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Moi mariée, ma grossesse je la programme!

La planification familiale est de plus en plus importante à Dakar. Dans la plupart des centres de santé visités, le constat est quasi identique. Les femmes ont fini d’adhérer en masse à ce qu’elles surnomment « noopalé » (ndlr: soulagement).

La planification familiale peut être définie comme l’ensemble des moyens concourant au contrôle des naissances, dans le but de permettre aux femmes et donc aux familles de choisir à quel moment elles auront un enfant. « Planning », comme l’appellent les dames, a fini d’en convaincre plus d’une. D’une à l’autre, chacune y va de ses explications. Mme Seydi 27 ans, avance le prétexte du travail : « Je suis une femme accomplie. Je travaille à temps plein dans une banque, je ne peux pas me permettre de faire un enfant chaque année. Ma carrière professionnelle en prendrait un sacré coup ». Selon ces deux autres dames, trouvées en pleine conversation, ce n’est rien d’autre qu’une nécessité. Mme Sall et Mme Coly soutiennent la thèse du manque de moyens :  » Les changements notées dans ce pays touchent aussi les mentalités. Les gens optent pour de grandes maisons, mais avec moins de personnes. La tendance actuelle c’est papa, maman, les enfants et le chien ». Mme Coly de rajouter :  » On gère mieux un foyer avec moins d’enfants. Je m’en arrêterai à mon troisième ».

La plupart des jeunes femmes planifie le moment de leurs grossesses. En projetant leurs mariages, elles choisissent en général d’un commun accord, avec leurs époux, de tenter de contracter une grossesse quelques temps après. Ce que confirment ces filles fraîchement devenues femmes, rencontrées vers la Gueule-Tapée. Mme Ba d’affirmer :  » Je suis mariée depuis 1 an maintenant, je n’ai pas encore d’enfant. La stérilité n’en ai pas la cause. On a décidé d’un commun accord, mon époux et moi de profiter l’un de l’autre parce qu’un bébé est susceptible d’éloigner délibérément un couple. Nous voulons éterniser notre lune de miel ».  » Mme Sarr de renchérir : « C’est juste une question de choix et c’est le mien. J’ai choisi de freiner la venue d’un enfant par la méthode contraceptive car, certes la raison principale de ce choix est justifiée par mon désir de profiter au maximum de ma nouvelle vie mais, mes études en constituent aussi une cause ».

Force est alors de constater que cette méthode d’espacement des naissances vient dans un monde propice à l’accueillir, à bras grands ouverts. A tel point que, même les jeunes filles célibataires en font une priorité. Ce que confirme Marième, une étudiante en marketing. La jeune fille de 24 ans a déjà planifié les conditions de venue au monde de ses futurs enfants:  » Trois enfants, qui auront trois ans d’écart d’âge entre eux, c’est mon point de vue. C’est une avancée scientifique qui nous libère des difficultés des grossesses non espacées. »

Docteur Keita, du centre Elisabeth Diouf de la Gueule-Tapée nous en dit long : « Les femmes, surtout les jeunes mariées viennent en masse nous solliciter. La plupart d’entre elles préfèrent les injectables, de par son caractère discret. Une femme, en allant au marché, peut passer au centre de santé et repartir tranquillement sans que nul n’en soit informé. 5% des femmes en ont fait leur préférence, renouvelables chaque trois mois. » A la question de savoir si le mari doit obligatoirement être informé et donner son aval par rapport à la planification de la femme, elle répond : « Il n’est pas forcé que l’époux soit au courant, certaines d’entre elles le font en cachette car leurs maris pro-natalistes sont contre toute idée relative à la planification familiale. On s’assure toutefois de demander son âge à la patiente souhaitant recourir à la planification familiale. »

La planification familiale semble avoir conquis les cœurs de la plupart des femmes à Dakar. Même si certaines femmes considèrent qu’elle peut être une porte ouverte à la débauche, et à la dépravation, pour d’autres c’est devenus tout simplement un style de vie de couple, choisi en toute complicité avec leurs époux.

 

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Mame Khary Leye

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