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Ziguinchor: Les acteurs du secteur de l’anacarde se frottent les mains

De Jonas Basséne

Moins rentable que les autres produits fruitiers de la région,  il y a juste quelques saisons, la noix de cajou qui a battu cette année un prix record, fait courir son homme. Bien qu’il existe une petite inquiétude.

C’est à peine qu’on aperçoit les rayons du soleil, sous les plantations d’anacarde. Il était douze heures quand nous  sommes arrivés à bord d’une moto dans le village de Mandina. Il y a quelques années, nul n’osait prononcer le nom de ce contré du département de Nyaguis à cause des mines antipersonnel qui avaient pris au piège les milliers d’hectares de verger, et faisant parfois des victimes. Mais depuis l’opération de déminage menée par un contingent militaire marocain, plus  d’explosion : « il n’y a plus d’accident de mines » raconte la dame de 57 ans.

Aujourd’hui, à chaque cent mètres, des hommes, femmes et enfants s’activent dans le ramassage du cajou. Une ressource qui a connu une hausse de prix exceptionnelle cette saison. « Cette année nous échangeons le kilogramme à 1100f CFA » affirme-t-elle la mine joviale.

Elle est sortie de la chaumière ou elle préparait le déjeuner pour ses deux contractantes du jour quand elle nous  a aperçus. Ses enfants ne sont pas venus au  champ pour l’aider à cause des cours.  « Je suis obligée d’engager des bras que je paie 5000 FCFA chacun ». A côté du toit en case soutenu par un piquet  à chaque angle, qui sert de cuisine, est entassé un énorme tas de pomme de cajou sur une toile en plastique bleu. C’est ici où sont rassemblées toutes les pommes qui sont ramassées dans la journée avant de leurs arracher les noix. Ensuite, elles sont transportées de l’autre côté pour être écrasé  dans   une petite pirogue supportée par deux piquets en forme « Y » enfoncées sous le sol. Elle doit faire à peine deux mètres de long : « j’y écrase les pommes une fois les noix arrachées pour récupérer le jus » a-t-elle fait savoir. Selon la veille femme, chaque soir, après la vente des noix, elle obtient au moins une somme de 50 000 f CFA.

De temps en temps, des grondements de moteur ou de sifflement de chaîne de vélo qui souffre de carence d’huile, se font entendre. C’est le moyen de transport des acheteurs de noix. Balance Roberval nouée derrière le vélo ou la moto, dès 10 heures, ils prennent d’assaut les vergers pour acheter les noix déjà arrachées. « C’est une course contre la montre pour obtenir une quantité assez importante » raconte Henry Diassy 27 ans. Ce jeune courtier a installé ses quartiers non loin des vergers sur la route de la CDEAO. Une façon d’intercepter les vendeurs de noix. « Cette année la production n’est pas fameuse, reconnait le chef de service régional du commerce intérieur », Moctar Samb. Ce qui explique la forte demande. Pourtant la Guinée Bissau voisine produit plus de noix que la région naturelle de la Casamance, mais les contraintes administratives ont découragé les grands acheteurs qui préfèrent se rabattre sur Ziguinchor. A cela, s’ajoute la dynamique de paix qui prévaut dans la région depuis 2012, les acheteurs finaux se dirigent de plus en plus vers les vergers, ce qui ne fait pas l’affaire des courtiers qui ont vu leurs activités en berne.

Derrière ce bonheur des propriétaires de vergers d’acajou, subsiste une inquiétude : la visite nocturne des vandales. A 18 heures, il faut faire la ronde pour dissuader les voleurs,  qui à la moindre occasion profitent du calme plat pour cueillir les noix. « Ils viennent en  groupe avec des lampes torches parfois armés de coupe-coupe » raconte Alassane Diedhiou  propriétaire de verger. Avec ses bottes en caoutchoucs, il était sur le point de relever ses neveus qui ont passé la journée au champ.

La campagne des noix d’anacarde est bénéfique, tout de même, aux propriétaires de magasin donnant sur la route de la Cedeao. Les lieux étant propices au stockage et au séchage des noix, font l’objet de spéculation. Il faut débourser 100.000F CFA par mois pour obtenir un local de stockage. Ainsi, malgré la faiblesse de la production cette année chacun tente de tirer son épingle du jeu.

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Papa Atou Diaw

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