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Portrait : Ahed Tamimi, l’adolescente, symbole de la résistance palestinienne

Lorsque l’on dit que l’image est une arme au moins aussi efficace que les fusils, celle d’Ahed Tamimi faisant le tour du monde, est une des raisons pour lesquelles l’on le dit. La jeune fille de 17 ans est issue d’une famille de leader locaux de l’opposition. Sa famille et elle publient régulièrement des vidéos montrant le quotidien dans leur village, Nabi Saleh.

Des boucles blondes, un visage d’ange, en quelques mois cette jeune fille est devenue un emblème de la cause palestinienne face à l’armée israélienne. La guerre est aussi celle des images, la fabrique d’une histoire, la jeunesse fait face à l’oppression. Les actions militantes qu’elle mène contre l’occupation israélienne depuis son enfance, un âge qui aurait dû être tendre, lui ont valu une renommée mondiale. Sa notoriété s’est encore plus accentuée lorsque dans une vidéo, on l’aperçoit, telle une lionne, défendre son petit-frère en mordant la main du soldat israélien qui l’a plaquait contre un rocher.

« J’ai tenu le bras de mon frère pour éviter que sa fracture ne s’empire. Personne ne me force à prendre part aux manifestations de résistance contre l’occupation israélienne sur nos terres. Je le fais car, je vois les colons israéliens tous les jours nager, et jouer sur ma terre alors que moi, j’ai peur de perdre un proche, » dit-elle dans une vidéo où filtre un mal refusant d’être dissimulée.

La popularité singulière d’Ahed Tamimi réside aussi dans le fait que c’est une jeune fille. Les images habituelles dans les médias sont plutôt celles d’hommes palestiniens jetant des pierres aux soldats.

D’années en années, avec ses boucles blondes, elle est devenue un symbole de la contestation. Vivant en Cisjordanie occupée, la jeune fille est une activiste rompue à l’exercice. Ses participations aux actions contre les colons et les soldats israéliens remontent à ses neuf ans. Largement soutenue par sa famille, filmant régulièrement ses actes militants, son père a déjà lui aussi été emprisonné de nombreuses fois pour sa résistance non-violente.

C’est en 2012, alors qu’elle n’avait que 11 ans, qu’elle fait sa première apparition, poing levé, tee-shirt frappé d’un symbole de paix face aux soldats israéliens. Dans une vidéo, l’on l’aperçoit, brandir son poing vers un soldat, les poursuivant, sans hésiter à leur porter des coups. « Je suis plus forte que n’importe lequel de tes soldats, je vais leur refaire le portrait, » l’entend-t-on hurler dans la vidéo.

Très vite, l’adolescente est vue telle une icône. Accueillie par des dizaines de sympathisants dans certains pays de la région, à ses sorties, photographiée aux côtés du leader palestinien Mahmoud Abbas ou du Président turc Erdogan, la jeune indomptable a été primée pour son engagement en faveur de la cause palestinienne.

 En 2013, elle avait fait la couverture du New York Times Magazine, alors qu’elle et sa famille affrontaient dans des manifestations hebdomadaires les colons voisins, contre la privation d’eau qui les affecte ainsi que leurs récoltes.

Des images symbolisant l’innocence d’une enfant en terre occupée, mais qui font aussi d’elle une petite héroïne palestinienne ne redoutant rien ni personne.

A son âge, n’importe quelle autre fille aurait été impressionnée par ses rencontres pour le moins inhabituelles. Mais, Ahed Tamimi garde les pieds sur terre, la tête sur les épaules, et les yeux rivés sur sa vision de voir sa Palestine libre.

« Erdogan ne s’intéresse pas vraiment à notre cause, » affirme-t-elle. N’importe quel palestinien vaut deux Erdogan, car l’on se bat pour notre terre. Les leaders ne sont bons que pour les discours. »

Ses photos et vidéos font le tour du monde car, les palestiniens semblent avoir compris que, plus que les pierres, les images sont devenues une arme redoutable. Malgré le danger manifeste, les enfants sont souvent en première ligne.

Jusqu’ici elle n’avait jamais été inquiétée, sauf que depuis la semaine dernière, le 17 décembre 2017, Ahed Tamimi est en garde à vue. L’armée a fait irruption chez elle,  peu de temps après un accrochage avec un des soldats israéliens. La vidéo circulant l’a montre se défendant comme à l’accoutumée, encore plus farouchement en « real » résistante contre un soldat. « Ne me touche pas, » lui-crie-t-elle avec une gifle. A ce jour, elle, sa cousine Nour Tamimi et sa mère Nariman Tamimi sont en prison. L’étendard de la jeune génération de résistants risque jusqu’à sept ans de prison.

Son père affirme qu’Ahed est un enfant qui accomplit son devoir et ses responsabilités. Et que la Palestine doit convaincre les autres pays grâce à elle.

Le monde admire sa force de caractère. A 16 ans Ahed Tamimi rêve de voir son pays libre et de jouer au FC Barcelone.

Les anti-injustices seront sans doute fiers, fiers de la forte personnalité et de la volonté qu’incarne la jeune fille. Son statut d’icône est quelque peu contesté pourtant. Sur les réseaux sociaux, ses détracteurs disent qu’elle est manipulée. Maniée ou pas, ils seront nombreux à remplir le stade de France afin de n’avoir rien qu’un pan de sa personnalité, leur permettant de combattre le bon combat de leur vie.

Pour le moment, les palestiniens lui témoignent un soutien sans borne. Sur les réseaux sociaux, des hashtags #FreeAhedTamimi, une campagne virale pour libérer l’héroïne au « visage d’ange » circulent.

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Mame Khary Leye

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