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Drame stade Demba Diop : Ouakam regrette, mais refuse de porter le chapeau

A Ouakam, le drame qui s’est produit ce samedi 15 Juillet au Stade Demba Diop est sur toutes les lèvres. Une finale de coupe de la ligue qui a coûté la vie à huit (8) supporters du Stade de Mbour, et a fait 102 blessés.

Un tour dans ce quartier de pêcheur traditionnel Lebou orné par les drapelets, les murs peints en rouge blanc aux couleurs de l’équipe de l’Union Sportive de Ouakam, renseigne encore qu’il y a eu un événement de grande envergure.  La finale de la coupe de la Ligue de samedi dernier qui a viré en morts d’hommes. Un  lourd fardeau que trainent encore les habitants de Ouakam qui regrettent ce qui s’est passé, mais refusent d’endosser à eux seuls la responsabilité du drame.

A quelques mètres du marché en allant vers le rond-point, les discussions vont bon train entre marchands et clients, le tout mêlé dans un concert de klaxons de taxis clandos qui assurent la navette.

La peur de sa vie, ses deux frères au stade étaient injoignables, heureusement !

C’est sur cette allée que la dame Oumy Dièye tient sa gargote sur la rue qui mène au rond-point Boutique Diallo. Sur place, les échanges entre ouakamois font jaser les chaumières. Tasse de café et pain bourré de sauce de haricot communément appelé « Ndambé » à la main. Ce maçon déplore ce qui s’est passé et pointe du doigt le manque de sportivité des supporters de l’Union  sportive de Ouakam.  « Je n’étais pas samedi au stade, mais les images que j’ai vu dans les différentes télés de la place m’ont choqué. C’était une finale. Donc une fête, je ne vois pas pourquoi, on doit se lancer des pierres et des projectiles, ou poursuivre des personnes jusqu’à ce qu’il y ait mort d’hommes. C’est regrettable et je suis d’avis qu’on doit identifier et sanctionner tous les coupables. Avant d’ajouter qu’une finale de cette envergure pouvait être délocalisée au Stade Léopold Sedar Senghor et renforcer la sécurité », dixit cet habitant de Ouakam originaire de la Casamance.

Un point de vue partagé par ce juriste. Journal à la main, il soutient que les responsabilités sont partagées. Pour lui, il est trop facile de faire porter le chapeau à Ouakam seulement. « Si on doit sanctionner, que personnes ne se soient épargnées. Même le ministre des Sports à sa part de responsabilité et il va falloir qu’il l’assume. Ouakam n’est pas l’unique responsable, même s’il déclare au finish que ce qui est arrivé est dramatique et tragique », fulmine-t-il.

Même son de cloche du côté de la dame Oumy Dièye « C’était la peur de ma vie. J’avais mes deux frères qui étaient allés au Stade samedi, mais on n’a pas mangé cette nuit-là, car on ne parvenait pas à les joindre au téléphone. Heureusement qu’ils sont rentrés sains et saufs », confie cette dame la trentaine, la peau rendue pâle par l’effet nocif des produits dépigmentant ni noir ni clair.

Venue acheter son petit déjeuner, cette femme la trentaine à peine, est mbouroise et mariée à un ouakamois a apporté son grain de sel dans la discussion. « Le Stade de Mbour était meilleur de Ouakam ce jour-là, donc il fallait simplement accepter la défaite. J’ai appelé ma famille ce dimanche mais il n’y a que tristesse et désolation à Mbour. De jeunes garçons et filles morts comme ça, c’est vraiment triste », le ventre bedonnant. Ce qui témoigne des mois de grossesse, et qui justifie d’ailleurs les assaisonnements moutarde, piment que la vendeuse de petit déjeuner a mis sur le pain de la mbouroise gagnée par le chauvinisme.

Les ouakamois manquent de sportivité

Mais pour Badou Ndiaye, ancien joueur devenu vulganisateur « Les ouakamois manquent de fair play sportif. Ils n’acceptent pas de perdre. Ils sont chaud de nature surtout quand il s’agit de sport que ce soit la lutte ou le football, les supporters de ouakam manquent de fair Play. Moi j’étais au stade samedi, mais de l’autre côté dans la tribune d’en face. Ce que j’ai vu, je prie le bon Dieu de ne plus revivre une chose pareille. J’ai tout vu, je suis resté là-bas après pour constater de mes propres yeux ce drame. C’était atroce ! Je ne parviens toujours pas à percer le mystère de la violence des ouakamois quand-il s’agit de sport. Je ne sais pas. Je m’interroge toujours sur cette violence inouïe qui a coûté la vie aux jeunes mbourois». 

