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« La fripe, mon choix, c’est chic et original ! »

La friperie, a fini de briser les préjugés et tabous qui l’entouraient. Par ces temps, où l’argent de la sape rétrécit comme peau de chagrin, au profit des différentes charges domestiques, la fripe, l’un des poumons du secteur informel, est devenue un modèle économe pour les sénégalais.

Samedi, un jour qui résonne aubaine pour les sénégalais, voulant s’habiller sans se ruiner. Les populations se ruent vers ce marché, baptisé « marché samedi », pour préciser que c’est hebdomadaire, dans le but de fouiller, choisir et marchander les articles qu’elles y trouvent. Une véritable chasse au trésor. Ce marché Samedi va du rond point Liberté 6, jusqu’au quartier front de terre. En cet univers du paradis du shopping économe, on trouve des vêtements de tout genre, pour adultes comme pour enfants. En somme, tout ce qui constitue une garde-robe complète : chaussures, pantalons, robes, jupes, chemises, tee-shirt, ceintures, chaussettes, dessous de vêtements…

Au Sénégal, le marché de la fripe n’est pas un marché comme les autres. Déjà, il se tient de façon hebdomadaire, et en plus, une ambiance folle règne sur les lieux. Ce sont les marchands eux-mêmes qui assurent cette ambiance. Entre battements de main, chants pour attirer la clientèle, tout y passe. Les gens viennent en masse. Jusqu’au coucher du soleil, ils affluent. Et ils n’hésitent pas à jouer des coudes pour se frayer un chemin.

La friperie qui était réservée à la classe moyenne s’est aujourd’hui, tellement décomplexée, qu’il ne semble même plus surprenant de voir une dame, sortant d’une voiture luxuriante, clés à la main, la mise élégante, se diriger vers ce monde à fripe. Un mode vestimentaire qui attire toutes les classes sociales, depuis les gens aux portefeuilles fournis, jusqu’aux modestes fashion-victimes sénégalais. Ndeye Adama Gaye, 27ans, en est la preuve. La femme entrepreneur dit ne pas aimer dépenser une fortune pour se procurer des vêtements, pouvant facilement être trouvé dans ce marché. « Le temps n’est plus au gaspillage. Il est révolu l’époque où je casquais fort pour mes habits. Cet argent peut servir à quelque chose de bien plus utile, » soutient-elle d’une voix forte. Pour beaucoup, cet engouement est motivé par des raisons financières. Pour d’autres par contre, le souhait de se démarquer, en acquérant des vêtements et accessoires uniques et originaux passe en premier. Comme Mame Salla, 26ans, spécialiste et gérante d’un institut de beauté : « Ces bazars offrent souvent des pièces uniques. Tu peux tomber sur un habit que tu ne trouveras pas dans un magasin de vêtements. Ce qui fait que, tu en auras l’exclusivité, » dit-elle partant d’un fou rire.

Lamine, ce père de quatre enfants, à la mine avenante, se définit lui, comme un accro de la friperie. « Mon salaire ne me permet de payer à ma famille des vêtements de prêt-à-porter. Je me rabats sur ces genres d’habits, espérant y trouver leur bonheur. »

Une demoiselle de la vingtaine souriante, affirme porter un grand amour pour les grandes marques, mais, que les moyens font défaut. « Je ne suis pas en mesure de m’offrir des articles de luxe notamment, les tailleurs et les sacs signés. Ici, je peux choisir à ma guise, marchander et repartir avec un article portant la griffe d’une grande marque. C’est facile et économe,» dit-elle contente de ses acquisitions.

Ali, ce jeune fripier a laissé tomber ses études du premier cycle pour s’adonner à ce commerce. Il soutient que leurs marchandises, qui prennent parfois leur source hors de nos frontières requièrent de la prudence. « Avant d’écouler mes articles, je fais plusieurs tris, pour en ressortir ‘les meilleurs pièces’. Il faut connaître le fonctionnement sinon, tu t’en sors difficilement. Les balles ne contiennent pas toujours que des articles en bon état. Le prix sont fixés en tenant compte de ces aspects, révèle-t-il. Les deux premiers choix sont revendus plus chers dans l’espoir de rattraper les pertes au niveau des marchandises irrécupérables », souligne-t-il.

L’adage du « malheur des uns fait le bonheur des autres », peut aisément s’appliquer au marché de la friperie dont le développement, ces dernières années, ne fait pas que des heureux. Car, tout en permettant aux économiquement faibles d’avoir accès, à prix cassés, à une gamme variée d’habillement, il constitue une menace pour les tailleurs et les magasins du prêt-à-porter. Mantoulaye, gérante d’une boutique de vêtements aux HLM, reconnaît que la friperie a porté un sérieux coup à son commerce. Les couturiers aussi ne sont pas mieux logés et, de plus en plus, leurs clients se détournent d’eux pour aller vers les marchés de friperie qui fleurissent un peu partout, et qui proposent des articles dont la qualité, souvent, la dispute à ceux qu’on retrouve dans les magasins. «Même si ce marché offre d’énormes possibilités aux ménages moyens, il peut représenter un danger pour ceux qui s’y approvisionnent. L’origine des articles peut constituer un facteur de propagation de certaines maladies », tranche péremptoire le propriétaire d’une boutique de prêt-à-porter à Gueule-Tapée.


« Faux ! »
, s’indigne Adja, fripière au marché samedi. Elle conseille aux adeptes de la fripe « de bien laver les articles de seconde main avec du savon et de l’eau chaude de préférence, et de bien les exposer au soleil dont les rayons tuent les microbes ».

Pour ces sénégalais soucieux de leur port vestimentaire, mais, au portefeuille modeste, il devient facile de concilier plaisir d’acheter et souci d’économie. Encore faudra-t-il dénicher la pièce qui vous donnera du style et ce flair, tout le monde ne l’a pas.

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Mame Khary Leye

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