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Veille de Korité à Ziguinchor: Les prix du kilogramme d’oignon et de pomme de terre passent du simple au double

Reportage de Youssouf DIMMA, Ziguinchor

Marché Saint-Maur-Des-Fossés de Ziguinchor. C’est le plus grand marché de toute la région naturelle de Casamance. En cette veille de célébration de l’Aid El Fitr, ce marché central né de la coopération nord-sud, précisément du jumelage entre la ville de Ziguinchor, jadis capitale de la région administrative de Casamance, et celle française de Saint-Maur-Des-Fossés, grouille de monde.
Nous sommes à la recherche des magasins et autres étales improvisés destinés à la vente d’oignon et de pomme de terre. Car, dans la capitale sud du pays, ce sont généralement les vendeurs d’oignon qui vendent la pomme de terre.
Il nous a suffi d’arpenter la première allée adjacente située dans la partie nord du marché, sur une cinquantaine de mètres, pour nous trouver nez-à-nez avec un détaillant. Abdoulaye Thiandoum, un commerçant qui manie assez bien la langue de Molière, enfoui dans un magasin passablement éclairé à la lumière solaire, est entouré de trois clients dont une dame.
Nous déclinons notre identité et précisons l’objet de notre visite. Mais à peine avons-nous terminé de parler que la dame s’est exclamée : « trop cher ! Le kilo d’oignon coûte trop cher, celui de la pomme de terre, n’en parlons pas ! Je trouve cela anormal ! ». La dame décline notre invitation à lui faire faire un témoignage dans ce sens. Elle se borne à nous lancer : « contentez-vous de ce que je viens de dire, j’ai dit tout ce que je pensais de cette situation ; en tout cas les autorités doivent surveiller et réguler les prix de certaines denrées à la veille des fêtes de Korité et de Tabaski ».
Une situation ? Bien entendu, puisse qu’elle ne survient qu’à quelques heures de la célébration de l’Aid El Fitr dans notre pays ! En effet il y a seulement dix jours, le kilogramme d’oignon local, le plus prisé dans la région de Ziguinchor, était à son plus bas niveau, soit 300 FCFA et celui de la pomme de terre à seulement 400 FCFA.
Entretemps, Abdoulaye « évacue » ses clients et se prête à nos questions. Le jeune commerçant, qui parle ainsi à la place de son père, présent sur les lieux, et avec qui il se ressemble comme deux gouttes d’eau, confirme la hausse du prix du kilogramme de chacune de ces deux denrées. « Actuellement, c’est l’oignon local que nous vendons car c’est la variété que les populations consomment plus que celle importée, et nous vendons le kilo d’oignon à 400 F ; pour la pomme de terre, le kilo est de 700 F » a informé le détaillant.
Ce commerçant ajoute qu’il y a dix jours de cela, ces mêmes denrées étaient vendues à respectivement « 300 F et 400 F le kilogramme ». Et de préciser : « cela dépend de combien nous acquérons le kilogramme de chacune de ces denrées chez nos grossistes ». Les revendeurs acquièrent en effet le sac de 25 Kg d’oignon à 12 500 F et celui de la pomme de terre à 17 000 F auprès des grossistes.
Nous décidons d’en avoir le cœur net auprès de ces derniers. L’un des plus connus des ménagères, Mbaye Ngom alias « Baye Fall », est gérant de plusieurs magasins de vente en gros d’oignon et de pomme de terre. Il les commande dans les régions nord du pays pour approvisionner le marché ziguinchorois.
Le magasin principal de Baye Fall se situe heureusement à 5 minutes de notre position actuelle. Sur place, après les salutations d’usage avec cet homme âgé d’une quarantaine d’années, de teint noir, portant un Tee-shirt publicitaire de couleur rouge, coiffé d’un grand chapeau traditionnel peulh, assis non loin de plusieurs centaines de sacs rouges d’oignon et de pomme de terre, nous déclinons à nouveau notre identité et l’informons de l’objet de notre présence dans son entrepôt.
Visiblement modeste et très affable, Baye Fall enlève immédiatement son chapeau qu’il pose sur l’un des sacs de pomme de terre avant d’informer, pour répondre à nos questions, qu’il achète sa marchandise de Dakar pour la revendre, en tant que grossiste, sur la marché ziguinchorois.
Baye Fall indique que le prix que lui et ses compères grossistes proposent aux détaillants est « normal ». A l’en croire, « non seulement nous transportons la marchandise de Dakar à Ziguinchor en payant les transporteurs chers qui parcours les 455 kilomètres séparant ces deux localités, mais aussi nous perdons plusieurs jours avant d’entrer en possession de celle-ci ».
« Pis encore, estime le grossiste, nous perdons plusieurs sacs de marchandises au bac de Farafenni pendant la traversée de la Gambie ». Il arrive en effet que certains camionneurs passent de 3 jours à une semaine au bac de Farafenni, en Gambie, avant de pouvoir traverser le fleuve via les « ferries » et rallier Ziguinchor. « Or dans ces conditions, la pomme de terre et l’oignon local tiennent difficilement à l’humidité et à la chaleur dans les camions. Conséquences, plusieurs kilogrammes voire des tonnes pourrissent tout bonnement » a confié Baye Fall.
« Ainsi, pour pouvoir ne serait-ce que récupérer la somme que nous avons dépensée à l’achat à Dakar, nous sommes obligés de proposer les sacs aux prix que vous connaissez » a-t-il conclu.
A une dizaine de kilomètres de là, au marché Tilène, le prix au détail ne varie pas. Mais c’est au marché Escale dans le quartier d’affaires de Ziguinchor, et au niveau de certaines boutiques de quartier, que le prix du kilogramme de pomme de terre est de 800 Frs, tandis que celui de l’oignon plafonne à 500 FCFA.

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Daouda SOW

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