Lebou teint, Badou Ndiaye voit encore défilé les terribles images de samedi passé, jusqu’à l’effondrement d’un pan du mur. Avec une casquette bien vissée sur la tête et qui cache mal des drealocks, les dents noircis par l’effet du tabac qu’il tient encore entre ses doigts. Ce vulganisateur assis sur un banc en face de son atelier est d’accord pour que des sanctions soient prises. « Je suis pour qu’on suspende même l’Us Ouakam. Je suis un féru de football, mais ce qui s’est passé est de notre entière faute ».

Venu nous rejoindre, ce taximan qui est au repos ce lundi réfute les arguments de son ami et pointe un doigt accusateur sur les dirigeants de la Ligue Football et le ministre de l’Intérieur, chef de la police. « Le stade fait 15 mille places. Pourquoi on n’a pas amené suffisamment de policiers ou de gendarmes ? S’il y avait le ministre des Sports, il y’ aurait plus de policiers. C’est un manque de respect. L’autre chose, moi j’avais mon frère quand j’ai entendu la nouvelle à la radio j’étais au volant de mon taxi et j’ai reçu l’appel de ma mère qui me demandait ou est-ce que j’étais. Je lui ai répondu que je travaillais. Elle m’a dit c’est bien donc continue. Parce qu’elle connait ma passion pour le football et pour l’Us Ouakam ».

Les supportes de l’Us Ouakam ne sont pas les seuls responsables

Le teint clair Pape Ndiaye bat en brèche les arguments selon lesquels, les supporters de Ouakam sont les seuls fautifs de cette tragédie. « Quand je suis descendu la nuit, j’ai trouvé les jeunes qui étaient au stade et ce sont eux qui m’ont expliqué leurs versions. Et, leur version est contraire à la vidéo où on voit des supporters de l’USO jetés des pierres sur ceux du Stade de Mbour. Ils m’ont dit que ce sont les mbourois qui ont déclenché les hostilités en jetant des sachets remplis d’urine sur les ouakamois et c’est ce qui a déclenché le malheureux incident ».

A Ouakam, le sujet fâche, mais pas tout monde. Evoqué les douloureux évènements de samedi dernier, c’est comme remuer le couteau dans la plaie encore béante.

C’est le cas avec cette belle demoiselle, miche de pain à la main, elle débite des insanités et ignore royalement mon interpellation. Le foulard sur la tête pour se parer des rayons du soleil zénithal qui darde ses rayons en cette journée du lundi. Cette jeune fille la vingtaine à peine, le teint clair, est visiblement agacée par l’intrusion de journalistes dans leur quartier devenu aujourd’hui tristement célèbre avec le drame de Demba Diop. Une colère qui déforme les traits raffinés de son visage « Ils sont venus chercher quelque chose pour aller raconter des histoires. Il se passe rien ici à Ouakam. Nous ne connaissons que la paix, ce qui est arrivé devait arriver et c’est tout. On n’y peut rien ça fait des années que l’USO joue et il n’y a jamais eu de morts d’hommes », se défend cette demoiselle en qui bouillonne une colère matinale. 

Un cri du cœur tout de même compréhensible, car selon mère Astou, gérante d’un robinet public, c’est leur quartier qui est mis au banc des accusés, jeté en pâture, désigné comme coupable de la mort de huit supporters du Stade de Mbour. C’est un lourd sentiment de culpabilité à porter, la mort d’hommes. « Je suis mère de famille et je suis meurtrie par les images que j’ai vu à la télé. En tout, cas il faudra à l’avenir que pareille situation ne se  reproduise plus jamais.  Je suis maman et je sais ce que c’est de perdre un être proche. Mais, c’est Dieu qui en a voulu ainsi », conclut-elle.

Sur l’allée qui mène au rond-point Boutique Diallo, tout est peint aux couleurs rouges et blancs de l’USO et toutes les discussions mènent au Stade Demba Diop. « Les jeunes d’aujourd’hui n’écoutent pas. Ils sont têtus. Nous leurs pères on a vécu des finales avec l’USO, il y a toujours eu des affrontements, mais il n’y a jamais eu de morts d’hommes. Jamais. Mais ce qui s’est passé ce samedi est innommable, c’est inqualifiable pour des compatriotes. Une tasse de café Touba entre les mains, Benjamin Benga cherche encore son verbe pour donner un nom au drame de samedi au stade » se désole ce quinquagénaire.

A Ouakam, il est difficile voire même agaçant d’évoquer le sujet du drame du Stade Demba Diop, car ce sentiment de culpabilité les gêne et les quelques personnes qui livrent leurs opinions mettent en cause la défaillance sécuritaire mais aussi ne dédouanent pas les supporters qui manquent de fair play sportif.

Partagés entre regrets, remords, les ouakamois disent plus jamais ça ! Plus pareil drame pour un match de football.

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Khadim FALL

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