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Kédougou: De la glace à tout prix !

De Alioune Badara SALL, Kédougou

Aux abords de la principale piste qui traverse le village, c’est l’ambiance vers les coups de 17h. Hommes, femmes, tous sortent au niveau de l’arrêt, pour attendre l’arrivée des cars transportant de la glace en provenance de Kédougou. Cette allée qui était depuis le matin vide ou presque, est soudainement remplie de personnes venues trouver un morceau de glace pour se rafraîchir après une longue journée de jeûne et de chaleur. Tous les moyens sont bons pour s’en procurer. Entre bousculades et énervement par moment, les nerfs s’échauffent malgré la fatigue et la faim qui les gagnent depuis le matin.

A Mamakhono, le vendeur de glace peine à se frayer un chemin à sa descente du car. Bon an mal an, il réussit à entrer dans une maison, celle des Danfakha ou «Danfakha kunda» pour pouvoir commencer. Dehors, c’est une foule immense qui attend pour avoir une ou plusieurs morceaux de glace. Seulement, il faut casquer fort pour boire de l’eau fraîche, 500frs l’unité. Oui, il faut payer 500frs pour avoir de la glace comme. Le même sachet de glace vendeu dans certains quartiers de Dakar à 75frs ou 100frs, est ici écoulé à 500 Francs CFA.. A défaut, certains préfèrent aller à la boutique pour se payer de l’eau fraîche un peu condensée moyennant quelques jetons pour ne pas se blesser dans la foule ou perdre son temps. Un spectacle insolite pour ce vendeur d’habits. Mor de s’étonner de toute cette affluence. « cey lii doyna waar, lii yeupp ngir am glace rek » (c’est étonnant, tout cela pour avoir de la glace), martèle-t-il. Mais, il y en a aussi qui coûtent 100frs, ce sont les sachets d’eau en plastique qui se vendent un peu partout au Sénégal mais condensés. Des fois, les villageois sont déçus de voir que ce car qui transporte de la glace n’était pas destinée à leur village mais plutôt à d’autres. A khossanto, c’est le même décor. S’ils aperçoivent un véhicule avec de gros paniers dessus, ils se mettent sur la route comme pour la lui barrer. D’autres courent vers le car avant même qu’il ne s’arrête. Ces genres de scène sont fréquents dans les villages situés sur l’axe emprunté par ces cars de transport. Quant aux autres villages comme Niamaya, ils vont faire 3 km pour se procurer une glace à 100frs (en petits sachets) ou 500frs. Le commerce de la glace marche tellement bien que certains, en ironisant, pensent abandonner leurs activités pour s’y consacrer durant le mois de Ramadan. Cette situation témoigne de l’état de pauvreté dans lequel se trouvent ces populations. Il est rare de voir dans les maisons des réfrigérateurs. En lieu et place, ils utilisent des bidons vides enveloppés de beaucoups de morceaux de tissu pouvant conserver la fraîcheur. Ils les exposent au gré du vent. Après quelques heures, l’eau à l’intérieur est un peu fraîche ou même très fraîche si le bidon passe la nuit dehors. Une invention fait-main qui est très utilisée par les habitants d’ici. Vous en trouverez dans toutes les maisons tellement ce bidons « makharalingo», comme ils l’appellent en malinké, sont devenus une nécessité en cette période de chaleur.

 

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Daouda SOW

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