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Le combat pour la liberté d’un jeune migrant sénégalais passé par la Libye

Thierno Gassama (nom d’emprunt ndlr) est un jeune sénégalais originaire Kédougou, ville du sud-est du Sénégal et l’une des plus pauvres du pays. Il est l’un des milliers de jeunes africains qui tentent de rejoindre l’Europe en passant par la Libye. L’actualité de ces derniers qui a été dominés par la vente des migrants l’a poussé à se confier à la rédaction de Téranga news car il a lui aussi vécu un calvaire au pays de Kadhafi où il a été capturé et a travaillé à la solde d’un libyen.

« Ces gens sont sans cœur, billahi », lance d’emblée Thierno Gassama. Les derniers événements sur la Libye ont réveillé les vieux souvenirs qu’ils avaient enfoui tout au fond lui. « J’ai vécu beaucoup de choses là-bas mais aujourd’hui je rends grâce à Dieu », informe-t-il derrière son clavier à partir de l’Italie où il vit présentement. Avant de traverser la mer méditerranée, ce jeune homme originaire de Kédougou a dû se battre pour recouvrer la liberté et sauver sa vie.

C’est à Zintane qu’il a été détenu pendant trois mois par les libyens qui l’ont capturé ses camarades et lui vers Tripoli. « Certains migrants sont emmenés à Misrata où ils vendus. D’autres sont emmené Zintane où des gens qui organisent des combats entre noirs et arabes massiriens (égyptiens) », confie-t-il. Il figure parmi ceux qui ont été choisis pour faire des combats. Il devait se battre pour un certain Ahmed Ibrahim surnommé Gangsta qui récoltait l’argent que Thierno générait.

« Ce n’était as des combats à mort mais à K.O. Seulement, ils tuaient ceux qui tentaient de s’échapper », explique-t-il. « Si tu apportes beaucoup d’argent à l’arabe au bout de trois mois, il te revend à un autre ou tu continues de travailler pour lui», poursuit-il. Du haut de ses 1m95, Gassama a tellement rapporté de l’argent à Gangsta que ce dernier a décidé de lui rendre sa liberté. « Il m’a emmené à Zouara, là où il est né. Et c’est de là-bas qu’on prenait les pirogues pour aller en Italie », informe-t-il.

« Mon père est décédé en mon absence »

S’il a tenu bon pendant ces moments difficiles, c’est grâce à sa famille qu’il a laissée derrière lui. Son père est décédé alors qu’il était détenu en Libye, il a été effondré quand il a appris la nouvelle mais ce douloureux évènement lui a paradoxalement donné des forces. Gassama est l’aîné de la famille et ses jeunes épaules doivent désormais porter l’espoir de sa mère et de ses sœurs.

Il regrette aujourd’hui de ne pas être resté à Kédougou et travailler là-bas comme d’autres jeunes le font. « J’ai donné 1 500 000 fr au passeur qui devait m’emmener en Italie  mais tout ça c’est devenu zéro », dit-il. « Je voulais acheter un véhicule 4×4 et faire la navette entre Kédougou et les diouras (zones aurifères ndlr) mais je n’ai pas pu compléter l’argent pour l’achat de la voiture. J’ai donc tenté l’aventure de la Libye », se confie-t-il.

« Ce sont les noirs qui aident les arabes à nous attraper… »

Pour lui, les libyens ne sont pas les seuls à être impliqués dans ce trafic. « Si les noirs n’étaient pas impliqués, personne ne partirait en Libye. C’est un réseau qui s’étend de Tamba en Libye, en plus ils aident les arabes à nous attraper. Ivoiriens, Maliens, Sénégalais, gambiens etc. tous sont impliqués dans ce trafic », dénonce le jeune Gassama.

Quand Gangsta l’a emmené au bord de la mer méditerranée, les autres migrants et lui sont restés des jours sans manger, attendant que la mer soit propice au départ. Ils se sont jetés à l’eau alors que personne parmi eux ne savait naviguer. Ils n’ont dû leur salut qu’à un bateau italien qui les a repêchés.

Aujourd’hui il vit en Sicile en Italie mais n’a toujours pas vu le bout du tunnel. En plus de la barrière de la langue, son statut de sans-papier est un autre obstacle pour trouver de l’emploi. Pour le moment, il se contente des petits boulots qu’on lui propose dans les campagnes italiennes qui, pour lui, ne paient que des modiques sommes. Il ne baisse toujours pas les bras et espère être régularisé un jour et pouvoir subvenir aux besoins de sa famille restée à Kédougou.

A propos de l'auteur

Papa Atou Diaw

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