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Rupture du jeûne et partage: Bienvenue chez la communauté djiboutienne de Gueule tapée ! Au menu le Sabaya

C’est une atmosphère de plaisanterie qui règne dans cet immeuble niché au cœur du populeux quartier de la Gueule Tapée, qui a la particularité d’abriter une forte communauté d’étudiants aussi nationaux qu’étrangers.

Dans cet immeuble à quatre étages (4), y abrite une forte communauté d’étudiants ressortissants de Djibouti. En majorité des musulmans les djiboutiens observent le mois béni de ramadan avec foi et dévotion. C’est aussi un moment de retrouvaille pour ces centaines d’étudiants qui étudient dans toutes les universités du Sénégal et autres écoles de formation de Dakar.

Et, en ce début de soirée de ramadan où tout le quartier bouillonne et les va et vient deviennent incessants, à moins d’une heure de la rupture. La communauté djiboutienne établie à la Gueule Tapée prépare à leur façon la rupture du jeûne. Ici, la tradition veut qu’on ne coupe jamais le jeûne seule, on le fait en communauté, qui vit dans le même immeuble. On choisit chaque jour une chambre pour abriter les moments de rupture en communauté, et la terrasse est l’endroit choisi pour étaler les nattes qui servent aussi bien pour la prière que pour remplacer la table à manger au besoin. Sur place, de loin, on peut apercevoir l’océan atlantique et le célèbre marché au poisson de Soumbédioune. L’air du large mélangé à l’odeur des poissons fumés taquinent les narines depuis la terrasse.

Chez, les djiboutiens on fait les choses de façon simple. Pas d’excès dans le choix des menus. On prépare à la djiboutienne et pour ce mardi, c’est le « Sabaya » qui est à l’honneur. Une spécialité djiboutienne préparée à base de dattes, de banane, le tout accompagné de poisson filets.

Pour cette rupture, tous les habitants disponibles de l’immeuble sont invités à venir prendre part à la rupture. Des locataires composés de sénégalais, mais aussi d’autres communautés telles que des comoriens.

A quelques minutes de la rupture, les esprits des jeûneurs reprennent de la vigueur et les paroles fusent depuis les couloirs de leurs appartements. Une ambiance assurée par des filles djiboutiennes de nature très discrètes et réservées. C’est du moins l’air qu’elles donnent en marchant dans la rue. Elles assurent la cuisine, et les va et vient depuis la cuisine où se dégage un gout d’épices aromatisées taquinent les narines. Le tout mêlé dans une ambiance de rire fou.  Les filles s’esclaffent depuis les couloirs qui mènent à la cuisine.

Dans la cuisine, c’est Fatoumata Bint Ahmad dit « Fatou ». Fatou, sereine comme une sainte Madone, sans fard, ni artifice est simplement belle, donne le ton. Le flot de son foulard qui couvre sa tête, inonde son visage. De taille longue et fine, Fatou est étudiante en troisième année dans une école de formation en informatique de la place. Elle porte un Djellaba beige brodée de fils argentés. Un bracelet torsadé à la main constitue sa seule parure. Rien ne jette du superflu sur sa toilette.

Et, quand les hauts parleurs diffusent qu’il est l’heure de la rupture, c’est  un certain Ali Mouhamed Otban dit Ali Kaki, aidé en cela par deux de ses compatriotes, ils se chargent de la distribution de la datte pour couper le jeune et avant de s’acquitter de la prière. Sitôt la prière terminée, les filles servent une entrée. L’Abaniya, un menu à base de fruits, les djiboutiens sont apparentés aux arabes, ils consomment beaucoup de sucre, des fruits et beaucoup de pâte aussi.

L’albaniya est un plat à base de fruits de banane. Les pastèques, les djiboutiens en raffolent. Les invités sénégalais aussi, c’est léger et succulent. Ces deux plats sont simultanément servis aux invités. En attendant la résistance, on discute en haraniya, la langue de leur pays.

Ici, la rupture est l’un des rares moments où tous les voisins et voisines peuvent se retrouver autour de la natte pour couper le jeûne. Et occasion ne peux être plus choisie, pour mieux raffermir les liens entre compatriotes, mais aussi entre voisins de palier.

21 heures, c’est la bonne heure pour que les filles en fil, viennent déposer sur nos nattes les plats qu’elles ont préparé. En tête de peloton, Asmaou. D’une discrète élégance, Asmaou porte une robe de satin conjuguée aux reflets d’or parsemée de minuscules fleurs.

De sa voix qui distribue un salamalec, on entend à peine les paroles telles une voix fine qu’un gazouillis d’oiseau. Et son sourire rend son visage rayonnant. Chez, les étudiants djiboutiens, le partage durant ce mois béni de ramadan est une attitude positive à renouveler à chaque fois. Et, on ne lésine pas sur les moyens financiers pour faire plaisir aux nombreux jeûneurs. Tout est bon plaisir aux jeûneurs pour entrer aussi dans la grâce divine et les invités mangent à leur faim. Les nattes sont bien garnies et il y a tout ce qu’il faut pour bien se gaver.

Ces moments de retrouvailles et de partage, la communauté des étudiants djiboutiens l’organise pour durant tout le mois béni. Pour Lamine un de leurs voisins, « ça fait deux ans que j’habite cet immeuble et à chaque ramadan, ils nous invitent pour couper le jeune et cela est vraiment magnifique. C’est un geste noble et grandiose avec tout ce que le Coran a dit sur le fait de donner à manger à un jeûneur. Très touché par ce geste, l’étudiant en Economie et de gestion de prier pour les organisateurs. Qu’Allah puisse leur rétribuer ce geste, ils sont disciplinés et correctes garçons comme filles ».

Ce point de vue Lamine est le refrain de toutes les personnes qui prennent part à ce festin. « Les djiboutiens sont calmes, disciplinés, corrects et très pieux aussi ».

Pour Ali Kaki, moment ne peut être indiqué que le mois béni par Allah pour partager avec ses frères musulmans. « Nous organisons ces ruptures entre compatriotes chez nous il n’est question de couper seule cloitrer dans sa chambre. Non il n’est pas question de ça. On invite tous les djiboutiens qui logent dans les parages qui sont disponibles et qui peuvent venir de même que nos voisins de l’immeuble ».

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Khadim FALL

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