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Journaliste-communicant-bloggueur-activiste : Une profession couteau suisse ?

Le couteau suisse est un outil qui se particularise par sa multifonctionnalité. Un couteau qui pourrait être assimilé à certains journalistes au Sénégal qui ont plusieurs casquettes dont celui de journaliste-blogueur ou de journaliste-communiquant. Ces activités sont-elles compatibles avec le métier de journaliste ? Nous sommes allés à la rencontre des acteurs.

Un blogueur est quelqu’un qui tient un blog c’est-à-dire il qui alimente régulièrement une page web selon ses centres d’intérêts. Il écrit sur des sujets de son choix (musique, actualité, cuisine etc.), puis les publie sur sa page web afin d’en partager le contenu avec son lectorat communément appelé followers. Le terme « blog » est né en 1997, c’est une contraction de « web » et de « log » que Jorn Barger, un blogueur Américain, a créé pour désigner son journal en ligne. Le concept s’est aujourd’hui développé pour devenir…presque un métier.

Au Sénégal, de nombreux journalistes tiennent un blog qu’ils alimentent, occasionnellement pour certains et régulièrement pour d’autres. Ceci s’explique par l’inclusion de la création de blogs dans l’offre de formation de plusieurs écoles en journalisme. D’ailleurs au Centre d’études en sciences et technique de l’information (Cesti), chaque étudiant est tenu de créer et d’alimenter un blog tout au long de sa formation.

Cependant, créer un blog et l’alimenter ne nécessite pas une formation particulière, il suffit juste d’avoir des choses. Selon Karelle Vignon-Vullierme, la journaliste (de formation) et qui a remporté « le blogueur de l’année 2016 » et élue en mars 2017  « influencer Food francophone », elle a appris « dans le tas ». D’après cette amoureuse de la cuisine, la création de son « blog s’est faite sur un coup de tête. » Aujourd’hui, elle concocte des mets qu’elle « partage » avec ses followers à qui elle explique les étapes de la préparation. Si le blogueur partage son expérience, sa passion etc. avec ses followers, son blog peut lui permettre de générer de l’argent grâce au trafic de celui-ci.

A la différence du journaliste qui est tenu respecter la ligne éditoriale de sa rédaction, le blogueur lui jouit d’une plus grande liberté. Selon le journaliste et blogueur Français Manuel Atreide,  « un journaliste est soumis à un certain nombre de contraintes, à titre professionnel, de par justement ces notions d’éthique, de déontologie, de responsabilité. De notoriété aussi : le journaliste, même sur son blog, garde un nom parfois connu et écouté. S’il prend son blog pour ce qu’il est censé être, un espace de parole d’une personne privée, il risque de se mettre très vite en porte-à-faux avec son métier et les obligations afférentes ».

Mamadou Ndiaye, Dr en communication tient à préciser également qu’il ne faut confondre blogueur et activiste. « Le blogueur publie des articles sur des sujets qui l’intéresse alors que le cyberactiviste utilise l’Internet comme support ou plateforme ou de contestation d’un ordre établi ». Des propos que renchérissent Pape Coly Sarr, communicant, chargé de TD à l’UGB et de cours à UPTECH, selon ce dernier « Un blogueur n’a pas forcément une cause à défendre, il n’a pas de but déterminé un but ultime. » « Je vois mal un journaliste qui se dit activiste car le journaliste est impartial » poursuit-il.

Journalisme-communication, une frontière poreuse…très poreuse

A côté des journalistes-blogueurs, l’on retrouve également des journalistes-communicants. La frontière entre les deux champs est tellement poreuse, qu’elle est parfois inexistante pour certains. Plusieurs écoles de communication forment leurs étudiants dans les deux disciplines. Du coup, il n’est pas rare de retrouver des journalistes dans la communication et vice versa.

Cependant, journaliste et communicant font deux métiers différents même s’ils effectuent des tâches plus ou moins similaires. « Dans la communication on fait forcément du journalisme, on rédige des textes, on fait des publireportages, des éditos etc. Il faut être formé pour le faire », dixit Aminata Mbaye Fall, formée en journalisme au Cesti, mais actuellement chargée de communication au petit train de banlieue. Elle est d’ailleurs en train de faire un master en communication. « C’est l’échange d’info qui donne la communication. L’info n’a pour but que pour aboutir à une communication », renchérit Pape Coly Sarr.

En revanche,  « le journalisme est une séance où l’on apprend comment collecter, traiter et diffuser une information alors que dans la communication on voit comment arranger une information, ce qu’on essaie de faire dans la communication c’est de manipuler, d’essayer de changer les comportements. », explique Pape Coly Sarr. En d’autres termes, le journaliste se consacre au fait, alors que la communication valorise.

Selon l’objectif lui, du journaliste est de faire comprendre alors que le communicant veut faire agir, aimer et comprendre. Selon Mbaye Sidy Mbaye, ancien journaliste et chargé de cours d’éthiques et de déontologie, il n’y a aucun texte qui interdit de cumuler les deux. Il souligne que « la communication a aussi une éthique, il n’est pas à la merci du plus offrant. C’est une affaire d’individu, il y a aussi des communicants qui sont des fripouilles. » Il rappelle cependant qu’ils doivent éviter les conflits d’intérêts.

Ainsi, le statut de blogueur permet-il au journaliste une plus autonomie. Même si parfois ses nombreuses casquettes peuvent brouiller le lecteur. Quoi qu’il soit le lecteur, l’internaute a l’opportunité d’avoir des points de vue diverses.

A propos de l'auteur

Papa Atou Diaw

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