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Mendiants, albinos, malades mentaux et handicapés: Une vie de paria…

Ils font partie de la société, mais y vivent souvent dans des conditions difficiles. Je veux parler des mendiants, des malades mentaux, des albinos. Chacune de ces personnes, a son histoire tragique, son parcours singulier, ou marquant.

Impossible pour eux de passer inaperçus. Et aucune chance de ne pas tomber sur eux. Les malades mentaux sont les plus frappants. Partout dans la capitale, on les aperçoit, errant dans les rues, sales, poussiéreux, répugnants à la limite. Quelques fois, rare mais avéré, on peut tomber sur une personne dont la démence ne peut être remise en question. Un homme ou une femme dans une choquante nudité. A liberté 6 extension, vers le rond point, une femme, tout dans son comportement, son accoutrement laisse croire qu’elle a des problèmes mentaux. Elle s’affaire à concocter un plat. Ce qui n’a pas manqué d’arracher un sourire à quelques passants. Assise sur un tas de tissus, près des ordures, l’air absente, indifférente à ce qui se passe autour d’elle, elle est plongée dans sa cuisson. Anta Fall, une habitante de la zone affirme : « On ne sait pas d’ou elle vient, ni qui elle est. Nous l’avons juste trouvé ici un beau jour. Cela fait un bon bout de temps qu’elle a trouvé refuge ici. Tous les jours, elle se trouve des herbes, des restes, dès fois, les plats qu’on lui offre. Elle mélange le tout dans sa marmite et en fait son repas.»
En ville, où ils sont plus présents, les mendiants de tout état, handicapés moteur, aveugles, borgnes, albinos font partie du décor. Certains optent pour d’infatigables va-et-viens de voiture en voiture, psalmodiant quelques versets, à la recherche d’aumône. D’autres, assis sur leurs chaises roulantes, au bord de la route, attendent qu’une pièce leur tombe entre les mains. D’autres encore trouvent abri au niveau des feux de stationnement.

Le problème avec ce groupe de personnes, c’est leur fragilité. Elles sont les plus exposées aux dangers, surtout les femmes. Combien de fois a t-on vu une déficiente mentale avec un ventre de femme enceinte ou avec un enfant dans les bras. Elles sont victimes d’agressions de tout genre. On ne peut que deviner les difficultés auxquelles ces gens font face, et leur état d’esprit à l’approche des élections. Maimouna Sarr, handicapée mendiante de son état, nous en dit long : « Je suis née avec une malformation au niveau des jambes. Cela fait maintenant sept ans que je fais la manche. Un soir, alors que je m’apprêtais à rentrer, un véhicule s’est garé à hauteur de mes pieds. Le monsieur est descendu de la voiture et m’a apporté des fruits. J’étais si contente car, ce jour-là, la quête n’a pas été m’a demandé si j’en voulais plus. Je lui ai rétorqué que j’accepterai volontiers tout ce que l’on voudra bien me donner par charité aussi minime soit-il. Il m’a alors dit que je pourrai en avoir en quantité si j’acceptais de me donner à lui. Le sale temps que je lui ai fait passer restera à jamais dans sa mémoire, » dit-elle l’air dépité. Une voix indignée nous lance : « Dix mendiantes sur dix a vécu ou vit ce fâcheux incident ». Ndeye Diaw, elle aussi mendiante, prêtant attention à notre entrevue rétorque « Vous poser cette question aux femmes comme nous, elle vous répondront toutes par l’affirmatif », nous apprend-elle tout en remerciant le jeune homme qui lui offre une pièce.

Apparemment, ceci n’arrive pas qu’aux mendiantes. C’est aussi le lot quotidien des albinos et de ces femmes atteintes de démence. Une dame d’une quarantaine d’années, nous parle du vécu de ces deux filles sous le couvert de l’anonymat. « J’ai trois enfants dont deux filles. Malheureusement, la deuxième est née albinos et la troisième est venue au monde avec une malformation. J’ai abandonné mon travail dans une entreprise pour pouvoir m’occuper d’elle. Je l’emmenais à l’école parce que je voulais qu’elle ait une vie normale, que son handicap ne fasse pas d’elle une complexée. Mais, cela a commencé à être difficile car, elle tombait souvent malade. Comme j’en avais les moyens, je lui ai trouvé un professeur à domicile. Il a fallu juste un instant d’inattention pour qu’on la viole. Lorsqu’elle accouchait, les médecins m’en ont voulu terriblement parce qu’ils pensaient que j’avais fait preuve de laxisme. A quatorze ans, ma fille albinos a elle aussi été agressée sexuellement. Elle en a comme son ainée d’un an,   contracté une grossesse. Nous connaissons toutes deux, l’auteur de ce crime. C’est rien de plus qu’un homme voulant richesse et célébrité. Les sacrifices, les aumônes par arrière-pensée, parce que tel marabout a prédit la gloire, l’argent, ou la célébrité, en retour, certaines personnes n’hésitent pas à gâcher une vie. J’ai préféré porter seule le fardeau de mes enfants parce que je ne veux en aucune façon que leur vécu s’ébruite. Leur vie est déjà assez parsemée de souffrances.»

Dans ce monde actuel, on a l’impression que l’argent, le prestige, la renommée, sont au dessus de tout. Dans la société où nous vivons, les pratiques mystiques font pour beaucoup, partie intégrante de la vie. Elles sont à la limite banalisées, considérées comme une chose tout à fait normale. Mais, célébrité, argent, et gloire, au prix d’une vie ?

A propos de l'auteur

Mame Khary Leye

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