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Dakar : Filles de joie, sans abris, ou sans domicile fixe vivent un véritable calvaire en cette période de froid

 Ils souffrent le martyr d’être des sans abris qui dorment à la belle étoile en cette période de fraîcheur qui s’abat sur Dakar et une partie du pays. Un froid qui a fini de prendre siège et qui promet de s’accentuer davantage à mesure que la nuit avance. Un tour au centre ville de Dakar permet de constater les difficiles conditions dans lesquelles ses sans abris font face au froid et au vent glacial qui souffle sur la capitale. 

« Tay sedd na » «aujourd’hui, il fait froid » ; lâche-t-elle. Habillée en jacket et pagne, la jeune fille au visage rond ou se dégage une lueur de malheur face à ce froid qui fait pitié, s’apprête à se coucher sur la dalle sur le trottoir de la rue qui traverse la sous préfecture de Dakar Plateau. Elles sont une dizaine à occuper ces lieux.

Pas question de donner ses initiales prénom et nom et origine, mais celle que nous appellerons Anta, raconte le calvaire de dormir dans la rue sur le béton surtout en période de froid. Elle et les autres personnes unies par des liens de parenté s’apprêtent à dormir sur le béton en face de la devanture de la sous préfecture de Dakar, transformée en dortoir la nuit tombée. « C’est plus sécure ici, il y a la police, on ne craint rien. On peut dormir à point fermé même si le froid glacial et la rigueur du béton nous empêche d’avoir un bon sommeil, mais que veux-tu. Nous sommes obligés de faire avec, dormir sur des cartons ramassés dans la rue, c’est très difficile », martèle, Anta le regard dans le vide.

Il faut dire que les alentours de la sous préfecture de Dakar Plateau deviennent un dortoir des personnes à mobilité réduite qui occupent les feux rouges la journée à faire la manche. Des tentes de fortunes sont dressées pour faire face au froid.

Prenant congé de Anta, nous faisons cap sur la célèbre avenue Ponty pour voir le business des belles de nuit en cette période de forte fraîcheur comment elles font pour tenir dehors pour croiser le vent glacial. Passé l’hôtel Al Baraka laissant derrière nous la Rue Abdou Karim Bourgi qui le, jour se forme un bouchon énorme avec les gros porteurs qui pour charger qui pour décharger des marchandises et une fois la nuit tombée tout devient normal. Ici, les belles de nuit cachées dans la pénombre vous hêle, « Pisss » « Chéri » des appellations qui forcent un petit sourire du coin des lèvres. C’est leur façon d’appeler des hommes en quête de chair fraîche qui traînent par ici, la nuit tombée.

Des voitures sont garées ça et là et des dames en mini jupe font des pieds de grue d’autres font des va-et-vient incessants, un petit sac sur l’épaule. Sur cette allée, les belles de nuit ont fini d’imprimer leur marque.

Un physique imposant, des jambes de gazelles longues et pleines. Le teint clair fruit des kilogrammes de produits dépigmentant, cette jeune femme engoncée dans une mini jupe qui dévoile plus qu’elle ne cache n’a pas l’air de ressentir ce froid accompagné d’un vent glacial qui balaie la rue. A cette heure de la nuit les cris venant d’un bar qui fait face à un lieu de culte font croire que nous sommes en pleine journée. Un enthousiasme sous l’effet alcoolique. Un froid qui n’empêchent pas ces belles dames, parfois aux formes généreuses de déambuler sur cette allée très connue des dakarois, Ponty.

« Comment vous faites avec ce froid ? Quoi ce froid ? Dehors, ça vous gêne pas ? Je travaille. Réponse sèche et courte de l’une d’elle adossée à un kiosque.  La méfiance est de rigueur surtout si elles sentent que l’objet de vos interpellations sort du cadre de leur travail.

En empruntant l’Avenue Jean Jaurès, on peut voir les vigiles habillés en jacket de tous sortes, allumés un feu, ils font les cent pas, histoire de faire face à une longue nuit qui ne fait que débuter dont il faudra rester éveiller.

« Il fait très froid et notre travail, c’est de veiller sur les biens des personnes et comme il y a un froid glacial on allume un feu de bois », martèle ce vigile qui assure la sécurité devant un immeuble sur la Rue Abdou Karim Bourgi.

 

En effet, le froid a chassé tout le monde, même la Place de l’Indépendance est désertée par ses sans abris qui en période de chaleur y passent la nuit, mais ce jour, il n’y a pas dix personnes, seuls trois individus dont deux filles et un bonhomme sont assis sur les marges de clôture de la place qui fait face au ministère des Affaires étrangères où se pointent deux policiers.

L’horloge affiche 00h 37 minutes quand nous quittons, Dakar centre pour descendre à pied sur l’Avenue Blaise Diagne. Cap sur le marché Tilène où dorment des femmes avec leurs enfants. Sur place, le décor est touchant et frappant ; les alentours de la mairie de la Médina devenus le lieu de refuge de ces individus désœuvrés contraste avec le bruit de fête qui sortent du centre culturel Douta Seck, ce soir là il y a soirée d’une communauté sénégalaise et les cars et véhicules font de longs fils. Une ambiance féerique qui contraste avec celle que vivent ces personnes sans abris sous le froid. A notre arrivée à Tilène, il faisait déjà 1h 47 du matin et les occupants étaient depuis dans les bras de Morphée. Ils dorment sous des tentes de fortunes faites de tissus qui s’agite sous l’effet du vent qui souffle sur Dakar en cette nuit.

Ils sont dans un sommeil profond après une journée passée sous le vent à se faufiler entre les véhicules pour ses personnes qui font la manche à hauteur du marché Tilène en face de la mairie de Bamba Fall.

A cette heure de la nuit quelques groupes de jeunes passent encore, car le soir à Dakar, il y a toujours quelques part où ça bouge malgré le froid. Sous l’œil habitué de cet homme aux cheveux grisonnant originaire de la Guinée et qui fait ses bagages pour fermer sa boutique. C’est notre interpellation qui attire son attention sur notre présence. « Ils dorment comme ça sous le froid » ?

L’homme âgé de répondre, « Ah, tu vois, ils sont là, ça fait des années. Que ce soit en période de chaleur ou de fraîcheur comme actuellement, elles dorment à la belle étoile. Elles n’ont pas les moyens de se payer une location, elles ne travaillent pas, elles font que la manche pour survivre », opine-t-il.

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Khadim FALL

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