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Edito – Législatives: Ils ont beaucoup à perdre

Les élections législatives du 30 Juillet 2017, si c’était au cinéma ou au théâtre, elles pourraient être comparées à l’avant-première de la diffusion d’un film. Le scrutin fait beaucoup parler de lui, tout le monde attend avec impatience le jour J, certains parlent de report, au moment où d’autres veulent en finir une bonne fois pour toute.
Les enjeux sont lourds et nombreux, tant du côté du pouvoir, de l’opposition, que des candidats dits indépendants. Ces élections se tiennent à moins de deux ans de la présidentielle prévue en 2019. Chacun voudra et devra tester son poids politique et électoral, à travers les suffrages, une nouvelle cartographie de la vie politique semble se dessiner à l’horizon.
Le pouvoir n’a pas droit à l’échec, après avoir perdu Dakar, Ziguinchor, et Thiès, lors des dernières élections locales. L’opposition pour sa part, les leaders qui la composent se doivent de prouver chacun leur poids électoral, pour prétendre au poste du chef de l’opposition conformément à la nouvelle constitution de mars 2016.
Mahammad Boun Abdallah Dionne : gagner ou périr….
Benno Bokk Yakaar tout d’abord a « beaucoup à perdre » dans ce scrutin. La coalition de la mouvance présidentielle qui est au pouvoir depuis cinq ans, a besoin de remporter la majorité à ces élections pour espérer poursuivre la politique du gouvernement. Au-delà, sur le plan politique et stratégique, le Premier Ministre Mahammad Boun Abdallah Dionne, est descendu dans l’arène politique, après le choix porté sur sa personne par Macky Sall, pour diriger la liste nationale de BBY. Un choix qui est loin d’être anodin et fortuit. 2019 est pour bientôt, Macky Sall sait qu’il trouve déjà chez son Premier Ministre, un ami, un fidèle collaborateur, mais pas un fin politique et un stratège, le directeur de campagne idéal dont il aura besoin, pour décrocher une nouvelle fois la confiance des sénégalais, pour un second mandat. Mahammad Dionne est ainsi dans l’obligation de résultats à l’issue du scrutin du 30 Juillet 2017, pour espérer continuer à diriger le gouvernement.
Abdoulaye Wade, un « éternel opposant »
Abdoulaye Wade, lui est appelé « l’éternel opposant » De Senghor à Diouf, Wade a toujours su leur faire face dans l’opposition. Mais ses 12 ans passés comme Président de la République ne l’ont en rien assagi quant à son désir, ou « obsession à s’opposer ». Il est de retour au pays, pour une nouvelle fois faire face au Président Macky Sall, en place. A plus de 90 ans, le choix porté sur sa personne est sur le plan moral « irresponsable », mais sur le plan politique très réfléchi. Malgré sa défaite de 2012, Me Wade reste toujours dans le cœur des sénégalais, sa formation politique, le Parti Démocratique Sénégalais (PDS), que ses membres le reconnaissent ou pas, traverse une crise de leadership. Celui qui est présentement le coordonnateur national ne fait pas l’unanimité, le fils biologique et futur héritier d’Abdoulaye Wade, a encore à prouver, pour mériter les rennes de ce parti plus que quarantenaire. Une défaite de la liste dirigée par Wade, la coalition gagnante Wattu Sénégal risque de ternir l’image du « pape du Sopi », mais annoncerait aussi un futur sombre pour le PDS, qui devra se refaire pour retrouver sa place de principal parti d’opposition, ou encore espérer revenir au pouvoir.
Khalifa Sall, au-delà de Dakar, conquérir l’intérieur du pays
Khalifa Sall n’est pas en reste dans cette catégorie « Ils ont beaucoup à perdre ». Le maire de Dakar gagne de plus en plus la sympathie, et la solidarité de beaucoup de citoyens depuis ses différends l’ayant opposé à l’Etat du Sénégal, jusqu’à son incarcération à Rebeuss. Pour certains, son arrestation est politique, mais quoiqu’il en soit Khalifa n’a pas au niveau de sa formation, le Parti Socialiste (PS) su s’affirmer au moment opportun. Deux de ses fidèles comme Bamba Fall, et Barthélémy Dias ont toujours plaidé pour une alternance générationnelle au PS, en proposant Khalifa Sall, comme la solution. Mais ce dernier n’a à l’époque jamais accepté de s’affirmer. Est-ce un manque de courage ? Est-ce une stratégie ? Quoiqu’il en soit, il est aujourd’hui la tête de liste d’une coalition forte de plusieurs leaders, Manko Taxawu Sénégal. Ces élections sont ainsi pour lui depuis sa cellule de Rebeuss, des défis à relever, entre confirmer sa place de leader à Dakar, en gagnant une nouvelle fois la capitale. Mais aussi conquérir l’intérieur du pays, le Sénégal des profondeurs. Ce qui devra cette fois dessiner son avenir au sein du parti socialiste, ou plus probablement dans son propre camp (sous la bannière d’un mouvement politique ?).
Idrissa Seck : Ces législatives, un tremplin pour la présidentielle
Idrissa Seck, le concernant, sa réconciliation avec les sénégalais est toujours en cours. Le président du parti « Rewmi » l’a d’ailleurs bien compris, avec ses visites de proximité il y a de cela quelques mois, ses sorties contre le régime, sa constance qui avait fait défaut en 2007, lors de l’élection présidentielle. Son parti membre de Mankoo Taxawu Sénégal, Idrissa Seck est bien parti pour être le candidat de cette coalition pour la présidentielle de 2019. Tout dépendra du résultat des urnes. En tout cas, il est en pole position par rapport aux autres leaders de sa coalition, de par son expérience et de par les différents profils. Toutefois, cela ne sera pas comme « lettre à la poste ». Il faudra d’âpres et réfléchies négociations, pour en arriver à ce stade et éviter le choc des égos. Le « Idy 4 President » n’est certes plus d’actualité, mais cela n’ébranle en rien sa volonté d’être le 5ème Président du Sénégal.
Malick Gackou, A la recherche de sa base politique
Malick Gackou, l’ancien camarade et ancien bras droit de Moustapha Niass, veut aujourd’hui voler de ses propres ailes. Sa formation politique, le « Grand Parti » veut peser désormais dans l’échiquier politique du Sénégal. Ce qui n’est pas encore acquis. Gackou a beaucoup à approuver. Je ne sais pas s’il le sait, mais justement ! Il en est à son baptême de feu. Des leaders de sa coalition, Mankoo Taxawu Sénégal, c’est celui qui a le plus à prouver car n’ayant encore jamais gagné aucune élection, donc aucune base politique. L’ancien Ministre du Commerce a l’obligation de gagner Guédiawaye s’il veut prétendre, que cette partie de la banlieue lui soit reconnue comme base politique.
Le soir du 30 Juillet 2017 sera également rempli de surprises. Des surprises qui auront des noms et des visages. Nous y reviendrons dans notre prochain édito.

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Daouda SOW

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