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La loi sur l’IVG, un mal nécessaire?

  « Une telle m’a parlé d’un tel qui pourrait le faire chez lui au tarif étudiant de 50.000 francs Cfa ». « Je connais un gynéco qui le fait en toute discrétion dans son cabinet au tarif de 150 000fcfa. Je connais quelqu’un qui vend des médicaments contre l’ulcère gastrique, c’est très efficace pour provoquer l’avortement »… D’autres, conseillent de se mettre des coups de poing dans le ventre ou de se jeter du haut d’un escalier.

Beaucoup d’entre elles perdent la vie suite à des complications telles que la perforation de l’utérus, l’infection, la septicémie, l’intoxication médicamenteuse ou encore l’hémorragie, qui surviennent lors d’un avortement clandestin. Pourtant, la législation sénégalaise sur l’avortement fait partie des plus restrictives du monde. Une interruption volontaire de grossesse n’est autorisée qu’en cas de danger pour la vie de la mère.

Le projet de loi sur l’IVG, a été soumis à l’assemblée nationale depuis 2015. N’ayant pas fait l’unanimité auprès des députés, l’adoption n’a toujours pas eu lieu. La bataille est loin d’être gagné d’avance. Certains se sont dits prêts à l’adopter, d’autres ont opposé un niet à un dispositif qui, selon eux, est contraire aux religions et valeurs du pays. Outre ceci, ce projet s’est heurté à l’obstacle religieux. Les Oulémas ainsi que l’Eglise se sont fortement opposés au vote de cette loi.

Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre Janvier et Novembre 2016, plus de 250 cas de viol sur des filles de 3 à 18 ans ont été dénombrés, dont 52 suivis de grossesse. Pire encore, 25 de ces grossesses sont des cas d’inceste. L’association des femmes juristes plaident toujours pour la légalisation de l’avortement médicalisé. « La situation est grave, alerte la juriste Mme Gueye. J‘invite Etat sénégalais à reconsidérer sa position et à prendre les mesures idoines pour la légalisation sans attendre, de l’avortement médicalisé. » Mme Gueye insiste également sur les séquelles que laissent les agressions sexuelles xsur les victimes. Autant de conséquences qui auraient pu mettre la puce à l’oreille aux détracteurs des opposants de l’interruption volontaire de grossesse. L’inceste ne crée même plus l’étonnement, tellement elle est devenue monnaie-courante. Pas un jour ne se passe, sans que les journaux ne relaient une information sur une agression sexuelle. L’Association des femmes juristes est plus que jamais déterminer à faire adhérer la population à cette cause. Le chemin vers la légalisation de l’avortement médicalisé semble toujours parsemé d’embûches.

Parmi les victimes d’agression sexuelle rencontrées, une seule a consenti, sous le couvert de l’anonymat, à nous faire part de son vécu. Les traits tirés, la mine fatiguée, chapelet en main, elle semble se laisser à la méditation. On lui donnera la main sur le feu, un âge qu’elle est loin d’avoir. « Vous êtes en train de faire resurgir de vielles blessures que je tente encore de refermer, »  me dit-elle, le sourire triste. « Oui ! J’ai été victime de viol à 16 ans. Quelques temps, j’ai découvert que j’attendais un enfant de mon oncle maternel, poursuit-elle, la voix de plus en plus tremblotante. J’en frissonne encore. Je ne veux plus revenir sur cette histoire, dit-elle, la tête prise entre les mains. «  Je ne pourrai même plus en parler. Tout ce que je veux, c’est oublier ou du moins arriver à digérer. Difficile, arrive-t-elle à marmonner. Pendant plusieurs minutes aucun son n’est sorti de sa bouche. Puis, comme pour se libérer d’un poids elle confie. « J’ai pensé à avorter. Je ne voulais pas du bébé. J’ai pensé à tout ce que je ne serai plus en mesure de faire, surtout mes études. Mais j’avais encore plus peur de la prison. Je l’ai gardé contre mon gré. Après mon accouchement, j’ai dit à ma tante que je n’avais pas changé d’avis. Je ne voulais pas près de moi, je voulais continuer mes études. Elle m’a demandé ce que je comptais faire avec lui. Je lui ai dit que je voulais l’emmener dans une pouponnière. Deux jours après je l’y ai moi-même conduite. Cela fait huit ans qu’il y est. J’ai perdu deux ans de ma vie. deux ans où je suivais un traitement psychologique, » souffle-t-elle, retenant difficilement ses sanglots. « Je n’ai pas été assez forte, assez courageuse pour laisser cette épisode derrière moi et avancer. Le temps n’est plus aux regrets, cela ne sert à rien. » 

Cette phrase est la dernière, qu’elle a laissé sortir tel un cri, un message. A travers sa voix, celles de toutes les victimes d’agressions, ou d’incestes.

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Mame Khary Leye

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