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Jamais sans mon téléphone

Imaginons-nous un instant dans un monde où le mobile n’existerait plus. En écoutant les argumentaires des sénégalais, l’on mesure à quel point le portable est devenu une évidence incontournable dans leur vie. La raison de cette addiction, qui revient souvent, est le côté ordinateur de poche.

Tout est sophistiqué maintenant. Le degré de modernité des applications qui font l’essence de nos téléphones ne laisse aucune chance de s’en passer. Tout est à portée du portable. Il suffit d’un clic. Il y’en a qui te disent, « sans téléphone, je ne me lève pas ». C’est le cas de Bernadette, 23 ans, habillée d’un pantalon déchiré, transportée par le zouk qu’elle écoute, en attendant son bus. « Si je me passe de mon portable, je ne peux plus voir l’heure. Je ne mets jamais de montre. Sans lui, j’arriverai en retard à mon lieu de travail, ou pire, je raterai tous mes rendez-vous et impératifs, » confesse-t-elle. « Ce qui me rend encore plus accro, poursuit-elle, c’est l’accès à Internet, je peux surfer sur le web, consulter la météo, lire les journaux… Et bien sûr, aller sur Facebook. C’est sans fin ! Je me rends bien compte que cela tient de l’hyper-connexion. »

Rahmane Ndao relève une longue histoire d’amour entre lui et son portable. « Mon téléphone et moi ? L’histoire ne date pas d’hier. Même si, quand j’y pense, on peut dire que nos relations ont, pas mal évolué (surtout, depuis que lui a évolué). Tout a commencé à l’adolescence. Je me souviens surtout de mon année de troisième, je devais avoir 17 ans, date à laquelle mon “addiction” a réellement commencé. C’est simple, mon portable ne me quittait jamais ! À tel point que la poche droite de mon jean en portait la trace indélébile. À cette époque, je passais mon temps à envoyer des SMS ou appeler mes copines, mes copains, mes amoureuses… Il n’y avait pas encore Internet chez moi et mon portable était ma seule fenêtre sur le monde, sur mon monde. Je ne conçois pas dormir sans le sentir sous mon oreiller. J’envoyais des messages durant des nuits entières. Mes doigts tapaient les mots à une vitesse folle ! Je pouvais écrire sans même regarder le clavier. »

Pour beaucoup, le téléphone reste un objet essentiel de la vie. La simple idée de manquer de batterie les angoisse. L’idée d’être injoignable leur est insupportable

Pour certains, le téléphone est un outil de travail. Car, il y’en a de ces métiers qui requièrent d’être toujours connectés, ou joignable. Seyni Ndiaye nous apprend que sa chef veut le joindre à tout moment. « Elle peut m’appeler à n’importe quelle heure. Sans mon téléphone, je pourrai perdre des clients très exigeants. Une journée sans portable, est une journée congé,» ironise-t-il.

« Il cache un lien social ».

Entre autres choses, le lien social que dissimulent les technologies de l’information et de la communication, s’est avéré difficile à couper. « Je serai triste d’être dans l’incapacité de prendre des nouvelles de ceux qui comptent pour moi, dit-Emmanuel. Et, le fait d’être sans portable pendant une soirée revient à se sentir sans amis ».

A la limite, c’est un sentiment de dépendance que les gens partagent avec leur portable. Les personnes âgées entre 60 ans et plus trouvent un certain réconfort aussi à utiliser internet via leur appareil mobile. Présent sur les réseaux sociaux, Mansour Sarr, 66 ans, habillé d’un blouson, casquette sur la tête se connecte sur Facebook. C’est le côté ordinateur de poche qui lui plaît le plus. « Je n’ai jamais été aussi accros à mon portable qu’au moment où j’ai décroché. La solitude en partie en est la cause. Je surfais, dit-il, tel un jeune, que lorsque je m’ennuyais. Là, je me rends compte que de plus en plus, j’ai du mal à me départir de mon portable. Il me suit partout, même à la mosquée. Je me connecte H24, comme disent les jeunes, » confie-t-il sourire, à-demi concentré sur Messenger.

A force d’être incontournable, il finit à la longue par devenir stressant. « Depuis quelques années, avance Mariama, je n’ai plus de portable. Je dois avouer que j’en avais perdu trois, en deux ans. Au bout du troisième égaré ainsi, je me suis dite que cela n’était pas pour moi. En plus, il me stressait. Il fallait toujours répondre, toujours être disponible, rien ne pouvait attendre, tout devenait urgent. Alors qu’en réalité, il n’y a pas grand-chose dans cette vie, qui soit si urgent que cela. J’ai vécu trente ans avant les portables. L’on a toujours réussi à communiquer, » pose Mariama, 51 ans, tout de blanc vêtue.

A l’instar de cette dame, Fodé Mbow 56 ans, trouve que le portable est devenu une nuisance. « Dans la rue, dans le bus, il ne se passe pas une journée sans que l’on n’entende des conversations privées sans intérêt. Moi, je ne me vois pas raconter ma vie devant tout le monde. C’est une question de décence, de respect des autres. Les gens ne se rendent même plus compte qu’ils sont entourés d’autres personnes et que celles-ci les entendent. Ils se font tous sonner, ils ont l’impression d’être connectés au reste du monde mais ils ne voient plus, n’entendent plus ce qui se passe autour d’eux. Je trouve qu’ils sont devenus esclaves de ces machines. Ils les regardent tout le temps, même s’il n’y a rien. Ils passent leur temps à jouer avec, loin de se rendre compte que cela les rend un peu bête,» dit-il d’un air taquin.

L’on dit souvent qu’il n’y a rien dans la vie qui soit juste dans un sens et pas dans l’autre. Cet outil est loin d’être l’exception de cette règle. La plupart des personnes sont accrochées à leur téléphone mobile pour l’internet. Mais internet a un côté obscur. Ce qui fait que dans certains cas, les « jamais sans mon téléphone » plongent dans des travers qui souvent, posent les jalons d’autres ennuies. Assiétou, 24 ans, prétend faire de son portable un business pas comme les autres. « Je soutire de l’argent à mes amoureux sur le net dès que l’occasion se présente, dit-elle sans l’ombre d’un gêne. C’est un outil incontournable de communication et, par ailleurs de tout ce que vous voulez. Chacun y trouve son compte, de la manière qui lui convient. « Moi, c’est ce mode d’utilisation qui me convient. » Tout comme Lamine Seydi qui en a fait son « outil de chasse ». Internet étant une porte ouverte, Lamine Seydi en profite pour combler son côté « don juan ».

 

A propos de l'auteur

Mame Khary Leye

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