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Règles douloureuses : « Supporte et abstiens toi ! »

Le Seigneur l’a façonné de manière spéciale, complexe… Elle est singulière à plus d’un titre. Elle porte la vie. Elle donne la vie : la femme.

Comparé à son contraire, elle secrète deux hormones sexuelles en abondance. Les précieux œstrogènes, symbole de la féminité, des traits et caractères qui éberluent et captivent les hommes, et la progestérone, responsable de la grossesse. Deux hormones qui font de la femme, un être en perpétuelle transformation, prêtes pendant une certaine période par mois, à perpétuer la lignée humaine. Et si aucune microcellule mâle n’a traversé les accidentés parois utérines au moment opportun, l’endomètre est furieux. Il est en pleine ébullition. Il se contracte. Il crache du sang. En d’autres termes, il déverse les règles. Cette furie s’avère souvent pénible, d’où des règles douloureuses.

Pour être plus diplomate, ces règles douloureuses, on va les nommer par leurs synonymes : les dysménorrhées. Selon plusieurs sources concordantes, deux femmes sur trois en souffrent. Il ne nous sera ainsi pas difficile de trouver une femme avec des dysménorrhées. Mais qu’il est ardu d’avoir celles qui oserait en parler, surtout à un journaliste en quête d’information. Le sujet est tabou.

C’est en un Dimanche ensoleillé à la plage de BCEAO, en pleine vacances qu’on est parti à leur recherche. Une lapalissade, la plage est noire de monde. Tous les âges, hommes, femmes et enfants sont venus prendre une brise marine, au moment où le thermomètre affiche 31 degrés. Comme on pouvait s’y attendre, certaines femmes se braquent aussitôt qu’on évoque le sujet. Elles ne comptent dévoiler la moindre parcelle de leur intimité. L’une d’elle ira même jusqu’à nous confier : « la seule personne à qui je parlerai d’un tel sujet, c’est mon mec ».

Aux tentatives infructueuses, s’ajouteront tout de même certaines, plus heureuses. Elle s’appelle Ndeye et elle a 19 ans. Au début timide, elle se dévoile au fur et à mesure. « Oui lorsque je vois mes règles, je ressens des douleurs, parfois insupportables. J’ai très mal au ventre. Ce sont des moments affreux ». Des instants difficiles mais normaux selon l’adolescente. « C’est avec ma mère que je discute le plus souvent de ce sujet. Elle m’a toujours dit que les douleurs sont normales. Lorsqu’elle avait mon âge, elle ressentait la même chose ». Mayé n’a jamais consulté un gynécologue pour trouver une solution à ses dysménorrhées. Elle continue de croire fermement que le seul remède comme lui a confié sa maman, c’est le mariage, et tait ainsi par la même occasion sa souffrance.

Joséphine est plus âgée. Elle a 23 ans et s’abrite seule dans un cabanon à quelques mètres de la mer en écoutant de la musique. Le sujet, elle en parle sans gêne. « Mes règles ont toujours été douloureuses. J’ai appris à vivre avec. Je maitrise bien mon cycle menstruel et je sais à chaque fois quand mes règles me feront mal ». A la question de savoir si elle a une fois consulté un gynécologue. La réponse est oui mais « c’est quand mes menstrues me faisaient excessivement mal lorsque j’étais plus jeune. On m’avait prescrit quelques médicaments. Mais depuis j’y suis plus retourné. Avec mes amies je discute de temps en temps du sujet. On convient tous que le remède le plus efficace c’est lorsqu’on connaitra un homme. Lorsque on se mariera (rires) ».

C’est à croire que l’idée qu’elles se font des dysménorrhées est assez répandue. Une autre fille qui a voulu taire son nom, rencontrée dans un autre endroit fortuitement, nous a presque fait le même témoignage.

Et pourtant les dysménorrhées ne sont pas une fatalité à mettre entre les mains d’un futur mariage, une opinion apparemment largement répandue. Il existe des moyens et méthodes. La consultation d’un gynécologue, qui n’est pas une tradition au Sénégal, reste la première attitude à avoir. Il dispose d’astuces permettant aux femmes d’avoir des menstrues plus supportables. Parmi lesquels on peut citer, d’après une chronique de la journaliste française spécialisée sur la sexologie Caroline Desages, le stérilet hormonal, les anti-inflammatoires ou les pilules. La pratique du sport et une alimentation adaptée sont également conseillée.

A propos de l'auteur

Papa Atou Diaw

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