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Kédougou: Le maintien des filles à l’école, à l’épreuve de la maternité

De Alioune Badara SALL, Kédougou

Le combat du maintien des filles à l’école n’a de cesse d’être porté par bon nombre d’organisations. Cela, du fait des nombreux cas d’abandon de la gent féminine qui, pourtant, a des chances de réussite. Dans les établissements scolaires, les filles travaillent souvent mieux que les garçons. Cependant, rares sont celles qui terminent leurs études. L’exemple d’établissements pour filles va sûrement dans le sens de les encourager à travailler davantage à l’école et d’y rester. Qui ne connaît pas Mariama Bâ du nom de cette école d’excellence basée à Gorée souvent primée au Concours Général ? Qui ne connaît pas le lycée John F. Kennedy dont les meilleures élèves de cet établissement sont choisies pour être les majorettes lors du défilé du 4 avril à Dakar ? Elles sont d’ailleurs l’attraction de la fête nationale. Qui ne connaît pas d’autres femmes qui se sont distinguées dans les études jusqu’à réussir aujourd’hui ? Elles sont nombreuses.

Cependant à Kédougou, cette aspiration vers l’excellence des filles n’y est pas une réalité. Ce, à cause du poids social et culturel. La réalité du milieu est telle que la sexualité est, selon le proviseur du lycée de Khossanto, précoce. Djiby Seck de nous dire que l’année passée, 16 cas de grossesse ont été enregistrés. Pour cette année, 8 filles sont en état de grossesse précoce déjà, sans compter des cas qu’il a remarqués dans son établissement. Ce qui pousse les élèves à abandonner. « Ces cas sont de deux ordres: il y a les grossesses précoces étant mariés, il y a aussi d’autres filles qui ont pris une grossesse hors mariage. C’est le plus grand nombre », nous fait savoir le proviseur. « En cas de grossesse, selon les textes, c’est le médecin qui doit la constater. Après quoi, l’école doit prendre des mesures, c’est-à-dire renvoyer l’élève jusqu’à ce qu’elle accouche deux mois après. Dans notre école, c’est à partir du septième mois qu’on renvoie l’élève », ajoute-t-il. Toutefois, si l’élève travaillait bien à l’école, la direction et le corps professoral de l’école peuvent mener une médiation pour sa réinsertion. L’exemple de F.B. que nous avons rencontrée en est d’ailleurs une parfaite illustration. Cette médiation a souvent réussi. Mais si l’élève n’est pas bien en classe, la réinsertion est laissée à l’appréciation de la concernée. Si elle veut, elle revient sinon elle est libre d’abandonner. Beaucoup de filles sont tombées enceintes d’étrangers orpailleurs qui sont finalement rentrés chez eux sans laisser de nouvelles. C’est le cas de M.C. qui n’a plus de nouvelles du père de son enfant. D’autres, c’est leurs familles qui s’empressent de les donner en mariage pour éviter l’affront dans le village. Autre raison avancée par le proviseur est qu’il n’y a pas de mécanismes de sanction,. C’est à dire que les auteurs des grossesses ne sont pas inquiétés. Ils ne paient ni ordonnance, ni les besoins de la fille, ne baptisent même pas, ou encore ne donnent rien pour les frais, bref aucune charge. Au niveau du lycée de Khossanto, les statistiques font froid dans le dos. Le nombre de cas de grossesse à tous les niveaux inquiète: 80 cas en 6e et 5e, moins de 20 en 4e et 3e, 5 en Seconde, Première et Terminale. Cette régression s’explique par les cas d’abandon des filles. Le mariage précoce et les grossesses précoces sont les principales causes d’abandon des filles. Il n’y a pas qu’au lycée où on note des cas de grossesse. Ailleurs, on parlerait de pédophile car il arrive même que des enfants tombent enceintes. L’année passée, une fille de l’école élémentaire de la commune en classe de CM1 a pris une grossesse. S.C. a finalement abandonné l’école pour s’occuper de son enfant.

Nous avons rencontré F.B., belle, élancée, correcte à première vue et polie. Elle est élève au lycée et fait la 2nde Scientifique. Elle a eu un bébé lorsqu’elle faisait la 4e, pendant sa grossesse, elle n’a pas arrêté ses études jusqu’à la naissance de sa fille âgée aujourd’hui de 3 ans. Élève brillante, selon ses professeurs, F.B. confirme que les cas de grossesse font légion dans leur lycée. Pour elle, «les filles abandonnent parce qu’elles n’ont pas quelqu’un à la maison pour s’occuper de leurs enfants ». Elle poursuit, pour conseiller les autres filles, en les invitant à se méfier des garçons. « Les garçons ne sont pas bons … Ils gâtent la vie des filles », nous fait-elle savoir avec un large sourire. Malgré ce qu’elle a vécu, F.B. reste ambitieuse et pense à son avenir, et tout ce que ses études peuvent lui apporter demain. « C’est avec les études qu’on peut construire notre avenir », conclut-elle avec le regard d’une fille qui sait ce qu’elle veut.

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Daouda SOW

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