A LA UNE politique

Quel Avenir pour les prétendants à la présidentielle de 2019 qui ont perdu leurs localités ?

Le bissap est sucré et il faut le boire disait l’autre. La commission départementale de recensement des votes a mis fin à la guerre des chiffres pour le contrôle de Dakar. La commission a en effet  proclamé les résultats issus du scrutin du 30 juillet dans le département de Dakar. Benno Bokk Yaakar obtient 114 603 voix contre 111 849 pour Mankoo Taxawu Dakar. Des résultats comme dans la plupart des départements, la coalition Benno Bokk Yaakar coiffe au poteau ses principaux adversaires de Mankoo Taxawu Sénégal et de Gagnante Wattu Sénégal. En effet, depuis 2012, les bravades n’ont pas cessé, les uns et les autres se vantant au-dessus de leur cheville de baudruche s’assurant d’être des candidats à la présidentielle capable seul de battre Macky Sall. Et c’est sans doute ce qui a fait imploser la coalition de l’opposition à la veille des investitures. Des leaders avec des ambitions démesurées, chacun se projetant au-delà de ces élections, pensant capable d’être sacré aux législatives et se positionner dorénavant pour la présidentielle. Un rêve brisé !

Abdoulaye Baldé, le leader de l’Union des Centristes, un des grands perdants, à qui on prêtait la volonté de rejoindre l’APR n’a pas vu venir la défaite. Et pourtant parti grand favori, il perd sa commune, Ziguinchor et le département. Ziguinchor considéré depuis 2009 sa chasse gardée quand il accédait à la tête de la municipalité en déracinant celui qu’on surnommait le Baobab de Ziguinchor, Robert Sagna. Alors tout puissant secrétaire général de la présidence sous le régime de Wade, un proche parmi les proches de Karim Wade, Baldé  a su dicter sa loi avec la manière à ses adversaires politiques lors des dernières échéances électorales dans cette partie sud du Sénégal. En perspective de la présidentielle de 2019, le maire de Ziguinchor n’aura plus toutes les cartes en main comme ce fut le cas en 2014 pour négocier dans le cadre des alliances. Il sera sans doute dans une position de faiblesse.

Un autre dinosaure politique qui a sombré durant ces législatives ; le lion du walo. Ouma Sarr puisque c’est de lui qu’il s’agit a régné en maitre dans le département de Dagana pendant 26 ans. Le coordonnateur national du Pds a sans doute souffert de l’arrivée du pape du Sopi qui est en soi un désaveu pour lui et une remise en question de son leadership qui peine encore à affirmer son autorité à la tête du PDS. Après cette défaite  pourrait-il encore  réclamer  une chefferie qui lui a toujours été contestée par certains de ses camarades de parti ? Wait and see !

Son ex camarade de parti, Idrissa Seck l’ex maire de Thiès lui conserve sa commune mais perd le département. Le constat qui s’impose est que depuis quelques années le leader de Rewmi perd du terrain dans cette région qui est son bastion électoral. Lui qui n’a gagné que Thiès lors des précédentes échéances électorales. L’absence de certains de ses lieutenants tel que Thierno Bocoum à l’Assemblée nationale qui était très en vue lors de la 12ème législature, sera une des faiblesses du président du conseil départemental de Thiès. Réussira –t- il à fédérer certains leaders de Mankoo Taxawu Sénégal autour de sa candidature à la présidentielle de 2019 si l’on sait que sa base électorale qui a toujours constitué son atout électoral et qui lui a conféré une légitimité politique lui a échappé ?

Un autre présidentiable qui a pris une douche froide à l‘issue de ces législatives, c’est bien Malick Gakou qui à tort ou à raison, a toujours revendiqué son hégémonie à Guédiawaye. Et pourtant il n’a jamais gagné cette localité sous sa propre bannière. Donc autant dire qu’il a été battu et non dire qu’il a perdu. Avec cette défaite il vient d’échouer à un test majeur puisqu’il a été battu dans son fief politique.

Aida Mbodj, surnommée la lionne du Baol. Très confiante elle s’est démarquée du parti démocratique sénégalais à la veille des investitures pour faire cavalier seule. Dans son propre fief elle a été battue jusque dans son centre de vote par Benno Bokk Yakaar. Retournera ou ne retournera pas Au PDS, ce qui est sur elle ne peut plus jouir de cette légitimité polique pour réclamer une position de premier rang dans cette formation libérale.

Enfin Dakar qui constitue un des enjeux de ces élections a basculé dans l’escarcelle du pouvoir. Amadou Ba, tête de liste départementale de la coalition au pouvoir qui a réussi à mettre fin au « khalifat » de Ababacar Sall. Et pourtant le maire de Dakar encore en détention préventive partait pour une des surprises de ces législatives, compte tenu de l’élan de sympathie que certains dakarois lui vouent estimant qu’il a été victime d’une injustice. Cette défaite de Dakar ne  pourrait-elle pas remettre en question ses ambitions présidentielles ?

Cependant affirmer de façon péremptoire qu’en perdant dans leurs fiefs respectifs, ces leaders politiques doivent faire le deuil de leurs ambitions personnelles, c’est un peu aller trop vite en besogne. Car l’élection présidentielle et les élections législatives n’obéissent pas au même type de logique.

Cependant la démocratie sénégalaise gagnerait à réformer son système électoral déséquilibré, du fait d’un scrutin à un tour, le fameux « Raw Gaddu » qui favorise le parti au pouvoir.

A propos de l'auteur

Abdoulaye Diallo

Laisser un commentaire

Close