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Ramadan et Jeux de hasard: « Je suis jeûneur, mais parieur. Je dois bien survivre ! »

 Mois de privation, de prières et d’abstinence, le Ramadan béni est pour beaucoup, une occasion de changer de comportement, afin de se conformer aux prescriptions divines. Néanmoins, pour certaines personnes, laisser de côté leurs « vices », ou leurs pratiques proscrites par la religion, le temps d’une courte période, est synonyme d’hypocrisie.

A les voir, on aurait dit que le jeu de hasard est une drogue circulant dans leur sang. Une habitude dont ils ne peuvent se passer, se défaire. C’est sans doute la raison pour laquelle, la loterie prospère dans ce pays, et que le Ramadan ne saurait en constituer un frein. Les jeux de hasard, tels que le « PMU » pari mutuel urbain sénégalais, ou le « pari foot », continuent d’affréter du monde. Ce que confirme cette responsable des ventes d’un de ces jeux : « Notre chiffre d’affaires n’a pas connu de baisse. De ce côté-là, aucun changement n’a été noté. Les habitués continuent de venir comme à l’accoutumée.»

Concentrés comme si leur vie en dépendait, stylo en main, ils griffonnent, font des calculs dont eux seuls en détiennent la logique. La majorité est composée de personnes du troisième âge, ou en tout cas, d’un âge assez avancé. D’autres, suivent les courses de chevaux en direct, l’air crispé, les doigts croisés.  Cela créerait sans doute un effet de surprise, ou arracherait un sourire à quiconque les verrait habillés pour la plupart en caftan, assorti d’un bonnet, chapelet en main. Intriguant non ! Cela ne fait qu’attester que les gens vivent en se souciant du regard des autres.

Serigne Mor, se rapprochant du guichet pour valider son pari, confie qu’il voit les mêmes têtes depuis le début du Ramadan : « Malgré le jeûne, rien a changé. Je fréquente ce milieu depuis 2001. Il est devenu un passe-temps pour moi. Les quotidiennes difficultés de la vie m’obligent à miser de temps à autre pour tenter ma chance », dit-il d’un air laissant percevoir une once de honte. « J’y ai pris goût à force d’aller jouer pour des vieux de mon quartier qui m’envoyaient chez le gérant de kiosque de PMU afin de valider leurs paris. »

« Je ne suis plus au chômage, le pari est mon métier. »

 Epris de ce jeu, Maguette a fini par en détenir les clés. Les meilleurs jours, les heures d’afflux, rien de ce qui gravite autour de la loterie n’est un secret pour lui. « Les moments de forte affluence sont généralement le weekend et le jour des courses. Ces jeux de hasard sont proscrits par la religion, nous ne l’ignorons guère. Mais, je ne peux affirmer avoir la volonté d’abandonner, surtout pendant une courte période. Cela passerait pour de l’hypocrisie pure envers Dieu. Je n’ai qu’un seul vice, le PMU. Et, je le fais malgré moi. Car, des personnes comptent sur moi. Je suis père de famille », dit-il la mine triste. Pourtant, cet homme de 43ans abandonne ces endroits abritant ces jeux à chaque fois qu’il gagne un montant considérable. « Mon dernier gain remonte à un mois. J’ai déserté dès que la somme m’est tombée entre les mains. Aujourd’hui, me revoilà parce que l’argent est épuisé. Avec la Korité qui pointe et toutes les dépenses qui vont avec, je n’ai pas le choix, » explique-t-il, soucieux.

De plus, Maguette révèle que le pari compte aussi des hommes religieux. « Deux oustaz font partie du lot. Ils viennent régulièrement ici. Même si nous y passons plus de temps que n’importe où, nous accordons la priorité à la prière, Ramadan ou pas, » précise-t-il comme pour se donner bonne conscience.

Trouvé à l’agence de la Gueule-Tapée, Elimane pose la thèse du manque d’emploi, pour justifier son penchant pour le Pmu : « J’ai un diplôme en droit, je suis marié, j’ai deux enfants et je n’ai pas un travail fixe. J’ai exercé toutes sortes de petits métiers. La dernière en date était celui de gardiennage. Je ne percevais que 40000Fcfa. Avec la cherté de cette vie, il devient même difficile pour une personne qui gagne environ 200000FCFA de joindre les deux bouts. Je n’ai pas eu le choix. D’autant plus que le propriétaire de ma chambre me menace d’expulsion tous les deux jours, avance-t-il presque désespéré. S’il m’arrive d’avoir 500Fcfa, je me concerte avec d’autres parieurs. De ce fait, j’ai plus de chance de tomber sur le bon. Ce que je gagne dans ces mises est intégralement investi dans les besoins familiaux. »

Les rares femmes rencontrées dans ce lieu ont opposé  un refus catégorique de partager ce qui les pousse à s’adonner à ces jeux de hasard.

Beaucoup émettent des jugements défectifs sur les jeux de hasard et à l’encontre de ceux qui le font. Mais, pour la plupart des gens qui s’y adonnent, ce n’est pas une partie de plaisir. C’est avant tout une source de survivance. Pour ce qui est de la position de la religion par rapport à ces jeux, même en dehors de cette période bénite, ils sont unanimes et catégoriques. La fausseté, l’hypocrisie, tout comme la loterie sont interdites par l’Islam. Et un péché vaut mieux que deux. Mais, et les caftans alors ?

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Mame Khary Leye

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