimmy, c’est carrément neurologique. Ils sont physiquement normaux, du coup leurs troubles comportementaux laissent penser qu’ils sont mal élevés. « Une personne qui ne connaît pas l’affection de l’enfant, peut perdre patience et s’emporter négativement quand elle lui parle et qu’il ne répond. Car, la personne peut croire que l’enfant le fait exprès, » explique-t-il.

Le cours terminé, éducateurs et enfants se retrouvent dans la cour pour une partie de jeux où prend part de temps à autre Jimmy. Des gouttes d’eau pleuvent de partout, tu te retournes, et tu les aperçois, armés de pistolets à eau, s’aspergeant avec leurs éducateurs de ce liquide. Ils sourient, leur regard s’éclaire. On les regarde, on envie presque leur univers, leur insouciance, leur caractère d’enfant tout simplement. « Notre but, c’est que ces enfants prennent conscience de leur valeur. Qu’ils soient épanouis, heureux et qu’ils aient confiance en eux, » dit-Jimmy.

Ce qui est normal car, pour œuvrer dans de telles activités, il faut avoir une vision différente des autres. Pour bons nombres de gens, l’autisme est une maladie. Jimmy lui, et tous les gens proposant leurs services à ces enfants prennent l’autisme comme une richesse. Une richesse car, ils font la différence de notre monde.

Un syndrome jugé mystique

Ce trouble envahissant du comportement n’est pas tout à fait connu des sénégalais. Au sortir du centre, Mame Maimouna Sock, une dame frisant la quarantaine nous livre sa vérité à elle : « Trouble du comportement ? Pose-t-elle. Cela doit être dû aux djinns, argue-t-elle. C’est sûrement eux, » insiste-t-elle. Sa réponse lève le voile sur ce que pense bons nombres de sénégalais de l’autisme. C’est une réalité mal comprise. Avant de songer à les emmener dans ces centres, certains parents font d’abord le tour des marabouts du pays et même de la sous-région. « Certains parents pensent que c’est de leur faute si leur enfant est né autiste. Non, dit-Jimmy, ils n’ont rien à y voir. Il faut qu’ils soient les premiers à accepter leur enfant tel qu’il est. D’autant plus qu’un enfant né autiste, meurt autiste. L’autisme ne se soigne pas parce que ce n’est pas une maladie. Ce qu’ils ont besoin, c’est d’assistance. Toutefois, explique-t-il, il arrive que l’enfant autiste possède de grandes capacités. Comme apprendre une langue en un temps record, dessiner un personnage avec exactitude entre autres… »

« L’éducation consiste à comprendre l’enfant tel qu’il est, sans lui imposer l’image de ce que nous pensons qu’ils devraient être. » Collée au mur de Jimmy Sohm, cette citation, à elle seule décrit leur vision. Les enfants grandissent avec eux, prennent de l’assurance. Les formateurs apprennent aussi énormément d’eux. Le tout dans un total acte de bénévolat, de cœur.

A propos de l'auteur

Mame Khary Leye

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