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Sénégal : Le PDS « out » pour la présidentielle de 2019

« La coalition gagnante ne participera plus jamais à une élection organisée par le Président Macky Sall et son régime », avait laissé entendre Me Abdoulaye Wade, lors de son face à face avec la presse le 09 août dernier. La raison avancée par le pape du sopi est des « irrégularités qui ont pour noms : l’enrôlement aux opérations de délivrance des cartes au jour du scrutin avec les récépissés autorisés par le Conseil constitutionnel, la mise en place d’un vaste plan de fraude orchestré par le régime actuel ».

Des accusations qui, selon l’ancien Président de la République, poussent sa coalition à boycotter toutes les élections à venir qu’organisera le pouvoir en place. D’ailleurs, le scrutin en vue est la présidentielle de 2019, où le Président Sall cherchera à défendre son bilan pour décrocher un deuxième mandat et poursuivre ses chantiers. Ce qui pousse à s’interroger : qu’est-ce qui motive réellement les déclarations de Wade ? Ses raisons avancées sont-elles suffisantes comme argument pour appeler au boycott ? La coalition gagnante est arrivée 2ème aux législatives du 30 juillet dernier, quelle logique y a-t-il alors à boycotter les prochaines joutes électorales ? Est-ce un coup de bluff du papi Wade ? Ou est-ce plutôt une stratégie mûrement réfléchie par le fin politique et éternel opposant qu’est Me Abdoulaye Wade ?

En tout cas, tout porte à croire que la réponse à la dernière question parait la plus plausible. En effet, le père de Karim Wade s’est voulu clair, lors de sa conférence de presse du 09 août « À ceux qui douteraient de la détermination du Parti démocratique sénégalais et de ses alliés sur ce sujet, l’avenir édifiera tout le monde sur cette question », avant de poursuivre que c’est « une décision mûrement réfléchie et qui sera exécutée ».

Oui Me Wade, vous n’avez pas tout à fait tort ! Cette décision que vous comptez exécuter à bien été « mûrement » réfléchie, voire très intelligente venant de vous. Cela semble démontrer que le PDS n’aura pas de candidat pour l’élection présidentielle de 2019, ou plutôt le parti démocratique et ses alliés ne seront pas capables de présenter un candidat potentiel, pour rivaliser avec Macky Sall. Donc faute de candidat, la fraude avancée est un bon alibi, qui tombe à pic, à la suite des législatives controversées de juillet dernier. Cela pour plusieurs raisons.

D’abord la constitution actuelle du Sénégal exclue d’office la candidature d’Abdoulaye Wade, en son article 28 « Tout candidat à la Présidence de la République doit être exclusivement de nationalité sénégalaise, jouir de ses droits civils et politiques, être âgé de trente-cinq (35) ans au moins et de soixante-quinze (75) ans au plus le jour du scrutin. II doit savoir écrire, lire et parler couramment la langue officielle ». Me Wade âgé de plus de 90 ans, ne peut plus prétendre briguer le suffrage des sénégalais pour la prochaine présidentielle.

Ensuite, les élections du 30 juillet ont prouvé, ou plutôt confirmé, que le PDS n’est pour l’heure « rien » sans la personne de son secrétaire général. Grâce à son investiture comme tête de liste de la coalition gagnante, le PDS et ses alliés ont pu obtenir 19 sièges de député dans la 13ème législature, et arriver en 2ème position au niveau national, après la coalition au pouvoir, Benno Bokk Yakaar. Même la coalition de Khalifa Sall, Mankoo Taxawu Sénégal, a fait les frais de « l’effet Wade », en arrivant à la 3ème place, avec 7 députés. Un score de la coalition gagnante qui n’aurait pu être possible, sans la participation personnelle d’Abdoulaye Wade, à la campagne électorale.

Un autre fait, la participation du candidat annoncé du PDS et de ses alliés, Karim Meïssa Wade, au scrutin présidentiel de 2019, est toujours incertaine. En effet, depuis sa libération dans des conditions encore floues, après trois ans de détention pour enrichissement illicite, Karim Wade est loin de son pays, « exilé » au Qatar. Depuis cet émirat où il séjourne, il ne fait parler de lui qu’à travers des messages écrits. Ce qui est loin d’être suffisant pour un candidat qui veut obtenir la confiance des sénégalais, surtout à 18 mois de l’élection présidentielle. Déjà, une candidature se prépare en amont, par des tournées nationales à la rencontre de l’électorat, la mise sur pied d’une équipe de campagne et de communication efficaces, et surtout faire l’unanimité autour de sa candidature. Concernant ce dernier point, Wade et certains de ses proches ont trouvé son successeur à la tête du PDS, en la personne de Karim Wade. Le leader de la « défunte » génération du concret, se doit de rallier à sa cause le maximum de soutiens. Ce qui n’est pas pour l’heure acquis. Beaucoup de ténors du parti démocratique ont préféré quitter le parti et voler de leurs propres ailes, plutôt de que de se ranger derrière le fils de Wade.

Enfin, le résultat du PDS et de ses alliés (Coalition Gagnante..) prouve que pour l’heure, la personne d’Abdoulaye Wade est indissociable du parti, qui brille par son absence d’un leader fort capable de mener à bon port, les destinées du plus vieux parti d’opposition au Sénégal.

L’annonce d’Abdoulaye Wade, de boycotter « toutes les élections organisées par Macky Sall et son gouvernement », ressemble plus à une sage décision d’un fin politicien.

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Daouda SOW

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