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Vacances – Enfants vendeurs saisonniers : Un poids sur nos consciences

C’est dans ces moments que la singularité de la vie devient épatante. En cette période d’année scolaire, que rêverait un enfant. S’amuser, profiter de ses vacances, faire la fête, se détendre, en attendant la prochaine rentrée scolaire. La plupart d’entre eux se retrouvent dans les rues de la ville, marchandises en main, criant à se faire tordre les cordes vocales, pour écouler leurs articles.

Mouhamadou Lamine a neuf ans. Il est élève dans une école de Louga. C’est sa première fois à Dakar, et c’est sa première expérience comme vendeur. Bravant la chaleur, la poussière, la pluie, et le vent, dans son short assorti à un tee-shirt bleu ciel, devenu foncé, le garçon s’essaye à la vente de sachets d’eau. « Ma mère m’a envoyé ici pour que je vendes de l’eau afin de me faire de l’argent pendant les vacances, confie-t-il de sa petite voix. Tous les matins, je quitte la maison de mon oncle, à Pikine, vers 7h, pour me rendre en ville. Les premiers jours n’ont pas été faciles. Je faisais une activité qui m’était inconnue, dans une ville dont je n’entendais que le nom, » dit-il en monnayant quelques sachets d’eau.  Mouhamadou est ici depuis le 6 juin. Passer ses trois mois de vacances à arpenter les rues de la ville n’était pas ce qu’il imaginait lorsqu’il s’impatientait de la venue de ses congés. « Je voulais rester chez moi, jouer avec mes amis, dit-il innocemment. Mais, c’est pour ma mère. Elle sait pourquoi elle m’a envoyé ici. Quand il te regarde de son regard profond et perçant, il traverse l’âme. Il a l’air de supplier les passants du regard pour les inciter à acheter ses sachets d’eau.

L’on le voit de loin, Abdou. Vers la ville, où il apparaît flottant dans son tee-shirt trop grand pour lui, les bras chargés d’un bol rempli de sachets d’eau, se faufilant entre les voitures, il semble ne rien redouter d’elles. Suant à grosses gouttes, les vêtements mouillés, il paraît à peine en prendre conscience. Sentant de plus en plus la chaleur monter, il s’asperge d’eau. Abdou est originaire de Sédhiou. Cette activité commerciale saisonnière ne lui est pas inconnue. L’élève en classe de sixième secondaire, âgé de 12 ans, en est à sa cinquième année de vente consécutive. Ce qui veut dire, qu’il a commencé beaucoup plus tôt que Mouhamadou Lamine. « Chaque année, depuis trois ans, je quitte mon village, pour venir chercher de l’argent à Dakar. C’est avec ce que je gagne que j’achète mes fournitures scolaires, et quelques vêtements, » dit-il. Je ne vends pas au même endroit. Je repère ceux où il y a le plus d’embouteillage, » dit, le petit futé.

 La précarité sociale, une cause.

Il y en a tellement des enfants marchands, que c’est devenu banal aux yeux des gens. Les adultes rencontrés n’approuvent pas cette situation, mais ne la réprouvent pas non plus. Comme explication, ils avancent la thèse de la conjoncture. « Ce n’est pas parce que l’on fait vendre à son enfant des marchandises que l’on ne veut pas son bien, avance Hady Touré. Tout parent voudrait voir son enfant épanoui à chaque circonstance. Mais, cette vie ne nous laisse aucune chance. » Le quinquagénaire a fait de sa fille de 13 ans, une vendeuse de légumes. « L’argent qu’elle en tire lui sert à elle et à personne d’autre. Elle l’utilise pour son compte. C’est une charge de moins. Elle ne le fait que pendant les vacances, dit-il, comme pour préciser en soulageant sa conscience. A l’en croire, les responsabilités s’appliquant aux adultes sont aussi valables pour les enfants.

Le travail les endurcit.

L’autre thèse avancée est en rapport avec le caractère de l’enfant. Mame Aita, la cinquantaine, dit ne pas être contre, car, cela les rend mature. « Une personne ayant un vécu, une enfance peu facile a plus de chance d’allier les valeurs et le succès dans sa vie ». Les difficultés de la vie, pose-t-elle, c’est ce qui forge l’être humain. La fierté se trouve dans l’adversité. Quelqu’un qui connaît la souffrance, la faim, pourra toute sa vie, faire face à n’importe quelle situation. Une personne comme cela ne perdra pas la tête, sa foi ne sera nullement ébranlée, dans des cas d’extrêmes difficultés. Cela fait d’eux des êtres avec un grand sens des responsabilités, théorise Mame Aita. Dans son raisonnement, elle ne prend en compte l’aspect négatif de la chose, qui réside dans les dangers que courent les enfants dans la rue. La délinquance y sied, sans compter les gens de nature confondue, dont certains ne manqueront pas de mauvaises intentions.

Pourtant au Sénégal, la loi numéro 97-17, article 145 du 1er décembre 1997, condamne le travail des enfants. Il est dit dans l’article que « les enfants ne peuvent être employés dans aucune entreprise, même comme apprentis, avant l’âge de quinze ans, sauf dérogation édictée par arrêté du Ministre chargé du Travail, compte tenu des circonstances locales et des tâches qui peuvent leur être demandées. »  D’aucuns se demanderont comment un enfant, l’innocence, dont le rire est l’équivalent de la plus belle des mélodies, peut-il être projeté dans l’univers des adultes ? Un être humain a des étapes de développement. Il doit pouvoir vivre son enfance, sa jeunesse, qui est une étape cruciale pour pouvoir aborder la vie adulte. L’on aura toute cette période adulte, pour avoir, affronter et parer les difficultés existentielles. Quelle est alors la place de l’enfant dans la société ?

A propos de l'auteur

Mame Khary Leye

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